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Violences policières

« C’est la vie d’un quartier qui s’arrête » : projection-débat du film « Frères » par le Collectif Justice pour Ibo

Ce vendredi 17 septembre, le collectif « Justice pour Ibo » organisait une rencontre débat et projection à la salle Watteau de Sarcelles. Plusieurs jeunes du quartier ont pris la parole pour partager leurs expériences et dénoncer les violences policières.

lundi 20 septembre

Plusieurs collectifs de victimes de violences policières étaient conviés à prendre la parole et faire connaître leur expérience de lutte pour sensibiliser les plus jeunes. Au total, c’est une centaine de personnes assisteront à la projection et aux prises de parole. Face à l’entrée, le ton est donné. Deux grandes banderoles sont accrochées sur les grilles : « On veut la vidéo » et « Justice et vérité pour Ibrahima Bah ».

Dans le calme, on s’installe dans la salle et après une brève présentation du déroulement de l’événement, c’est la famille Bah prend le micro la première. Depuis près de deux ans, ils demandent justice et vérité pour leur petit frère, en réclamant les vidéos de trois caméras de surveillance présentes sur le lieu où il a trouvé la mort.
Pour rappel, leur petit frère Ibrahima Bah surnommé Ibo, un grand passionné de moto, se rendait le dimanche 6 octobre 2019 au circuit où il avait l’habitude de s’entraîner. En passant par le quartier de la cerisaie de Villiers-le-Bel, il croise la police qui lui demande de s’arrêter pour un contrôle. Tentant de fuir, il monte sur le trottoir, mais perd le contrôle de sa moto et percute mortellement un poteau. Une version des faits fortement remise en cause par les témoins présents sur place, expliquant que c’est le fourgon de police qui a percuté Ibo. La peine de la famille ne s’arrête pas à la perte d’un de leur membre, car le procureur criminalise immédiatement leur petit frère en indiquant que la moto ne lui appartenait pas. Le jour même, il a été prouvé qu’il en était bien le propriétaire.

C’est ensuite au tour d’Hugo Simon, le réalisateur du documentaire, de prendre la parole. Il s’agit de son film de fin d’études et de sa toute première projection en public. Il explique qu’il a choisi de faire ce film en partant d’un sentiment de révolte, sa conscience politique s’éveillant au moment de l’incident Zyed et Bouna qui l’a profondément choqué. À l’époque, il avait presque leur âge.

Dans son documentaire, il voulait montrer dans l’intimité, la force et la détermination des familles victimes de violences policières qui se battent pour la vérité. La projection du film documentaire « Fr èr es » démarre et reprend le témoignage poignant de trois personnes qui ont eu un petit frère décédé de la suite de violences policières. On y trouve notamment celle du frère de Gaye Camara, accusé à tort de vol de voiture alors qu’il n’était pas sur le sol français, mais en voyage au Cap Vert. Tué d’une balle dans la tête, les procédures aboutissent à deux non-lieux.

À la fin de la projection, c’est d’abord un silence puis quelques applaudissements, car l’émotion est forte. C’est sur un ton apaisé qu’on demande aux jeunes de prendre la parole pour relever les expériences, les remarques sous différentes formes afin de trouver des solutions, car la surenchère policière inquiète. Ils ont conscience que leur combat est contre tout un système.

En recoupant les histoires des familles, les similitudes émergent. Les caméras ne fonctionnent pas ou mal à cause d’une panne, de la pluie, ou parce qu’il fait trop nuit. Il y a aussi une stratégie systématique de criminalisation de la victime.

Les prises de parole qui suivront laisseront entrevoir la souffrance réelle des familles et des ami-e-s : « ce n’est pas parce que la procédure est terminée et que nous avons eu gain de cause, que c’est fini pour autant », « ce n’est pas juste un mort, c’est une famille entière qui souffre, c’est la vie d’un quartier qui s’arrête ». Parfois c’est le sarcasme qui l’emporte : « Si les parisiens ont mis des gilets jaunes pour être vus, nous en banlieue, ça fait longtemps qu’on a des gilets transparents ! ».

Face à la violence policière, seules la mobilisation massive et l’organisation pourront créer un rapport de force en faveur des victimes pour obtenir justice et vérité. Ce 9 octobre 2021 à 13h, une nouvelle marche pour Ibo et contre les violences policières aura lieu, le rendez-vous est au 31 avenue du 8 mai 1945 à Sarcelles. C’est dans la rue que la justice sera obtenue pour Ibo et toutes les victimes de la répression policière !!




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