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Notre classe

Quand les milliardaires profitent de la crise

La famille Mulliez licencie des milliers de salariés, il y a urgence à construire une lutte commune

Depuis la fin du confinement, la famille Mulliez, propriétaire du groupe Auchan et 6ème fortune française, profite de la crise sanitaire pour restructurer une grande partie de ses nombreuses enseignes. Sous couvert de la crise économique due au Covid-19, le groupe aux plus de 40 enseignes enchaîne les plans de licenciements et les fermetures de sites, lesquelles sont pour la plupart envisagées depuis longtemps. Quelles perspectives pour une réponse à la hauteur des attaques ?

mercredi 23 septembre

Suite à la crise sanitaire, les salariés de nombreuses filiales de l’AFM (Association Familliale Mulliez) sont visés par des plans de licenciements. Grâce aux ordonnances gouvernementales du 20 mai 2020, Alinéa a pu être déclarée en faillite puis rachetée fin août par les même propriétaires, la famille Mulliez, sous l’entité de « Néomarché ». Une stratégie permettant de fermer des magasins et d’éponger les dettes que les 1 000 salariés d’Alinéa ont dû payer par leur licenciement. Le même mécanisme a été utilisé par la famille milliardaires pour son enseigne de fabricant de fils à tricoter et de prêt-à-porter en laine Phildar.

L’entreprise a pu liquider ses dettes, supprimer 137 emplois et 116 magasins sur les 131 actuels, pour finalement etre racheter par les même propriétaires.
Aussi le groupe Auchan Retail, filiale du pôle alimentaire d’Auchan, n’est pas en reste avec la suppression de 1475 postes sur l’ensemble de ses enseignes Pour l’enseigne Happychic, aussi propriété de la famille Mulliez, se prépare la fermeture anticipée de 88 magasins qui risque de laisser sur le carreau des centaines de salariés. De même, à Top Office ce sont 106 emplois supprimés et 6 fermetures de magasins, mettant sur le carreau plus d’un tiers de la totalité des effectifs. En conséquences, à Top office les salariés se mobilisent par la grève comme c’était le cas sur le magasin de Portet-sur-Garonne (proche de Toulouse) le 22 septembre.

Tous ces plans de restructuration détruisent la vie de milliers de salariés alors même que le taux de rentabilité de l’enseigne phare du groupe, Auchan, a bondi de 79 % au premier semestre 2020, comptabilisant un excédent brut d’exploitation de 1,25 milliard d’euros. L’entreprise a par ailleurs versé « 2 milliards d’euros de dividendes aux actionnaires ces dernières années » comme l’indique un communiqué de la fédération CGT commerce et services. A cela s’ajoute les 500 millions d’euros de crédit d’impôt compétitivité emplois (CICE) que l’entreprise a touché sur les sept dernières années. D’ailleurs certaines enseignes de l’association familiale Mulliez on profité plein du confinement, à l’image de Chronodrive ou les plus gros chiffres d’affaires de l’histoire de l’entreprise on été réalisés sans pour autant que la prime de 1000 euros promises aux salariés ai été réellement versés. La crise sanitaire est donc une fausse excuse pour la famille Mulliez, qui malgré des chiffres records dans ses enseignes phares ne se gêne pas pour licencier des milliers de salariés.

Construire un rapport de force à la hauteur des attaques

Face à ces offensives patronales une lutte de grande ampleur s’impose. Pour défendre jusqu’au bout les intérêts des travailleurs, il y a urgence à se doter d’un plan d’ensemble avec un programme clair.

Nous ne devons pas nous limiter à revendiquer la reconnaissance de l’association familiale Mulliez comme un seul et même groupe pour permettre le reclassement des personnels, comme le propose le communiqué CGT Auchan du 22 septembre (ci dessous). L’urgence est à clairement refuser tout licenciement et toute baisse de salaire.

De même, nous avons besoin d’un rapport de force puissant et pour le créer, il faut que nos revendications dialoguent avec les différents secteurs du travail. Face à l’instrumentalisation de la crise par les patrons pour restructurer leurs entreprises, il faut se battre pour que toutes les entreprises déclarées en faillite ou en liquidation soient nationalisées sous le contrôle des travailleurs. Contre la volonté du patronat d’utiliser le chômage comme un outil de pression à la baisse sur les conditions de travail, la revendication du partage du temps de travail entre tous et toutes, et cela sans baisse de salaire, revêt également une importance centrale. D’autant plus que la jeunesse est la première touchée par un chômage massif et que nous ne pouvons penser un rapport de force conséquent sans elle.

Pour se donner les moyens d’imposer ces revendications, qui sont les seules en capacité d’éviter aux travailleurs de payer la crise, il y a nécessité de construire un rapport de force à la hauteur des attaques. Inévitablement, cela passe par la coordination des différents secteurs et entreprises de la famille Mulliez, mais aussi au-delà. L’appel à la grève de la fédération commerce CGT du 8 octobre à tous les salariés des enseignes du groupe Mulliez constitue un premier point d’appui dans ce sens mais reste très insuffisant pour imposer un rapport de force conséquent.

La crise économique actuelle et les multiples attaques orchestrés par l’ensemble du patronat impose d’en finir avec des journées de mobilisation sans lendemain et l’isolement des nombreuses entreprises qui font face à des attaques patronales d’ampleur. La situation exige un plan de mobilisation d’ensemble avec tous les secteurs du travail attaqués et pas des débats mettant en scène un dialogue social courtois, comme ce fut le cas dimanche 13 septembre lorsque Philippe Martinez accueillait le patron du MEDEF à la Fête de l’Humanité. Nos directions syndicales doivent, dès à présent, construire un véritable plan de bataille d’ensemble pour imposer les seules mesures pouvant empêcher que notre camp social paye la crise, économique comme sanitaire.




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