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Etats-Unis. AOC s’abstient sur le vote d’une aide militaire d’un milliard de dollars à Israël

Jeudi dernier, la Chambre des représentants a approuvé un nouveau financement d'un milliard de dollars à destination du système anti-missile du « dôme de fer » israélien avec l’aide des représentants Jamaal Bowman et Alexandria Ocasio-Cortez, soutenus par les DSA.

lundi 27 septembre

Photo : Zach Gibson (Getty Images)

Nous traduisons l’article de Tatiana Cozzarelli, militante de Left Voice.

Avec l’aide des députés issus du courant démocrate DSA, comme Jamaal Bowman et Alexandria Ocasio Cortez, la chambre des députés a approuvé la mise en place d’un fond d’un milliard de dollars d’investissement à destination du « Dôme de Fer », technologie israélienne anti-missiles.

Le résultat final était de 420 voix pour, et de 9 voix restantes dont deux abstentions. Parmi elles, Alexandria Ocasio Cortez qui a changé son vote initial, un « non », en une abstention. Le second représentant de DSA, Jamaal Bowman, a quant à lui voté en faveur de cette mesure. Un seul républicain a voté contre.

Il apparait ainsi clairement que le soutien à l’apartheid et à la politique de nettoyage ethnique menée par l’Etat israélien est partagé des deux côtés de l’échiquier politique américain. Ce vote est intervenu à la suite de celui, à 316 voix contre 113, du financement du budget annuel de la défense, à hauteur de 740 milliards de dollars soit 24 milliards de plus que ce que l’actuel président Joe Biden préconisait.

Le financement à destination du Dôme de fer semblait initialement compromis, car les membres de « l’aile progressiste » du Parti démocrate menaçaient de s’opposer au projet de loi auquel il était rattaché, en raison de l’augmentation du financement de l’armée israélienne. Cependant, après que le projet de loi en question a été retiré, la mesure concernant le financement du Dôme de fer a été remise à l’ordre du jour. Il a par la suite été révélé que Yair Lapid, ministre israélien des affaires étrangères, avait appelé le chef de la majorité de la Chambre des représentants des États-Unis, Steny Hoyer, pour demander à ce que le financement soit maintenu. Hoyer a expliqué que l’opposition des progressistes au projet de loi n’était qu’un "retard technique".

Ce financement intervient quelques mois après le massacre par l’Etat d’Israël de plus de 250 palestiniens, dont au moins 63 enfants. Les bombes israéliennes ont notamment visé des maisons, bâtiments et hôpitaux. Depuis, les attaques n’ont pas cessé.

Le mois dernier les forces israéliennes ont bombardé pendant trois nuits consécutives la Bande de Gaza, après que six prisonniers politiques palestiniens soient parvenus à s’échapper d’une prison de haute sécurité. Il y seulement deux semaines, un palestinien a été assassiné et quinze autres ont été mutilés à un poste de frontière israélien.

L’Etat d’Israël est basé sur une politique d’apartheid qui pratique un nettoyage ethnique des Palestiniens. Ses objectifs ne sont rien de moins que l’éradication des Palestiniens de leur terre. Israël organise ainsi des embargos dans le but de les affamer, met en place des check-points pour limiter tous leurs déplacements et leur rendre la vie impossible.

Bien sûr, cette campagne meurtrière se fait avec le soutien militaire et politique des Etats-Unis. Elle serait impossible sans les milliards de dollars fournis chaque année à leur allié au Moyen-Orient. Rien qu’en 2020, ce sont 3,8 milliards de dollars qui ont été alloués à Israël. Des financements accordés aussi bien sous les administrations républicaines que démocrates. En effet, le projet du « Dôme de fer » a été mis en place sous Obama, qui a pour cela fourni 225 millions de dollars en 2014. Comme l’explique Rhys Machold dans le journal de gauche américain Jacobin : « Un intercepteur du Dôme de fer coûte aux alentours de 50 000 dollars, alors que chaque batterie servant au lancement de ces intercepteurs revient à 50 millions de dollars. Lors de l’attaque de 2012, certains analystes ont estimé que le système en question aurait coûté entre 25 et 30 milliards de dollars ]. Ce montant a été grandement pris en charge par les impôts de la population américaine. »

Les progressistes en soutien au projet sioniste.

Jamaal Bowman, représentant de l’Etat de New-York et membre des DSA, s’est prononcé en faveur de ces financements. Il est le favori du mouvement, ayant été à la tête de la rencontre de cet été « Jumpstart Socialism for A New Tomorrow ». Pour l’instant, Bowman n’a fait aucun commentaire sur son vote, mais ce n’est pas la première fois qu’il appuie un soutien militaire à Israël. Rien qu’en août dernier, il avait voté en faveur de 3,3 milliards de dollars d’aides.

Alors que certains des membres des progressistes, à l’instar de Rashida Tlaib et Ilhan Omar, ont voté « non », Alexandria Ocasio Cortez a rompu avec ses camarades, en changeant son vote à la dernière minute passant d’un « No » à un « Present » (équivalent d’une abstention). Elle a été filmée en pleurs alors qu’elle refusait de s’opposer à l’envoi d’argent destiné à assassiner des Palestiniens.

AOC s’est ensuite exprimée dans une lettre dans laquelle elle déclare que le contenu du décret était « pire qu’elle ne l’avait pensé » car il comprenait des « fonds supplémentaires » aux fonds déjà existants. Elle se justifie en décrivant le climat de tensions dans la Chambre des représentants. Cependant, elle n’a pour l’instant donné aucune explication sur son changement de vote.

Toutefois, l’article du journal Jezebel explique que « plusieurs journalistes soupçonnent qu’il s’agissait d’un choix stratégique dans la course au Sénat de New-York (la députée ayant déclaré plus tôt cette année qu’elle "hésitait à se lancer dans une course à la primaire" contre le chef de la majorité du Sénat, le démocrate Chuck Schumer, en 2022) ».

Il est donc clair qu’Ocasio Cortez ne renoncera pas à l’avancée de sa carrière au sein du Parti démocrate américain, même lorsqu’il s’agit de soutenir sa politique impérialiste, avec des conséquences concrètes sur la vie ou la mort des Palestiniens. Très loin des déclarations initiales sur sa volonté de « pousser les démocrates plus à gauche », ce qui se passe actuellement est en réalité l’inverse, c’est AOC et son mouvement, les Socialistes démocrates d’Amérique, qui sont poussés vers leur droite.

Le vote d’Ocasio Cortez intervient une semaine après son passage remarqué lors du Met Gala, où elle portait une robe « Tax the rich » (Taxer les riches). On ne peut s’empêcher de mettre en parallèle son mot d’ordre sur la taxation des riches et les financements de la politique israélienne de nettoyage ethnique.

Cependant, elle n’est pas la seule à avoir une position contradictoire en ce qui concerne la politique étrangère des Etats-Unis. La députée Ilhan Omar, après avoir voté « non » au financement du Dôme de fer, a déclaré « Il n’est pas question d’un seul pays. Si les droits humains guident notre politique étrangère, nous devrions agir ainsi partout. Autrement, nos déclarations sonneront creuses ». Pourtant, en août dernier, elle votait aux côtés de Bowman l’aide militaire à Israël.

Quand est-ce que les droits humains guident-ils la politique étrangère des Etats-Unis, alors même qu’ils organisent des coups d’Etat un peu partout dans le monde ? Sommes-nous vraiment censés croire qu’un membre du Parti démocrate - dont le président souhaite actuellement rouvrir un camp de détention pour migrants à Guantánamo Bay - se préoccupe réellement des droits de l’homme ?

Où en sont les DSA ?

Les DSA, Socialistes démocrates d’Amérique, se trouvent pris en tenaille par les contradictions ouvertes par les choix politiques de ses représentants. D’une part, l’organisation prétend soutenir la Palestine et la campagne BDS ; en réalité, les DSA soutiennent des politiciens qui votent pour envoyer des fonds militaires à Israël, et ce n’est pas la première fois.

Leur comité international a publié une déclaration plutôt tiède, en guise de réponse : "Le plus décevant est que nos membres du DSA au Congrès, comme AOC et Jamaal Bowman, n’ont pas voté contre ces dépenses. C’est à nous, en tant que socialistes, de construire suffisamment le pouvoir de la classe ouvrière pour garantir que des votes comme celui-ci ne se reproduisent plus jamais. »

Cette réponse soulève plus de questions qu’elle n’apporte de réponses. Comment un tel mouvement sera-t-il construit ? Cela impliquera-t-il de rompre avec Bowman et AOC ? Cela impliquera-t-il d’exiger qu’aucun candidat soutenu par les DSA ne vote jamais de fonds à destination d’Israël ? Il est évident que non.

Le plan des DSA est de "travailler à la construction d’un mouvement" afin d’obliger ses propres membres et élus à tenir leurs principes anti-impérialistes les plus fondamentaux, mais les limites d’une telle tactique sont tout à fait claires. Cela montre la contradiction supplémentaire de centrer une stratégie pour le socialisme sur la politique électorale au sein du Parti démocrate. Le Parti démocrate est toujours du côté de l’impérialisme américain. Il n’est pas et ne sera jamais du côté des peuples opprimés du monde entier. S’il est vrai que nous devons construire un mouvement pour protester contre le soutien au régime d’apartheid d’Israël, ce n’est pas un mouvement pour demander des comptes au Parti démocrate - ce parti impérialiste n’est responsable que devant la classe dirigeante. Au lieu de cela, nous devons construire un mouvement indépendant pour lutter contre le Parti démocrate et l’ensemble du régime américain qui permet la violence impérialiste et l’oppression à travers le monde. Ils ne sont pas de notre côté ; c’est contre eux que nous devons nous battre.

La lutte internationale contre le sionisme et pour une Palestine libre.

Le peuple palestinien, tant en Palestine que dans le monde entier, est en première ligne de la lutte héroïque contre l’occupation israélienne et pour une Palestine libre. De la grève générale du mois de mai, à l’épisode des six prisonniers qui ont creusé leur chemin pour sortir de prison, en passant par les protestations et les actions constantes contre les nouveaux empiétements sur leurs terres, les Palestiniens se battent d’arrache-pied contre Israël et ses alliés.
En mai, nous avons eu un aperçu du mouvement dont nous avons besoin pour faire avancer ce combat : des centaines de milliers de personnes sont descendues dans les rues du monde entier pour soutenir le peuple palestinien.
Aux Etats-Unis, nous devons construire un mouvement qui soit inconditionnellement anti-impérialiste et antisioniste. C’est-à-dire un mouvement qui ne se mobilisera pas en faveur d’un élu qui s’abstient et facilite le financement de l’État israélien meurtrier. Un mouvement qui comprend que le soutien au sionisme est bipartisan et que se battre pour une Palestine libre signifie une lutte sans compromis contre les partis démocrate et républicain. Cela signifie un mouvement qui défende le droit au retour pour tous les réfugiés palestiniens et le démantèlement de l’État sioniste israélien en faveur d’une Palestine démocratique, laïque et libre.




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