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Irak. Un an après le début du mouvement, la jeunesse reprend la rue à Bagdad

Lundi, Place Tahrir à Bagdad, des milliers de personnes se sont rassemblées pour l'anniversaire des manifestations d'octobre 2019 contre la précarité de la vie et le gouvernement, lors desquelles la répression avait tué au moins 600 manifestants.

mercredi 28 octobre

Cet article est une traduction de l’article de Salvador Soler paru dans le journal frère de Révolution Permanente : La Izquierda Diario le 26 octobre 2020.

Les rassemblements du lundi 26 octobre, qui ont commencé dimanche matin, ont repris les revendications du mouvement qui avait commencé en octobre de l’année dernière, qui a lancé le plus grand mouvement de protestation anti-gouvernemental en Irak depuis la chute de Saddam Hussein en 2003 après l’invasion américaine. Tout au long de la journée de dimanche, des manifestations massives ont eu lieu dans la capitale, Bagdad, et dans le sud de l’Irak, à majorité musulmane chiite, pour réclamer des services de base, l’accès au travail et la fin de la corruption.

Les manifestations ont fait revivre le « folklore » typique de cette nouvelle génération de jeunes manifestants, qui portent des pancartes et chantent des slogans contre le gouvernement, évoquant la « révolution d’octobre ». Ils ont inondé les rues dimanche, marchant vers la place Tahrir (libération en arabe), pour exiger que le gouvernement actuel mette en œuvre des réformes politiques, sociales et économiques, et que les responsables de la mort d’au moins 600 manifestants lors de la répression des marches de l’année dernière soient traduits en justice.

Les manifestants ont brandi des banderoles de militants connus, qui sont morts lors des affrontements sanglants sur la répression policière des manifestations du 1er octobre 2019. Après celles-ci, les mobilisations s’étaient intensifiées comme la colère de millions de jeunes vivant dans la pauvreté - selon les chiffres de la Banque mondiale, un jeune sur trois est au chômage -, en particulier à Bagdad et dans d’autres villes du Sud, où la répression avait atteint un pic le 25 octobre avec 20.000 personnes blessées.

Parmi les nouvelles revendications, les manifestants exigent du gouvernement irakien qu’il avance les élections prévues pour le 6 juin 2021, ainsi que de traduire en justice les policiers liés à la mort des manifestants, qui s’élèverait à 560 selon le chiffre officiel, mais atteindrait beaucoup plus selon d’autres estimations.

Pendant la journée, les manifestants portaient des banderoles avec des photos du président irakien Barham Saleh et du président du Parlement irakien Mohamed al Halbusi, don ils exigent la démission. Le gouvernement a de nouveau réprimé avec des grenades paralysantes, des gaz lacrymogènes et des camions de pompiers sur les ponts Al Sink et Al Yumhurriya, qui relient la zone verte fortifiée, où se trouvent la plupart des ambassades et des bâtiments gouvernementaux.

Le dimanche soir, les manifestants ont campé sur la place pour reprendre leurs manifestations lundi où ils se sont affrontés avec la police.

Une année de lutte pour la jeunesse

Le 25 octobre 2019, des milliers de manifestants irakiens, pour la plupart des jeunes, étaient descendus dans les rues du pays lors d’une deuxième vague de protestations suite aux mobilisations du 1er octobre, qui s’est terminée quelques jours plus tard après une journée de répression policière qui a fait au moins 157 morts.

Les manifestations sont devenues nationales, décentralisées, avec des revendications dessinant un projet de réformes structurelles du système politique où les factions ethniques et religieuses de la caste politique se partagent le pouvoir et les secteurs stratégiques de l’économie. Celles-ci entretiennent à leur tour des liens étroits avec l’Iran ou les États-Unis et se disputent l’influence de ce pays situé dans une région stratégique pour les intérêts internationaux.

En ce sens, bien que les factions politiques et religieuses traditionnelles, comme le clerc chiite Al Sistani, aient tenté de canaliser les manifestations par des biais institutionnels, elles n’ont pas encore réussi à briser les intentions des manifestants de surmonter les profondes clivages religieux et ethniques dans le pays.

Selon les déclarations des mêmes manifestants, c’est l’organisation indépendante des partis traditionnels qui prévaut. L’autre caractéristique est le large soutien des travailleurs de la santé et de l’éducation et des chauffeurs de Tuk Tuk (petits taxis). Les manifestants ont même gagné la sympathie des travailleurs du pétrole, qui les ont soutenu à plusieurs reprises.

Les manifestations de 2019 ont forcé la démission du Premier ministre de l’époque, Adel Abdul Mahdi. Il a été remplacé par al-Kadhimi, qui a promis d’intégrer les revendications des manifestants dans les plans de son gouvernement : nouvelles élections, développement économique, services de base et possibilités d’emploi ainsi que la justice pour la mort des centaines de manifestants de 2019.

Cependant, l’absence de progrès sur ce-dernier plan a conduit les manifestants à descendre à nouveau dans la rue en 2020 malgré la crise sanitaire.

Un an après le soulèvement d’octobre, la situation n’a fait que s’aggraver. La chute des prix du pétrole dans le sillage de la pandémie de coronavirus a laissé l’Irak avec une crise de liquidités sans précédent, pour une économie qui dépend à 90% des hydrocarbures pour son PIB.

Comme la plupart des mouvements de protestation mondiaux qui ont inondé les rues tout au long de 2019, ils se poursuivent sans relâche en 2020, du Chili aux États-Unis et du Nigeria à Hong Kong. Comme l’expliquait l’un des manifestants à Bagdad : « Nos exigences n’ont pas été satisfaites. Nous continuerons nos manifestations jusqu’à ce que nous voyions le changement que nous voulons. »




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