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Répression syndicale

La RATP persiste à vouloir licencier Ahmed Berrahal, malgré l’opposition de l’inspection du travail

Alors que l'inspection du travail s'était opposée, fin août, au licenciement d'Ahmed Berrahal, la RATP persiste et signe dans son acharnement contre le syndicaliste CGT. Prête à user de tous les moyens pour se défaire d'une voix qui dérange, elle vient en effet de déposer un recours au ministère du travail.

samedi 23 octobre

Crédits Photo : Julien Gate, rassemblement contre le harcèlement sexuel à la RATP le 20 octobre 2021

La direction de la RATP refuse de lâcher celui qui continue de dénoncer les violences sexistes et sexuelles. En effet, la procédure de révocation d’Ahmed Berrahal a débuté lorsque le syndicaliste CGT et référent harcèlement a fait remonter à sa hiérarchie la main courante d’une salariée pour agression sexuelle. Après plusieurs mois de lutte et une large campagne de solidarité au sein de la RATP et au-delà, en août dernier l’inspection du travail se prononçait également en faveur du syndicaliste, estimant qu’il faisait l’objet d’un « traitement différencié discriminatoire ». Au terme d’un rapport de 9 pages qui contredisait en tout point l’enquête de la RATP - conduite par un cabinet d’avocats réputé aux honoraires qu’on peut facilement évaluer à plus de 50.000 euros - l’inspection du travail s’opposait ainsi fermement au licenciement de cette figure de la grève contre la réforme des retraites. La RATP disposait alors de deux mois pour faire recours de cette décision de l’inspection du travail. Ce qu’elle a fait, sans surprise pour Ahmed Berrahal : « Ça ne m’étonne pas d’eux, ils restent bornés à m’accuser, sans aucune preuve, de harcèlement moral contre un chef accusé lui-même d’agression sexuelle. C’est le monde à l’envers ! Mais on sait que je les dérange par rapport à tous les sujets que je dénonce, que ce soit sur le harcèlement sexuel ou le manque de mesures face au Covid19 ». Le voilà donc obligé de se présenter, de nouveau, devant les services du ministère du travail le 23 novembre prochain, afin de pouvoir se défendre contre ces fausses accusations.

Bâillonner une voix qui dérange

Pour Ahmed, cette nouvelle attaque est la suite logique de la répression qu’il subit depuis des années, une énième tentative de la direction de la RATP de faire taire un syndicaliste qui les gêne. « Je viens aussi de recevoir le jugement des Prud’hommes par rapport à une sanction précédente que j’avais eu pour des contrôles de bus défectueux, et ils me donnent raison sur toute la ligne ! » nous explique-t-il. Le jugement prud’homal qu’Ahmed vient de recevoir, et que nous avons pu consulter, statue en effet que « monsieur Berrahal a agi dans le cadre de l’exercice de son mandat ». Renforcé par cette dernière victoire, Ahmed ne se laisse pas abattre par la menace de révocation qui risque de le poursuivre encore un moment, au vu de la durée de la procédure. En effet, si le ministère du travail a quatre mois pour se prononcer sur son licenciement, il restera encore une dernière cartouche à la RATP en cas de refus : le recours au Tribunal Administratif.

Alors mieux vaut garder la tête haute : « La réalité c’est que la RATP m’attaque pour tous les combats que je mène en tant que syndicaliste, et c’est sûr qu’elle ira jusqu’au bout parce qu’elle ne veut plus que j’ouvre ma bouche publiquement », nous déclare-t-il. « Mais je ne vais pas baisser la tête, je continuerai à défendre les agents de la RATP que ça leur plaise ou non ! Je reçois énormément de soutien de mes collègues et des salariées de la RATP que j’ai défendues face à des faits de harcèlement sexuel ou autre, et même en dehors de la RATP… donc tout ça me donne de la force. Le combat contre le harcèlement sexuel est notre combat à tous, c’est un combat pour la dignité. Car ces femmes auraient pu être nos filles, nos femmes, nos soeurs… donc à chaque fois que je vois l’une d’entre elle oser prendre la parole et dénoncer publiquement ce qu’elle a subi, c’est une grande fierté et une victoire pour nous tous ! »

Levée d’omerta contre le harcèlement sexuel à la RATP

Quoi qu’en dise la direction de la RATP, qui prétend prendre le sujet à bras le corps, la lutte contre le harcèlement sexiste et sexuel au sein de l’entreprise reste un rude combat pour les agentes qui en font les frais. En témoigne le rassemblement qui avait lieu le 20 octobre aux Prud’hommes de Paris, à l’appel de Solidaires RATP, pour défendre Mélissa, une agente victime de harcèlement sexuel puis de pressions managériales pour l’avoir dénoncé. Une occasion pour Ahmed de rappeler que Mélissa n’était pas un cas isolé, montrant qu’il est récurrent que ceux qui lancent l’alerte sur le harcèlement soit eux-mêmes réprimés par la direction de la RATP.

Dans la continuité de l’importante campagne de soutien qui avait été lancée pour s’opposer à la procédure de révocation de l’élu CGT, il s’agit d’étendre le mouvement à l’ensemble des travailleurs et travailleuses de la RATP. Ahmed le rappelle, le combat ne s’arrête pas là : « Il va falloir que les machinistes et l’ensemble des agents de la RATP se mobilisent contre cet acharnement. Ils m’ont élu pour que je puisse les défendre, en tant que représentant du personnel, face au harcèlement qu’ils subissent au quotidien dans l’entreprise, quand on voit le nombre de sanctions et de licenciements qu’il y a pour un oui pour un non. Donc aujourd’hui il faut se mobiliser ensemble pour dire stop à tout ça et se préparer à ce qui va arriver : l’ouverture à la concurrence et tout ce qui va avec ! »




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