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Ile-de-France. Les cheminots en grève pour des augmentations de salaire

Les cheminots français vont-ils suivre l’exemple de leurs collègues britanniques ? En région parisienne, une grève très suivie dans certaines gares a bloqué une partie importante de la circulation.

vendredi 24 juin

Crédit photo : AFP

« Aucune augmentation de salaire depuis 8 ans » : à la SNCF aussi, l’inflation ne passe pas

« Le ras-le-bol est général ! » s’exclame Xavier, cheminot à la gare du Nord, délégué SUD Rail et participant d’une grève très suivie, avec près de 90% de grévistes dans la conduite par exemple, dans certains secteurs, notamment Paris Nord et Paris Saint Lazare. Parmi les nombreuses raisons de la grève, celle qui arrive en premier, c’est la question des salaires. « Aucune augmentation de salaire depuis 8 ans », nous explique-t-il, « toutes les fonctions sont concernées, personnel en gare, conducteurs, alors qu’avec l’inflation tout augmente ». Face à la colère qui gronde pour l’augmentation des salaires, la SNCF, qui craint l’embrasement, avait déjà tenté en mai de désamorcer un conflit similaire avec une prime 1000 €. À l’époque, ce sont les agents de circulation (aiguilleurs, régulateurs, agents de circulation…), qui avaient menacé d’une grève. La direction avait alors proposé une prime, acceptée par les syndicats qui avaient retiré leur préavis. Côté circulation, il n’y avait eu aucune prime, ni revalorisation, d’où une grève très suivie.

L’organisation du travail est la seconde des revendications. Comme nous l’avions expliqué dans un précédent article, les plannings sont maintenant gérés uniquement par un logiciel informatique, nommé Orion. « Auparavant, les plannings nous étaient donnés un mois avant, ce qui nous permettait d’avoir une organisation de vie correcte », continue Xavier, mais tout a changé avec ce nouveau système. « Maintenant nous sommes prévenus deux jours avant, parfois la veille, et on se retrouve le lendemain à conduire un train de 6 h du matin à midi ». Impossible dans ces conditions de garder une vie de famille normale et un rythme de travail sain. La SNCF avait mis en avant une prime ridicule de 10 € afin de faire passer cette nouvelle organisation, mais « certaines clauses lui permettent en plus de ne pas toujours l’octroyer » selon le cheminot. « Jusqu’ici, nous étions gérés par des Gestionnaires de moyens, GM, qui planifiaient tout, c’étaient des humains, nous pouvions les appeler en cas d’imprévu ou de problème, maintenant, ce sera une machine », regrette-t-il, mettant en lumière la stratégie d’économies à tout prix de la SNCF par la suppression de ces postes.

Un trafic fortement perturbé en Ile-de-France

Dans certaines gares, la grève a été très suivie : à la gare du Nord et à la gare Saint Lazare, 90% des agents de conduites étaient en grève. Sur les transiliens franciliens, 2 trains sur trois ont ainsi été annulés sur les lignes H (gare du Nord), J et L (gare Saint Lazare) et R (gare de Lyon). Sur les RER D et C, le mouvement a été aussi très suivi, avec un train sur deux aux heures de pointe et un sur trois en heures creuses.

Côté grande ligne, les liaisons avec la Normandie, mais aussi avec Mulhouse et Strasbourg ont été perturbé par la grève, sans que la SNCF indique le nombre de trains impactés.

Conditions de travail, vétusté du matériel et évolutions de carrière : les cheminots n’en peuvent plus

Autre point crucial pour les cheminots en grève, la dégradation des conditions de travail, souvent liée à la vétusté du matériel roulant. « Sur la ligne B, les RER datent de 1980, alors qu’il y a 900 000 voyageurs par jours ! » indique Xavier. Des rames vieilles de plus de 40 ans posent des questions quant à la sécurité des usagers et rendent très difficile le travail des conducteurs : « les cabines n’ont jamais été rénovées, il y a un bruit très fort à l’intérieur, conduire 5 heures de suite là-dedans c’est éprouvant » ajoute-t-il. Les nouvelles rames ne sont prévues que pour la période 2027-2030. Côté TGV, même problème, si bien que l’entreprise a dû annuler plus de 20 trains cette semaine faute de trains disponibles.

Le problème des évolutions de carrières a également été abordé en assemblée générale des grévistes ce matin. En effet, auparavant, un conducteur ayant conduit environ 14 ans pouvait prétendre à un poste sur des lignes TGV. Avec les nouvelles organisations de carrières, cela ne sera possible qu’au bout de 20 ans, « l’intérêt du métier, y compris salarial, est atteint » dénonce le cheminot. Le sous-effectif est aussi une des raisons de cette grève. À cause du trop faible nombre de recrutements de la SNCF, « une fois sur deux, nos poses de congés ne sont pas acceptées ». L’été dernier, de nombreuses tensions avaient eu lieu en région parisienne sur la question de la pose des congés, les sous-effectifs ne permettant parfois pas aux cheminots de prendre des vacances l’été avec leur famille.

Ce cumul explique le ras-le-bol et la forte mobilisation des cheminots, quoique certains regrettent que la CGT soit restée en retrait à Paris Nord et que la grève n’ait pas pris dans toute l’Île-de-France, notamment dans le secteur Est et Sud-ouest. La grève s’est en revanche étendue également à la RATP, où de nombreuses revendications convergentes avec les cheminots. Des constats qui, loin d’attaquer le moral des grévistes, tend à le renforcer : « c’est un bon début, mais face à une direction qui fait la sourde oreille, on va voir pour continuer plus fort » conclut Xavier Brégail. La journée de grève, qui ne sera pas reconduite, est cependant un coup de semonce important avant le 6 juillet, date à laquelle tous les syndicats de la profession se sont mis d’accord pour un appel national à la grève.

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