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Islamophobie : l’autorisation du burkini suspendue à Grenoble, Darmanin à la manœuvre

Alors que la ville de Grenoble a voté le 16 mai dernier une délibération autorisant les maillots couvrants dans les piscines municipales, une offensive raciste importante a été menée contre cette décision. Le tribunal administratif de Grenoble a finalement tranché en suspendant le texte qui autorisait les maillots couvrants. Selon lui, porter des maillots « non près du corps » constitue une atteinte à la neutralité du service public.

jeudi 26 mai

Crédits photo JUSTIN TALLIS / AFP

Lundi 16 mai, le conseil municipal de Grenoble votait la modification des règlements intérieurs des piscines municipales, autorisant ainsi le port des maillots couvrants et la baignade seins nus. L’occasion pour les réactionnaires de tout bord de s’insurger et de mener une offensive islamophobe, comme chaque année lorsque les beaux jours refont surface.

Cette offensive a été menée par un large front : de Laurent Wauquiez à Zineb El Razhoui, en passant évidemment par Darmanin et Blanquer, jusqu’au PS et au PCF, la simple possibilité pour des femmes musulmanes de se baigner dans la tenue de leur choix est dénoncée comme étant une « provocation », « dérive communautariste », « victoire des intégristes » etc. Cette question a divisé jusque dans les propres rangs d’Éric Piolle, maire de Grenoble, puisque 13 des 45 membres de sa majorité ont voté contre l’autorisation du burkini, c’est le cas par exemple de sa première adjointe Elisa Martin.

Dès l’adoption de cette délibération, le préfet de l’Isère Laurent Prevost est monté au créneau et a indiqué qu’il allait saisir le tribunal administratif, sur instruction de Gérald Darmanin, afin de faire annuler ce règlement.

Pour ça, le préfet a utilisé le référé laïcité, mis en place par la loi dite séparatisme et qui n’avait pas encore été inauguré jusqu’ici. Cette procédure permet à un préfet qui considère qu’un acte d’une collectivité porte atteinte aux principes de laïcité et de neutralité du service public, de saisir le tribunal administratif pour demander sa suspension. Un mécanisme qui sert donc à armer davantage le gouvernement dans son offensive islamophobe, puisqu’en s’appuyant sur la notion de laïcité cette procédure facilite les pressions et le contrôle de toute décision qui viserait par exemple à accorder une subvention à une association, ou à prévoir un menu spécifique pour les personnes de confession religieuse, dans les cantines scolaires, comme l’explique une instruction ministérielle portant sur cette loi.

C’est ce dont les femmes musulmanes font les frais aujourd’hui, puisque le tribunal administratif a décidé de suivre les arguments du préfet en suspendant cette délibération qui autorise le burkini dans les piscines.

Dans son ordonnance rendue le 25 mai, le tribunal a considéré « qu’en permettant aux usagers des piscines de Grenoble de porter des tenues « non près du corps » comme c’est le cas notamment du burkini, c’est à dire en dérogeant à la règle générale d’obligation de porter des tenues ajustées près du corps pour permettre à certains usagers de s’affranchir de cette règle dans un but religieux (…) les auteurs de la délibération litigieuse ont gravement porté atteinte aux principe de neutralité du service public ».

On voit ici comment la justice administrative a fait sienne la rhétorique raciste et patriarcale du gouvernement, en dictant aux femmes dans quel type de tenue elles peuvent se baigner – en l’occurrence, dans un maillot qui soit suffisamment « près du corps », et en considérant que le port du maillot couvrant ne peut dès lors pas être autorisé. Le préfet de l’Isère pour justifier son recours, allait même dans son délire raciste jusqu’à dire qu’autoriser le port de ces maillots serait une manière de « favoriser une communauté religieuse », et que « la possibilité de se rendre à la piscine en burkini risque de se transformer en obligation ».

Cette ordonnance du tribunal constitue une attaque importante aux libertés des personnes musulmanes, dans un contexte d’offensive raciste qui s’est largement accentuée au cours du dernier quinquennat Macron et qui a été étayée par de nouvelles lois comme la loi séparatisme, qui facilitent les attaques sur le terrain juridique. Sur ce terrain, cette décision sera probablement contestée devant le Conseil d’État, qui jusqu’ici n’a jamais accepté qu’une interdiction du burkini soit prononcée pour un motif de « neutralité » ou de « laïcité » mais uniquement pour un motif « d’atteinte à l’ordre public », ce qui en pratique rend les interdictions plus compliquées.

Mais au-delà de la bataille juridique, ce qui est primordial est de soutenir toutes mobilisation de l’Alliance citoyenne et du syndicat des femmes musulmanes de Grenoble avec les associations féministes locales, qui ont mené une lutte importante et construit un rapport de force afin que cette délibération soit votée à la mairie de Grenoble et qu’elles puissent porter le maillot qu’elles souhaitent. Cette première victoire qui avait été obtenue est directement le résultat de leur lutte, face à Piolle qui quelques années plus tôt s’opposait à l’autorisation du burkini.

Dans le même sens, c’est ce rapport de force qui permettra d’imposer des règlements qui nous autorisent à nous baigner comme on le souhaite, et plus largement de lutter et faire front contre l’offensive islamophobe et patriarcale actuelle. Dans ce sens, l’ensemble de la gauche devrait souvenir, visibiliser leur lutte et se prononcer sur ces questions, en ne faisant pas comme s’il ne s’agissait que de simples diversions.



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