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Du Pain et des Roses

Sexisme

La RATP condamnée pour harcèlement sexuel : une première victoire, le combat continue

Ce mercredi, la régie de la RATP a été condamnée à 15 000 euros de dommages-intérêts par les prud’hommes pour harcèlement sexuel mais il ne s’agit que d’un jugement « en demi-teinte » selon l’avocate de la victime. Alors que l’entreprise multipliait les opérations de pinkwashing, il est temps de dénoncer les violences sexistes et sexuelles subies par les travailleuses.

jeudi 2 décembre 2021

Saisie par une agente victime de harcèlement sexuel et moral, la régie de la RATP a été condamnée ce mercredi par le conseil des Prud’hommes de Paris pour harcèlement ainsi qu’au paiement de 15 000 euros de dommages et intérêts, a indiqué BFMTV. Après l’audience qui avait lieu le 20 octobre et au micro de l’AFP, l’avocate de la plaignante, Me Maude Beckers estimait que le jugement rendu était en demi-teinte. Elle ajoute « on obtient la reconnaissance du harcèlement sexuel », avec une condamnation de la RATP à verser 15.000 euros de dommages et intérêts, mais les prud’hommes « n’en ont pas tiré toutes les conséquences et n’ont pas prononcé la résiliation judiciaire. Ils ne sont pas allés au bout de la démarche ». En l’occurrence, la résiliation judiciaire du contrat de travail peut être demandée par un.e salariée s’il ou elle reproche à son employeur des manquements graves à ces obligations. Une fois prononcée, la résiliation judiciaire permet la rupture du contrat de travail et le paiement par l’employeur, d’indemnités de licenciement.

La plaignante est actuellement en arrêt maladie et son état de santé est pour le moment « incompatible avec une reprise du travail » affirmait son avocate. Lors de l’audience, Me Maude Beckers avait par ailleurs énuméré les différents types de harcèlement dont sa cliente a été victime à la RATP : harcèlement moral, harcèlement sexuel et harcèlement sexuel d’ambiance qui ont profondément affecté la plaignante, incapable de faire face à ses agresseurs sur son lieu de travail. De plus, cette dernière n’a pas manqué de faire remarquer avec quelle lenteur la régie avait fait preuve pour traiter de cette affaire. Alors même qu’il y a eu « reconnaissance de la violation de la part de l’employeur de ses obligations de sécurité » envers la salariée, le rejet de la demande de résiliation judiciaire n’a selon l’avocate « aucun sens juridique ». Après son arrêt maladie, la victime sera donc forcée de revenir sur son lieu de travail et probablement de côtoyer à nouveau ses harceleurs.

Son cas n’est cependant pas isolé à la RATP, une entreprise qui use à outrance du pinkwashing depuis plusieurs années. En avril dernier, dans le cadre de la mobilisation contre le licenciement d’Ahmed Berrahal, syndicaliste et ouvrier au dépôt de Flandres, des dizaines de femmes, travailleuses de la RATP étaient sorties du silence et avaient affirmé leur soutien à leur collègue, accusé par sa direction de harcèlement moral. Syndicaliste combattif et de toutes les luttes, Ahmed avait fait état de très nombreux cas de harcèlement sur son lieu de travail et les avait dénoncés à sa direction, qui depuis n’a pas cessé de tenter de l’intimider. Il s’agissait de la troisième procédure à son encontre en pas moins d’un an et demi et cette fois-ci, c’est un supérieur lui-même accusé de harcèlement moral et sexuel par des femmes du dépôt. Nadia, machiniste à Flandres, raconte dans cette vidéo comment ce même supérieur s’est montré insistant et intrusif en multipliant les gestes déplacés, les invitations et les intrusions dans sa vie personnelle : « Il est allé fouiller dans mon planning personnel en me disant « tel soir et tel soir, t’as pas d’excuse tu viens dîner avec moi ».

Comme Nadia, ce sont trente-deux femmes qui sont sorties du silence et qui ont dénoncé, dans une vidéo de soutien, les nombreuses affaires de violences sexistes et sexuelles qui ont eu lieu au sein de l’entreprise, avec la complicité de la direction. Delphine qui travaille depuis quatorze ans à la RATP constate le nombre de cas de harcèlement partir à la hausse : « Le harcèlement moral et sexuels sont de plus en plus présents et quand on le dénonce, on est une femme qui n’a pas d’humour ». Jennifer qui a travaillé au dépôt de Flandres dénonce l’impunité totale dont jouissent les harceleurs et agresseurs dans ce dépôt mais aussi dans l’entreprise plus généralement : « Je trouve ça dommage d’arriver dans une entreprise où on a peur de parler parce que tout le monde agit en toute impunité ». Nabila ajoute que ces agissements sont très courants mais tabou. Par ailleurs, nombreux sont les cas dans lesquels les agresseurs dont on a dénoncé les agissements ne sont pas inquiétés par l’entreprise voire même promus à de meilleurs postes, dans d’autres dépôts.

C’est cette même entreprise qui fait travailler les femmes dans un climat anxiogène et sexiste et qui dit vouloir « lutter contre le harcèlement dans les transports ». Depuis le premier janvier 2021, la RATP a mis en place un nouveau dispositif d’accompagnement des victimes de harcèlement sur son réseau de transports. Des agents de sûreté seraient formés à accompagner les victimes mais on peut douter de l’efficacité d’une telle mesure et d’une telle formation lorsqu’on sait que ces agents évoluent eux-mêmes dans un climat sexiste et misogyne. En réalité il ne s’agit que d’une mesure hypocrite de la part de la direction de la RATP qui souhaite faire bonne figure et repeindre sa façade en rose, alors même que dans son enceinte, nombre des travailleuses arrivent au travail la peur au ventre. Dylia Goloco, conductrice de bus a vu son destin brisé par cette même direction. Licenciée en 2018 car accusée à tort d’avoir écrasé un cycliste, elle perd ses deux jumeaux à cinq mois de grossesse : « Ils m’ont accusée d’avoir écrasé un cycliste avec des fausses pièces à conviction. Et suite à tout le harcèlement, j’ai perdu mes deux enfants à 5 mois de grossesse. Ils ont détruit ma vie, ils m’ont détruite en tant que femme, en tant que mère, mais ne sont toujours pas condamnés. »

Lors de la grève contre la réforme des retraites à l’hiver 2019/2020, la direction du dépôt de Flandres avait également mené une entreprise de pinkwashing alimentée par les médias, en accusant des grévistes d’homophobie. Alors que les travailleurs et les travailleuses se battaient pour défendre leurs conditions de travail, la direction n’a pas cesser de les disqualifier sur des motifs abusifs et éloignés de la réalité.



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