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Front de Gauche et des Travailleurs (FIT)

Argentine. Le front de l’extrême gauche discute de la composition de ses listes pour les prochaines élections

Daniela Cobet A moins d'un mois du dépôt des listes pour les élections primaires, les différentes composantes du Front de Gauche et des Travailleurs (FIT) discutent d'un compromis qui permettrait d'aller avec une liste unique aux élections primaires du mois d'août.

Créé en 2011, en partie pour se donner des meilleures chances de franchir la barre imposée par la nouvelle loi électorale promulguée par le gouvernement Kirchner, le FIT se prépare pour être présent aux prochains scrutins où seront élus aussi bien les représentants de l’exécutif qu’une partie de ceux du législatif, à toutes les échelles. Cette loi a instauré les « primaires ouvertes simultanées et obligatoires » (PASO) comme un moyen de régler les disputes internes qui existaient notamment au sein du péronisme, mais aussi de limiter la participation de l’extrême gauche, désormais obligée d’obtenir un seuil minimal de 1,5% aux primaires pour pouvoir se présenter aux élections « définitives ».

Un « coup de pouce » anti-démocratique qui a facilité le rassemblement des principaux partis de la gauche trotskiste – Parti des Travailleurs Socialistes (PTS), Parti Ouvrier (PO) et Gauche Socialiste (IS) – dans un front commun. Les résultats ont été plutôt convaincants, avec une réussite aux primaires de 2011 et environ 500 milles voix à l’échelle nationale aux élections définitives de cette même année, puis le score historique de 1,3 million de voix en 2013 avec l’obtention de trois sièges de députés nationaux et des dizaines d’élus locaux. Déjà en 2013 la composition des listes avait fait l’objet d’une longue discussion, mais un accord a pu être trouvé avant les primaires.

Cette année, face à l’aspiration de la part du PO d’obtenir, pour le gouvernement de la région de Buenos Aires ainsi que pour les députés de la capitale et de la province de Buenos Aires (la principale région du pays), les têtes de liste des formules présidentielles, le PTS avait mis à la disposition du FIT la pré-candidature du jeune député de la région de Mendoza, Nicolas del Caño, qui venait d’obtenir le remarquable score de 17% aux élections municipales en arrivant deuxième, devant le candidat soutenu par le gouvernement Kirchner. Ne partageant pas le caractère « naturel » de la candidature du dirigeant historique du PO Jorge Altamira à la présidence, le PTS a déclaré souhaiter discuter fraternellement autour des différentes propositions et de l’équilibre entre les différentes composantes dans les listes, sans exclure un recours aux primaires comme moyen de trancher en dernière instance et d’assurer l’unité du FIT si un accord n’était pas obtenu.

Une première : vers des primaires de l’extrême gauche ?

Après s’être refusé, de façon réitérée, à discuter aussi bien d’un partage plus équilibré des têtes de listes que de la possibilité d’aller aux primaires, le PO a décidé il y a quelques semaines de lancer sa campagne pour les primaires en proposant comme deuxième de la liste, à côté d’Altamira, Juan Carlos Giordano de IS, organisation moins représentative que le PTS. Ils appellent à un meeting de campagne le 5 juin à Buenos Aires.

De son côté, le PTS continue à insister sur la proposition d’une liste unitaire et s’est déclaré prêt à renoncer à la pré-candidature de del Caño à la présidence, au profit d’une liste commune où il serait deuxième derrière Altamira. Pour le PTS, la liste Altamira-Del Caño serait la plus à même de rendre le programme du FIT audible en combinant la tradition que représente la trajectoire d’Altamira à la jeunesse et au charisme de Del Caño, qui, en seulement deux ans, est passé d’une situation où il était un parfait inconnu à devenir une sorte de « phénomène » à Mendoza, notamment auprès de l’électorat jeune et salarié.

Dans cette dynamique, la campagne pour que tous les élus touchent un salaire équivalent à celui d’une institutrice, ainsi que ses discours en soutien aux luttes des travailleurs au parlement et sa présence sur les actions où il lui est même arrivé de se faire réprimer par les CRS, ont joué pour beaucoup. Du point de vue du PTS, la liste Altamira-Del Caño serait la seule capable de drainer aussi bien les voix de l’électorat traditionnel de l’extrême gauche –auprès duquel Altamira est davantage connu– que celles d’un nouvel électorat, plus jeune, pour qui la candidature de Del Caño représente un atout. Elle serait en même temps la plus représentative des principales organisations du FIT.

La condition attendue par le PTS serait que le jeune député – dont le mandat, selon le système de rotation prévu par le FIT, se termine en décembre et qui ne pourrait pas se représenter pour le poste de député s’il fait partie de la formule présidentielle (la loi argentine l’interdit) – puisse garder son siège jusqu’en 2017. En échange, Nestor Pitrola, député national du PO pour l’intérieur de Buenos Aires, pourrait lui aussi garder son siège.

Pour l’instant, le PO refuse cette proposition et insiste sur le fait d’aller aux primaires avec deux listes séparées. Altamira semble néanmoins ouvrir une brèche lorsqu’il déclare au quotidien Clarin être ouvert à discuter d’une liste à côté de Bregman, mais pas de del Caño, qui selon lui « devrait aller se battre pour conserver son siège aux législatives de Mendoza ». À travers son dirigeant national et député Christian Castillo, le PTS a affirmé que ce n’était pas à Altamira de le décider, et a plaidé pour une reprise des négociations entre les composantes du FIT.

Cette discussion autour des candidatures se combine avec une autre portant sur un éventuel élargissement du FIT à des organisations de la gauche (chavistes, et staliniennes) auquel le PO et surtout IS se montrent favorables, alors que le PTS met l’accent sur les risques d’un changement du caractère du FIT et de son programme d’indépendance de classe.

1/6/2015.




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