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Affaire d’Etat

Air Cocaïne : la DGSE, l’Armée française et le FN à la rescousse des deux pilotes inculpés pour trafic de drogue

Yano Lesage L’affaire « Air cocaïne » éclate le 20 mars 2013 avec l’arrestation de quatre français sur l’aéroport de Punta Cana, en République Dominicaine. 700 kg de cocaïne, des valises installées à bord du Falcon-50 de la compagnie aérienne française SN-THS, à destination de l’aérodrome de la Môle près de Saint-Tropez, sont saisis par les autorités dominicaines. Le verdict tombe le 14 aout 2015 : Pascal Fauret, commandant de bord, ainsi que Bruno Odos, tous deux anciens pilotes de l’Armée de l’Air française, sont condamnés à 20 ans de prison. Selon des sources largement relayées dans la presse, ils ont été exfiltrés de République Dominicaine vers la Martinique puis la métropole, le 25 octobre dernier avec l’aide de deux ex-agents de la DGSE, les services de renseignement français, ainsi que l’armée, et le soutien d’Aymeric Chauprade, député Front National. Si dans cette affaire, la justice dominicaine a condamné les inculpés français à des peines extrêmement lourdes, que dire du rôle de l’Etat français pour couvrir cette affaire et le réseau mafieux qui est derrière ?

mardi 27 octobre 2015

Une exfiltration organisée par Aymeric Chauprade et ses réseaux militaires

Me Jean Reinhart, leur avocat, a confirmé lundi 26 l’information délivrée par le Figaro. Pascal Fauret et Bruno Odos, en détention provisoire dans l’attente de l’appel de leur jugement, ont bel et bien quitté la République Dominicaine. La version retenue par la presse est celle d’une sortie du territoire via l’utilisation d’un bateau de plaisance, à bord duquel se trouvaient un ancien marin et le député Aymeric Chauprade. Ils auraient alors rejoint un second bateau, à bord duquel se trouvait un commando de marins, mais aussi deux ex-agents de la DGSE. De là, ils auraient rejoint la Martinique, et à l’aide de faux passeport délivrés par l’armée française, ils auraient pu rejoindre le territoire français. Le Quai d’Orsay a nié toute responsabilité dans l’exfiltration. Pour Aymeric Chauprade, cette organisation est le fruit de la participation « d’hommes de bonnes volonté […], de patriotes en France », n’ayant pas « oublié leurs camarades de combats, (…] qui ont porté l’arme nucléaire ».

Sans pour autant accréditer la version officielle qui laisse accroire une totale ignorance de l’opération par les services de l’Etat français – soutenir le contraire pourrait avoir de fâcheuses conséquences diplomatiques – l’exfiltration des deux pilotes est cependant révélatrice de deux éléments. Le premier est l’existence d’un Etat profond, d’un système de réseaux politico-militaire impliquant des anciens militaires, des anciens membres de la DGSE, mais aussi des dirigeants politiques comme Aymeric Chauprade, agissant pour leur propre compte et leurs propres intérêts et passant au-delà de l’Etat officiel. De l’autre, l’exfiltration est aussi révélatrice des liens intimes qui relient le personnel politique du Front National, en la personne d’Aymeric Chauprade, avec cet Etat profond et notamment, son versant militaire, preuve une fois de plus, de son rapport intime avec ce « système » qu’il se plait tant à dénoncer. Enfin, cela n’aurait été possible sans la complicité, y compris sous la forme d’un accord tacite et en dépit de ses déclarations, du gouvernement français. C’est donc grâce à cet Etat profond que deux pilotes, du fait de leur expérience dans l’armée française, pourtant condamnés dans un trafic international de cocaïne, se retrouvent protégés et rapatriés en France où ils bénéficieront certainement d’une justice plus clémente.

Des anciens militaires français, forcément innocents ?

Quant à la vraie nature de leur culpabilité, le débat reste entier. Depuis le début du procès, les deux pilotes, comme les deux autres français impliqués n’ont cessé de clamer leur innocence. Pour leur avocat, l’exfiltration de Pascal Fauret et Bruno Odos, n’est en rien une « évasion », même si elle en a tout l’air. Les anciens militaires viendraient se remettre à la « vraie justice », la justice française qui leur sera, étant donné leurs antécédents de service, forcément plus indulgente. Il est certain que le gouvernement de la république Dominicaine, entretenant lui-même des liaisons dangereuses avec les narcotrafiquants, a été particulièrement sévère à l’égard des quatre français. Vingt ans de détention, et seulement quatre peines de 5 à 10 ans et six acquittements pour les dix militaires, policiers et douaniers impliqués côté dominicain.

Cependant, la plaidoirie des français, basée sur l’inconscience et la naïveté, n’a rien pour convaincre. Un SMS de Pascal Fauret à son patron, le dirigeant de la compagnie aérienne, Pierre-Marc Dreyfus, confirmant un rendez-vous avec Alain Castany, commanditaire du vol, et « la nature du chargement : confirmée » met en doute cette affirmation. En effet, comment croire que deux pilotes expérimentés, de surcroits anciens militaires pouvaient totalement ignorer la contenance des valises qu’ils ont eux-mêmes chargés ?

Un vaste réseau mafieux de trafic de drogue

Deux autres français inculpés dans la saisie du 20 mars sont quant à eux toujours sur le territoire dominicain : Nicolas Pisapia, niant également être impliqué dans le trafic mais aussi être le commanditaire du vol qu’il aurait effectué pour une de ses relations Franck Collin, installé en Roumanie et mis en détention provisoire dans le sud de la France. Et Alain Castany, pilote d’avion privé, prévu comme pilote suppléant sur le vol, homme d’affaire dans le domaine de l’aviation, avait déjà eu des condamnations pour escroquerie et détournement de fonds.

Dans cette affaire ce sont également Jean-Pierre Dreyfus et Fabrice Alcaud, les deux dirigeants de la société SN-THS, qui ont également été mis en examen. Ce dernier aurait « payé d’avance » les vols pour son client Franck Collin. François Xavier Manchet, douanier sur l’aérodrome de la Môle à Saint-Tropez, et en relation avec Franck Collin, a également été mis en détention en avril 2013 pour trafic de stupéfiant. Autre détail de l’affaire, parmi les nombreux clients que comptent la société SN-THS, l’ancien président Nicolas Sarkozy, qui contractait des avions via la société Lov Group.

Tirer les fils de l’affaire Air Cocaïne, c’est aller jusqu’aux milieux d’affaire et à la pègre de Lyon. C’est voir l’implication des militaires français et des hommes politiques, notamment du Front National. C’est aussi pointer du doigt les réseaux de l’Etat profond et sa justice, particulièrement indulgente, auprès de ceux qui lui sont liés.




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