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19 000 classes fermées, 500 000 enfants malades : les écoles au coeur du cyclone de la 5e vague

En pleine tempête politique et à l’approche d’une nouvelle journée de mobilisation nationale dans l’éducation nationale, Jean Michel Blanquer se veut rassurant quant à la situation dans les écoles et multiplie les gages d’autosatisfaction à cet effet. Pourtant l’école n’a jamais été autant au cœur du cyclone de la crise sanitaire alors que le nombre de classes fermées et de contaminations atteint de nouveaux records.

mercredi 26 janvier

Crédits photo : Patrick HERTZOG / AFP

« On espère alléger le protocole sanitaire d’ici la fin des vacances de février », ce mercredi matin Jean-Michel Blanquer au micro de « BFM » s’est voulu rassurant sur l’impact de la vague Omicron dans les écoles. Alors que 4% des classes sont fermées dans les établissements scolaires, le ministre de l’éducation confronté à plusieurs polémiques ces dernières semaines s’est ainsi félicité que « 96% des classes soient ouvertes », jusqu’à revendiquer « quelque chose d’exceptionnel ». Un discours optimiste, mais qui à y regarder de plus près cache mal une situation plus que jamais dégradée.

Pour cause, derrière ces pourcentages, la pression reste forte sur les personnels de l’éducation alors que de nouveaux records de contamination viennent d’être franchis. Ainsi on comptabilise pas moins de 19 000 classes fermées et 450 000 cas positifs confirmés chez les élèves et plus de 30 000 parmi le personnel de l’éducation nationale ! Des chiffres inédits qui à rebours de la posture adoptée au ministère remettent au centre des projecteurs la gestion catastrophique de Blanquer à l’Ecole.

Alors que le pic annoncé par le gouvernement de la cinquième vague tarde à arriver, hier le cap jamais encore atteint des 500 000 contaminations a été franchi alors que la barre des 30 000 admissions dans les services hospitaliers vient d’être dépassée pour la première depuis avril 2021, l’école est plus que jamais au cœur du cyclone de la crise sanitaire. Dès lors que l’ultra contagieux variant Omicron continue de circuler à vitesse grand V – d’autant plus que l’émergence de son sous-variant BA.2 pourrait à nouveau rebattre les cartes – et dans le contexte de l’échec retentissant du gouvernement à endiguer la pandémie et son pari de plus en plus assumé de laisser circuler le virus et de miser sur l’immunité collective la situation quoi qu’en dise le ministre de l’éducation nationale reste précaire sur les bancs de l’école.

La réalité est que la politique de « l’école ouverte », brandie et agitée en étendard de la réussite de la gestion sanitaire par Jean-Michel Blanquer, bien loin des considérations pédagogiques affichées, n’a eu pour seule conséquence que de faire de l’école l’un des points pivots de la circulation épidémique des enfants à l’entourage proche et familial. Le maintien de ce crédo quoiqu’il coûte et ce malgré la flambée des contaminations, en l’absence de protocole sanitaire adéquat, masque mal que derrière l’autosatisfecit cette politique vise surtout à maintenir l’économie à tout prix afin de permettre aux parents d’aller travailler et à l’école de jouer à plein son rôle de garderie du Medef.

Protocole sanitaire inconséquent, manque de moyens structurel et Ibiza : la colère prête à ressurgir

Dès lors, la combinaison de cette stratégie avec le manque de moyen structurel et les protocoles chaotiques de Blanquer font de l’école un cocktail explosif pour le virus et participent à coup sûr au maintien, voir à l’augmentation de sa circulation. Une situation qui la veille d’une nouvelle journée de mobilisation pourrait se retourner contre le gouvernement comme l’avait montré la journée historique du 13 janvier.

« Je suis un peu l’exutoire de certaines choses » déclarait en ce sens Jean-Michel Blanquer ce matin encore au micro de BFM pour qualifier la colère importante à laquelle il fait face. Pourtant, si le ministre de l’éducation nationale tente de se peindre en victime de la situation et par là de se dédouaner, difficile d’oublier que c’est le principal architecte de cette situation catastrophique. La diffusion d’un énième protocole dans le Parisien la veille de la rentrée, suivi de plusieurs rectifications cacophoniques, ont passablement irrité les enseignants et les parents d’élèves, épuisés par deux années sous Covid, sans qu’aucun moyen supplémentaire ne soit déployé. La révélation de la virée ibérique à Ibiza du ministre par Mediapart a fini de les en convaincre.

Plus que jamais en première ligne face au Covid, la norme pour le personnel enseignant est toujours au manque de matériels et humains. Une situation qui n’en finit plus de dégrader les conditions de travail du personnel de l’éducation et rend caduque une gestion de crise à la hauteur et une rapide sortie de crise. Ainsi, très récemment, pour faire face à « l’absentéisme accru » généré par la vague de contaminations, le gouvernement faisait appel à des enseignants à la retraite, une manière de pallier dans l’urgence à la pénurie de professeurs disponibles mais surtout ne pas répondre aux besoins structurels du secteur et de botter en touche quant à la création de postes permanents. Si la mobilisation historique du 13 janvier dernier a permis d’arracher quelques miettes concernant la distribution de masque FFP, ces derniers tardent encore à arriver après deux ans de crise sanitaire, quand les embauches annoncées se sont avérées minimales. Pour que les établissements soient largement dotés de capteurs CO2 et de purificateurs d’air, il faudra vraisemblablement attendre plus longtemps encore. Pour ne pas changer, le Parisien révélait ce mercredi qu’un grand nombre d’autotests livrés ces dernières semaines étaient déjà périmés ou en voie de l’être.

Malgré une colère qui reste vive, après l’historique démonstration du 13 janvier, la journée du 20 a marqué un coup d’arrêt avec une mobilisation en demi-teinte. Comme nous l’écrivions dans nos colonnes alors :« Le principal facteur de la mobilisation en demi-teinte est le rôle joué par les centrales syndicales de l’éducation, qui en acceptant les miettes et le cadre de réunions bi mensuelles imposé par le le gouvernement, ont clairement joué un rôle de contention du mouvement. Plus encore, à aucun moment il n’a été posé communément par les organisations de construire une mobilisation réellement sur le terrain par la construction d’assemblées générales et dans le temps, ce qui aurait permis d’aller plus loin qu’une journée sans lendemain, bien qu’historique, le 13 janvier. »

La grève appelée ce jeudi 27 par l’intersyndicale pourrait relancer la mobilisation et constituer un rebond pour le monde de l’éducation, pour qui la situation continue de s’empirer. Par son extension aux secteurs du public et du privé qui ces derniers mois se sont mobilisés sur la question des salaires, l’enjeu doit être de faire converger la colère pour construire le rapport de force contre le gouvernement, sur le terrain de la défense du service public en revendiquant des moyens et des embauches mais aussi en luttant pour une augmentations des salaires.

Ainsi, à rebours de la logique du « dialogue social » des centrales syndicales qui ont accepté les miettes du gouvernement, il s’agit de construire le rapport de forces en développant les cadres d’auto-organisation afin de mettre sur pied un plan de bataille à la hauteur de la combativité exprimée le 13 janvier dernier. L’élargissement à l’ensemble des services publics, à l’image de la santé, mais aussi du privé ce jeudi, doit en être un point d’appui.



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