En finir avec l’offensive autoritaire de Macron et la Vè République qui lui donne les pleins pouvoirs !

Comité de Rédaction

En finir avec l’offensive autoritaire de Macron et la Vè République qui lui donne les pleins pouvoirs !

Comité de Rédaction

Le tournant autoritaire de Macron inquiète jusque dans son propre camp. Le pays est dirigé depuis un conseil de défense, qui mène une « guerre » liberticide, usant de tous les leviers les plus antidémocratiques de la Vème république. Plutôt que de sa force, ces attaques témoignent des faiblesses du gouvernement et d’un pourrissement du régime.

Crédit photo : © Paul Cassia

La république en marche vers « État autoritaire »

Depuis le début de son quinquennat, Macron entend avancer dans les réformes néo-libérales en France. Pourtant, après 3 ans, force est de constater que son projet réactionnaire a été freiné, d’abord par la révolte des Gilets jaunes, puis par la grève historique contre la réforme des retraites, et enfin par la pandémie qui a mis en lumière les profonds problèmes de l’hôpital public causés par ces mêmes réformes. Aussi, il ne reste plus au gouvernement qu’à tenter d’imposer un saut autoritaire pour tenter de contenir tout risque d’explosion sociale. Liberté de manifester, liberté d’expression, liberté d’association, liberté religieuse, liberté de la presse, liberté académique, toutes sont ainsi remises en question.

Face à ces attaques, une large mobilisation démocratique commence cependant à se développer, rassemblant notamment étudiants, journalistes, associations de défense des droits de l’homme, collectifs, partis et syndicats. « État de Droit, libertés floutées » affichait la une de Libération du 20 novembre. Lors des deux rassemblements qui ont eu lieux à Paris les 17 et 21 novembre, plusieurs milliers de personnes se sont rassemblées, et la police a violemment réprimé, notamment des journalistes. On pouvait alors lire sur les pancartes « La république en marche vers l’État policier », « démocratie floutée », ou encore « je n’arrêterai jamais de filmer ».

Le 23 mars dernier, la loi sur l’état d’urgence sanitaire était votée, laissant les mains libres au gouvernement pour appliquer des mesures inédites telles que le confinement de la population, justifiées par la crise sanitaire et l’état catastrophique des hôpitaux publics. Certaines de ces mesures ont souvent été uniques en Europe, comme le fait de devoir rédiger des attestations de déplacement qui n’a été mise en place qu’en France et en Italie. Depuis, le pays est dirigé par un conseil de défense dont les échanges sont tenus secrets, réunissant le Président, quelques ministres, des experts et des responsables de l’appareil militaro-policier. Macron, chef d’état bunkerisé (au sens propre comme au figuré, les premières réunions du conseil s’étant tenues au PC Jupiter), ne s’embarrasse pas de délibérations parlementaires pour décider de mesures aussi graves que la contravention aux allées et venues de la population, et de la militarisation de l’espace public, la réunion du 30 octobre ayant fait passer les effectifs de l’opération sentinelle de 3000 à 7000 soldats.

A cette gestion autoritaire de la crise sanitaire, s’est superposé un volet sécuritaire depuis juillet dernier, renforcé par l’instrumentalisation de l’assassinat horrible de Samuel Paty, à la veille du deuxième confinement. Loi sur le « séparatisme », dissolution d’associations musulmanes luttant contre les discriminations, loi de programmation de la recherche qui promet de la prison ferme en représailles des mobilisations étudiantes, loi Sécurité Globale visant à empêcher la diffusion d’images de violences policières, tout en généralisant la surveillance vidéo de la population... un ensemble de dispositions qui semblent viser un ennemi intérieur, combattu depuis le conseil de défense... mais qui n’est clairement ni le coronavirus, ni les terroristes.

De fait, alors que le chômage et la pauvreté explosent, et que le gouvernement se voit contesté sur sa gestion catastrophique de l’épidémie, impossible de ne pas voir dans ces attaques une volonté d’anticiper de futures explosions sociales incontrôlées. Alors que le spectre des gilets jaunes continue de hanter l’exécutif, la crainte de la « gilet jaunisation » de la crise sanitaire est profonde et la presse patronale s’en fait bien souvent le relais. Dès lors, ce renforcement autoritaire n’est pas un signe de force mais bien plutôt de faiblesse, symptôme de la décadence d’un régime incapable de susciter l’adhésion, sous les coups de la crise sanitaire et économique. Et l’élargissement des secteurs visés par la répression, des quartiers populaires aux « mouvements sociaux » et des « mouvements sociaux » à des secteurs aussi essentiels pour la stabilité du régime tels que l’université ou les médias est loin de se faire sans contradictions.

En octobre dernier, l’offensive islamophobe du gouvernement a beaucoup indigné à l’international, notamment dans les pays à majorité musulmane, mais elle a aussi suscité de vives réactions de la part de piliers médiatiques du néo-libéralisme comme le New York Times, le Washington Post et le Financial Times. Ces institutions à rayonnement international de la presse bourgeoise anglo-saxonne ont fortement critiqué les attaques faites aux musulmans suite à l’assassinat de Samuel Paty, tandis qu’en France la Conférence des Présidents d’Universités dénonçait les propos de Jean-Michel Blanquer associant les universités à l’« islamo-gauchisme ».

Plus récemment, c’est la loi Sécurité Globale qui cristallise les oppositions à ce renforcement autoritaire, en France comme à l’extérieur. Dans un récent édito du Monde, le directeur du journal demande « de suspendre l’examen de la proposition de loi » sécurité globales et note que « de l’affaire Benalla aux violences commises à l’encontre des « gilets jaunes », de la faiblesse camouflée en autoritarisme de Christophe Castaner aux démonstrations de force non maîtrisées de Gérald Darmanin, le pouvoir en place éprouve une difficulté majeure à se tenir à l’intérieur d’une conception républicaine du maintien de l’ordre », tandis que la Défenseure des Droits fustige un texte qui porte atteinte aux « droits fondamentaux ». A l’international, le Conseil des droits de l’homme de l’ONU a lui aussi énergiquement critiqué le texte. Au point que dans le camp du macronisme lui-même règne un certain malaise. Au parlement, une partie des élus Modem ont défendu la suppression de l’article le plus polémique de la loi, au sujet de la diffusion d’images de la police, tandis que la majorité se tend face aux injonctions de Darmanin à durcir le projet.

Comme un révélateur à grande échelle de ce que les personnes qui se sont mobilisées ces 4 dernières années savent pertinemment, le gouvernement apparaît aujourd’hui comme un ennemi déclaré de nos droits démocratiques les plus élémentaires. Dans sa logique de contre-révolution sociale, le macronisme est obligé de pousser jusqu’au bout les mécanismes totalement anti-démocratiques et réactionnaires de la Ve République, sur fond de scandales de corruption, à l’image de la tentative de création artificielle d’un syndicat lycéen pro-gouvernement, arrosé de plusieurs dizaines de milliers d’euros de deniers publics. Ce rouleau-compresseur de la « nécessité » incarné aujourd’hui par Macron, l’était hier par Hollande qui usait du 49.3, légiférait par ordonnance et a gouverné de novembre 2015 à la fin de son mandat sous état d’urgence. Le sociologue Thomas Seguin rappelle ainsi dans un article du 21 novembre que : « Ces 5 dernières années et quelques mois d’ici février, soit 1930 jours, la France a vécu sous un régime d’exception pendant 969 jours, soit près de la moitié du temps. Depuis 5 ans, nous avons plus vécu dans un état d’exception suspendant l’exercice démocratique que sous un régime normal de fonctionnement démocratique de la République. » tout en notant que « cet état d’exception permet aux autorités de restreindre les libertés, d’interdire la libre circulation des individus, de réquisitionner des locaux, et surtout d’assigner à résidence des individus jugés comme "perturbant l’ordre public" »

Quand la République tue les prétentions démocratiques de la République

Du Conseil Constitutionnel, qui acte le 28 mai 2020, la possibilité pour le gouvernement de faire passer des ordonnances sans les faire voter par le Parlement, à l’utilisation de l’article 44 de la Constitution pour évincer les amendements votés par le Parlement, en passant par le fameux article 49.3, utilisé pour passer la réforme des retraites en force, c’est bien sur les règles de la Vème République que s’appuie l’offensive du gouvernement. Interviewé par Jean-Dominique Merchet, l’historien Nicolas Roussellier décrit ainsi le fonctionnement récent de l’exécutif : « On observe un fonctionnement “parfait” de la Ve République, parfait dans le sens de sa propre logique. (…) On observe (…) la mise au point d’une technologie de la décision qui s’éloigne des vieux principes républicains de la responsabilité et du contrôle. L’organisation des conseils de défense à l’Elysée a réglé la question de bicéphalie de l’exécutif entre le Président et le Premier ministre. Le Conseil des ministres devient un mécanisme sans ressort, sans grande importance. Au Conseil de défense, le Président convoque qui il veut et il ne doit pas s’expliquer devant le Parlement. On tend vers ce que l’on pourrait appeler un décisionnisme parfait, en éliminant le débat parlementaire contradictoire, libre et approfondi. »

Le 10 novembre dernier, Frédéric Lordon décrivait ainsi la situation comme un « sas vers le fascisme » et notait : « On ne voit plus que la république du sas, la république qui conduit à la non-république, à la manière de Les Républicains appelant au démantèlement du droit républicain, et des Républicains En Marche vers la démolition, pièce par pièce, de la république. ». Ce mécanisme décrit par le philosophe fait écho à la description que le révolutionnaire Léon Trotsky donnait du bonapartisme décadent en France, dans les années 1930, à un autre moment de crise sociale et politique, suite à l’arrivée de la Grande Dépression en France. En 1934 il écrivait : « Dirigée par la grande bourgeoisie, la France sombre dans la décomposition du monde capitaliste. Dans les couches dirigeantes de la société, dans toutes les institutions du régime, les scandales pullulent, la corruption des riches s’étale. Pour les ouvriers, c’est le chômage grandissant ; pour les petits paysans, c’est la ruine ; pour tous les exploités, c’est la misère accrue. Le capitalisme agonisant a fait faillite. Et pour essayer d’échapper à cette banqueroute historique, les classes dirigeantes n’ont qu’un plan : encore plus de misère pour les masses laborieuses ! Suppression de toutes les réformes, même les plus minimes ! Suppression du régime démocratique ! ».

Ce constat a de quoi terrifier tous les démocrates sincères : ce qui détruit la démocratie, c’est la « démocratie » elle-même, supposément incarnée dans la constitution de la Vè république. Celle-ci montre chaque jour un peu plus sa vraie nature : éloigner le plus possible les masses des mécanismes du pouvoir, de l’appareil gouvernemental. La toute-puissance de la fonction présidentielle en est l’incarnation la plus évidente, en permettant de diriger comme un quasi-monarque sans avoir de comptes à rendre ni au parlement, ni à un quelconque organisme élu au suffrage universel. Et que dire de l’existence du Sénat, qui n’est pas élu au suffrage universel et a comme fonction historique d’éviter tout possible débordement de l’assemblée ? Cette chambre a ces dernières semaines eu pour rôle d’aggraver considérablement à droite le projet de Loi de la Programmation de la Recherche et de remettre la réforme des retraites à l’ordre du jour, alors que la très grande majorité de la population s’y oppose. Face à la polarisation sociale grandissante, ce à quoi nous assistons n’est que l’application, poussée à l’extrême, de la constitution de la Vème république, dans laquelle le parlement a un rôle cosmétique face à une Présidence qui peut gouverner en s’appuyant simplement sur l’appareil militaro-policier, comme c’est le cas actuellement.

Pour défendre les droits démocratiques : unir nos forces dans la rue, mettre à bas la Vème république, anti-démocratique et autoritaire

Marxistes révolutionnaires, nous aspirons à renverser l’État actuel, sa justice, son administration, sa police, son armée, qui sont intégralement dessinés pour exercer l’oppression de la classe dominante et en servir ses intérêts. Nous luttons pour son remplacement par un gouvernement des travailleurs et du peuple exploité, appuyé sur leurs propres organismes de lutte et d’auto-organisation, qui prenne à sa charge, entre autres mesures vitales, la nationalisation sans rachat des principales branches de l’économie capitaliste et le partage du temps de travail entre toutes et tous pour en finir avec le chômage et la misère, ainsi que la planification démocratique de la production de biens et services en fonction des besoins de la majorité.

Mais, face à l’offensive anti-démocratique du gouvernement, nous luttons pour la construction d’un front unique et démocratique le plus large possible, qui réunisse toutes les forces de la gauche politique, syndicale et associative afin d’obtenir l’abandon immédiat de la loi sécurité globale, de la loi séparatisme et l’abrogation du nouveau schéma du maintien de l’ordre et de l’état d’urgence. L’offensive du gouvernement qui attaque directement les droits de la presse, de manifester ou encore la liberté de culte s’inscrit dans le renforcement d’un « État autoritaire » bourgeois et doit être combattue énergiquement par le mouvement de masse et ses organisations. Mais seule une mobilisation indépendante des masses, un mouvement des gilets jaunes « XXL » qui entrainerait l’ensemble des secteurs du prolétariat et des opprimés, peut mettre un coup d’arrêt à cette dynamique dangereuse.

Dans le même temps, nous disons à nos alliés et à la majorité des travailleurs qui croient toujours au suffrage universel et à démocratie représentative que ce n’est pas la défense d’un « État de droit » abstrait, ou d’une VIème République aux contours similaires à ceux de la IIIème qui a fini par donner le pouvoir à Vichy, qui peut endiguer l’offensive gouvernementale. C’est plutôt de la tradition révolutionnaire et démocratique radicale, celle de la Convention de 1793 et de la Commune de Paris, qui fêtera ses 150 ans l’année prochaine, qu’il faut s’inspirer en exigeant notamment :

  • La fin du Sénat, chambre réactionnaire et antidémocratique composée de notables qui vise à contrôler l’Assemblée nationale et rend illusoire tout espoir de contrôle de l’État par le suffrage universel.
  • La suppression de la Présidence de la République, qui octroie à une clique élue par une minorité de la population, et en dernière instance à un seul Homme, le droit de diriger le pays au service du grand capital en ne s’appuyant que sur un appareil bureaucratique, la police et l’armée.

Ces institutions anti-démocratiques n’ont d’utilité que pour imposer sans entraves les volontés de la grande bourgeoisie. Par quoi les remplacer ? En octobre 1934, alors qu’en France la tentative de coup d’État fasciste de février avait renforcé les traits les plus autoritaires et bonapartistes du régime, les révolutionnaires proposaient : « Une Assemblée unique concentrant le pouvoir législatif et le pouvoir exécutif. Les membres en seraient élus pour deux ans, au suffrage universel depuis l’âge de dix-huit ans, sans distinction de sexe ni de nationalité. Les députés seraient élus sur la base d’assemblées locales, constamment révocables par leurs mandants et recevraient pendant le temps de leur mandat le traitement d’un ouvrier qualifié ». Si nous devrions aujourd’hui exiger le droit de vote à 16 ans, âge auquel les jeunes ont le droit de se faire exploiter mais pas celui d’exprimer d’opinion politique par les urnes, c’est avec une telle perspective que l’on peut prétendre non pas seulement à défendre, sinon à conquérir une démocratie plus large. Un combat qui ne pourra se mener que dans l’unité la plus large du mouvement ouvrier et de tous les opprimés, par les méthodes de la lutte des classes. Celles-ci passent notamment par le développement de l’auto-organisation la plus large sur les lieux de travail comme dans les lieux d’études, pour permettre à ceux qui luttent de prendre en main leur mobilisation, non seulement contre les attaques anti-démocratiques mais plus largement contre les conséquences de la crise économique et de la crise sanitaire. Un tel combat ne pourra que renforcer la confiance des travailleurs en leurs propre force et pouvoir et faciliter ainsi le changement vers le renversement du capitalisme et son remplacement par un pouvoir démocratique des travailleurs et travailleuses eux-mêmes.

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