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Coup de gueule

Dictature patronale dans la restauration : pourquoi les salariés ne veulent plus y travailler

La restauration ne fait plus rêver. Est-ce que la défiscalisation des pourboires voulue par Macron - quand ils sont donnés aux salariés - réglera le problème ? Non, car il est tout autre. Coup de gueule.

mardi 28 septembre

Ouvrier chez Philips jusqu’à la fermeture de mon usine en 2010, j’ai ensuite travaillé dans la restauration. Si le gouvernement s’étonne de la « pénurie » de main d’œuvre pour le secteur, l’explication est pourtant évidente !

D’après la convention collective régissant les hôtels, cafés et restaurants, le temps de travail légal est de 39 heures, avec des heures majorées de 10 % de 35 à 39 heures. Or la réalité est toute autre. Que l’on soit en cuisine, en salle, à la plonge ou femme de chambre, parler de 39 heures de travail hebdomadaire est un doux euphémisme, notamment dans les petites entreprises, où les patrons ont créé leurs propres lois. Il est plus fréquent d’y voir un employé effectuer une semaine de 45, voir 50 heures, sans parler des périodes de forte fréquentation, où le compteur horaire peut exploser.

Les méfaits commencent bien souvent à la signature du contrat de travail. Car une autre habitude, bien ancrée dans le métier, est de ne pas déclarer entièrement le salarié. Ainsi, le patron a tout à y gagner : il fait travailler ses employés 50 heures, ne les déclare que 30 heures – et les paye 39 heures. A moins de ne pas les déclarer du tout. Le travail au noir est fréquent, et nombreux sont ceux qui, à 60 ans, épuisés par une vie de travail, doivent continuer à travailler faute de cotisations suffisantes pour bénéficier de la retraite.

L’exploitation de travailleurs sans-papiers est une pratique fréquente, dans le secteur. Corvéable à merci, sous-payés, victimes de racisme, ils sont souvent relégués aux tâches les plus ingrates. Ils acceptent des conditions de travail inadmissibles, de peur d’être dénoncés. La législation est souvent bafouée.

Parmi les autres spécialités de la restauration on trouve : un état d’hyper stress chez les employés de salle (serveur), l’emploi le plus stressant de l’univers de la restauration, la modalité de durée du temps de travail non respectée avec des heures complémentaires et supplémentaires non rémunérées, des modalités de congés et de jours fériés non respectées.

Voici quelques unes des réalités que vivent des salariés de restauration qui représentent 30,6 % des emplois nationaux. Ce n’est probablement pas la défiscalisation des pourboires, proposée par le gouvernement pour mieux éviter de poser la question des conditions de travail et des salaires, qui y changera quelque chose.




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