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Genres et Sexualités

Extrême gauche

Argentine. Máxima, trotskyste, trans et candidate aux élections

Zárate est une grosse ville ouvrière à la lisière Nord de la province de Buenos Aires. Le PTS y présente, pour les scrutins de cet automne, deux camarades emblématiques, Carlos Lescano, de Donnelley, usine actuellement sous contrôle ouvrier, ainsi que Máxima Fernández, militante trans. Tous deux défendent les couleurs des listes « Renouveler et Renforcer le Front de Gauche et des Travailleurs », cartel électoral trotskyste regroupant le PTS, le PO et Izquierda Socialista, dans le cadre des élections primaires obligatoires du 8 août. Máxima revient, ici, sur son propre parcours militant et plusieurs questions relatives au mouvement LGBTI.

Comment a commencé ton militantisme au PTS etdans le mouvement LGBTI ?

Je me suis rapprochée du PTS à travers sa politique en direction du mouvement des femmes, impulsé autour de l’organisation Pan y Rosas. A cette époque, je me présentais comme un homme. Ce n’est qu’en 2012 que je me suis assumée en tant que transgenre.Lors d’un meeting, j’ai vu pour la première fois une militant trans trotskyste intervenir aux côté de deux infirmières trans. Ça m’a profondément bouleversée. Découvrir que cette proximité au féminin pouvait devenir une nouvelle identité de genre a représenté, pour moi, un nouveau départ dans la vie. C’est avec le PTS que j’ai réussi à parler au cours d’une assemblée de travailleur-se-s de l’usine Donnelley, puis face à 6 000 personneslors du meeting national que nous avons tenu en décembre dernier.

Au cours des dix dernières années, des avancées ont été enregistrées, en Argentine, avec la loi sur le mariage pour tou-te-s ou encore la loi sur l’identité de genre, permettant aux personnes de choisir le sexe devant figurer sur leurs documents d’identité. Quel a été l’impact, au quotidien, de ces lois, pour les personnes LGBTI ?

Ces conquêtes sont le fruit de la lutte desde tout un mouvement ainsi que de militant-e-s dont plusieurs ont même perdu la vie, au cours des différents combats que nous avons menés. Disposer d’un cadre légal nous donne beaucoup plus d’espace pour nous renforcer et continuer à lutter pour les droits qui nous manquent. Mais le kirchnérisme, au pouvoir depuis 2003, a été des plus démagogues avec ces lois, car les politiciens qui répondent à la présidente continuent à avoir un discours transphobe. C’est le cas de Hugo Curto, maire de Tres de Febrero, dans la province de Buenos Aires. Sans même parler des politiciens de droite, comme Mauricio Macri, qui n’a pas hésité à déclarer qu’il « ne donnerait jamais de travail aux travestis, parce que ce sont des malades mentaux ».

Lorsque j’ai reçu ma nouvelle carte d’identité, j’ai ressenti dans tout mon corps une sensation de pouvoir à laquelle je ne m’attendais pas : légalement, j’avais une identité qui correspondait à celle que je revendiquais. Quelques jours plus tard, j’ai eu un entretien d’embauche à l’usine Siderca, où j’avais déjà travaillé. J’ai passé la visite médicale, mais lorsque le patron a découvert ma nouvelle identité,on a rejeté ma candidature. J’ai présenté beaucoup de CV dans des entreprises, mais malgré mon expérience, on ne m’a jamais appelée.Voici un exemple flagrant de contradiction entre la loi et le quotidien. En tant que trans, nous sommes marginalisées socialement, souvent condamnés à la rue, pour survivre,en nous prostituant. Survivre,donc,dans un milieux des plus violents.

La décennie kirchnéristese clôt, par ailleurs, par une mobilisation massive contre les féminicides, sans que cela ne fasse réagir outre mesure la présidente Cristina Kirchner, qui ne s’est pas prononcée sur ces manifestations, dont les images ont pourtant fait le tour du monde. L’ingérence de l’Eglise continue par ailleurs à peser, faisant obstacle à l’adoption d’une loi aussi urgente que celle sur le droite à l’IVG, toujours interdite en Argentine. Parmi les proches de Kirchner, plusieurs de ses proches sont des catholiques militants, à l’instar de Jorge Capitanich, chef de cabinet de Cristina Kirchner, entre 2013 et 2015, proche de l’Opus Dei, ou encore Daniel Scioli, vice-président de Nestor Kirchner entre 2003 et 2007 et actuel gouverneur de la province de Buenos Aires.

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Quel est le quotidien d’une personne trans à Zarate ?

Il n’y a pas beaucoup de place pour notre communauté. Je connais peu de trans ayant un emploi stable : il y a une fille trans qui travaille pour la mairie, un garçon trans qui suit des études pour devenir infirmier et moi, qui fait de l’art plastique et du tatouage pour vive avec mes deux enfants. Mais la majorité des femmes se prostituent pour survivre. Par ailleurs, sur le pôle hospitalier de la ville, il n’existe aucun type d’information quant aux traitements hormonaux et encore moins à propos des opérations de changement de sexe. Quand je suis allée demander, l’endocrinologue m’a dit qu’ils n’étaient pas préparés pour accueillir des « gens comme nous » et il m’a renvoyée vers un hôpital de Buenos Aires.

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Que propose la liste « Renouveler et Renforcer le FIT » conduite par le PTS lors des primaires, pour les personnes LGBTI ?

Les listes du PTS au sein du FIT sont composées d’ouvriers, d’ouvrières, de jeunes et, plus généralement, par 70% de femmes, dont des militante-e-s LGBTI. Dans mon cas, je partage ma candidature en tête de liste avec Carlos Lescano, travailleur de l’usine sous contrôle ouvrier MadyGraf, anciennement Donnelley. Il fait partie du regroupement syndical combatif Bordó, du syndicat des industries graphiques, qui a mené une lutte très dure contre le patronat, mais également contre sexisme au sein de l’usine pour qu’une camarade trans puisse y travailler avec l’identité de genre qu’elle revendiquait. C’est comme cela, je crois, que nous allons pouvoir rentrer dans les entreprises, main dans la main avec les travailleurs et les travailleuses, en brisant ainsi les préjugés et la division que les patrons et le gouvernement nous imposent.

Aucun autre candidat de Zárate n’a fait de propositions pour en finir avec l’inégalité dont sont victimes les personnes LGBTI. Nous entendons nous battre pour que les personnes LGBTI puissent vivre leur vie, leur identité et leur sexualité pleinement, et c’est pour cela que nous réclamons l’accès à l’emploi, à la santé et à l’éducation, en plus de la séparation de l’Église et de l’État.

Avec notre liste, nous voulons discuter avec la communauté de Zárated’un projet de loi de quotas d’embauches pour les personnes trans.De la même manière, nous entendons présenter un texte spécifique contre les violences faites aux femmes, dans le sillage de ce qu’ont présenté Nicolás Del Caño avec Myriam Bregman, du PTS, au Parlement. Nous voulons convaincre tou-te-s les travailleurs, les femmes et la jeunesse, au cours de cette campagne électorale, de la nécessité de nous organiser et de faire entendre la voix des secteurs les plus marginalisés de la société, et ce depuis l’Assemblée nationale jusque dans les conseils municipaux.




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