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Les révolutionnaires et les élections en Argentine : à propos d’un article de la Fraction l’Etincelle du NPA

Les camarades de la Fraction l’Etincelle du NPA ont récemment publié un article concernant les dernières élections en Argentine. Fredy Lizarrague, membre de la direction du PTS, revient sur quelques éléments soulevés dans ce texte.

lundi 27 septembre

Nous avons lu avec intérêt l’article de la Fraction l’Etincelle du NPA concernant les élections en Argentine. En effet, la croissance du FIT-U est une dynamique enthousiasmante pour toute l’extrême-gauche au niveau international. En ce sens, l’article développe les grands axes que les différentes forces du FIT-U partagent concernant le résultat politique de l’élection. Pourtant, différents éléments concernant la gauche argentine exigent des précisions.

Une victoire de l’extrême-gauche, des résultats décevants pour certaines de ses composantes

D’abord, si personne ne peut nier le triomphe politique qu’a été le résultat national du FIT-U, celui-ci ne s’exprime pas seulement dans l’extraordinaire résultat obtenu par Alejandro Vilca à Jujuy avec 23% des voix. Les listes de Myriam Bregman et Nicolas del Cano, respectivement dans la ville de Buenos Aires (CABA) et la Province de Buenos Aires (PBA), ont atteint un record historique en termes de nombre de voix lors d’élections primaires (les fameux PASO). Or il s’agit de lieux d’une importance politico-stratégique centrale pour le pays. La ville de Buenos Aires est en effet le centre du pouvoir politique, financier et médiatique, tandis que le Grand Buenos Aires accueille une partie des principaux quartiers ouvriers, de grandes usines et un important secteur des transports.

A l’inverse, si les listes d’extrême-gauche qui se sont présentées en dehors du FIT-U ont également passé une épreuve du feu, l’article affirme de façon erronée qu’elles ont obtenu des « résultats remarquables » (sic). En effet, toute personne connaissant la réalité politique de ces élections sait que le Nuevo MAS avait concentré toutes les ressources dont il disposait dans la Province de Buenos Aires dans le but de faire passer sa candidate Manuela Castañeira au-dessus des 1,5% de voix permettant de se présenter aux élections générales. De ce point de vue, c’est la défaite que l’organisation a essuyé qui est « remarquable ».

Il en va de même pour Política Obrera, une scission du Partido Obrero, qui a présenté ses deux principaux leaders, Marcelo Ramal et Jorge Altamira, dans la CABA et la PBA, contre la liste du FIT-U. Lors des primaires de 2015, Altamira, ancien dirigeant central du Partido Obrero, avait battu Nicolás del Caño dans la province et la ville de Buenos Aires par un rapport d’environ 3 contre 2. Cette année, la liste du FIT-U (PTS, PO, IS) a réalisé un score 12 fois supérieur à la liste de Política Obrera. Si le Nuevo MAS et Política Obrera ont dépassé le plancher des 1,5% dans quelques districts, ce sont les listes du FIT-U qui ont connu une forte croissance dans les districts les plus importants, et ce alors que le MST a également obtenu de maigres résultats.

Le FIT-U et le PTS : une influence politique et électorale ancrée dans la lutte de classes

Ensuite, l’article passe en revue les défis auquel fait face le FIT-U. Tout d’abord, il souligne l’orientation général du FIT-U en évoquant la proposition du MST d’un « élargissement » vers le centre-gauche, une orientation qui coïncide sur le fond avec la volonté de la direction majoritaire du NPA en France de nouer des accords avec La France Insoumise. Cependant, contrairement au NPA, où cette perspective s’est imposée lors des dernières régionales, en Argentine cette orientation est catégoriquement rejetée par les principales forces du FIT-U. D’ailleurs, les listes porteuses de ce projet, emmenées par les principaux dirigeants du MST, ont subi une défaite aux élections.

Deuxièmement, l’article souligne le problème du rapport entre l’espace politique électoral conquis et la capacité à traduire de façon organisationnelle cette influence politique. Or ce passage repose sur une déformation des positions défendues par le PTS. On peut y lire : « Lors de sa dernière conférence et de son dernier Congrès tenus cette année, le PTS a tenu à souligner dans ses débats les difficultés à combler l’espace avec ceux qui constituent leur audience, les difficultés à organiser ce milieu, parlant avec franchise de reculs partiels dans leur recrutement. »

En fait, depuis 2013 (premier saut électoral important du FIT), nous posons au sein du PTS la question de ce rapport contradictoire, sans jamais perdre le fil conducteur de notre pratique politique qui est l’intervention dans la lutte des classes. Cet aspect, qui s’est renforcé l’année dernière autour de centaines de conflits de travailleurs dans tout le pays, n’est pas valorisé dans l’article comme un « atout » du FIT-U en général et du PTS en particulier. Or, le « prestige » des figures du PTS au sein du FIT-U, en particulier des députés, est qu’« ils sont de toutes les luttes des travailleuses et travailleurs, des femmes, de la jeunesse », une idée répandue et reconnue non seulement par les électeurs du FIT-U mais aussi par de larges secteurs. Ceci est le produit de 10 années de construction d’un front, certes électoral, mais présent à travers ses députés et les militants des organisations qui le composent, dans toutes les luttes.

Par ailleurs, loin de « parler franchement de reculs partiels dans le recrutement », nous avons pointé dans les articles publics sur nos Conférences et Congrès la conquête que constituait le fait d’avoir installé La Izquierda Diario comme un média en ligne de grande envergure avec des millions de visites mensuelles, des centaines de milliers d’« utilisateurs uniques » et des milliers de collaborateurs et correspondants qui construisent quotidiennement une presse révolutionnaire militante. La Conférence et le dernier Congrès du PTS a notamment mis au centre la construction de la « communauté La Izquierda Diario » qui compte aujourd’hui 9000 membres, auprès desquels sont diffusés des articles, des débats et des informations sur les exploités et les opprimés.

Enfin, loin des « reculs partiels », notre bilan général pointe seulement le fait que nous n’avons pas réussi à aller au-delà d’une croissance évolutive qui nous a cependant permise de « seulement » doubler notre force militante en 10 ans d’existence du FIT-U, en étendant par ailleurs notre implantation (dirigeants, cadres, militants, sympathisants) au niveau national à presque toutes les principales villes et concentrations ouvrières du pays. Au moment de la création du FIT en 2011, le parti prédominant dans l’alliance était le PO. Aujourd’hui, c’est le PTS.

Parti léniniste de combat ou « parti large » ?

Finalement, l’article pointe le débat qui traverse le FIT-U concernant son avenir. Il mentionne la proposition que nous portons ces dernières années sur la nécessité d’ouvrir le débat pour la création d’un parti révolutionnaire unifié. De son côté, l’auteur de l’article préconise de suivre l’exemple du NPA, à savoir « se comporter comme un Parti avec plusieurs composantes révolutionnaires » pour passer du « front électoral au front de lutte ».

Or, pour le PTS, la perspective défendue a toujours été de construire un parti léniniste de combat, avec une claire délimitation stratégique et programmatique. Nous rejetons ainsi l’idée d’un « parti large » fonctionnant comme un front de tendances comme le NPA. Pour ce qui est des désaccords au sein du FIT-U, nos divergences avec le PO se sont notamment exprimées sur le terrain de méthodes concernant le rapport avec l’État dans l’organisation du mouvement des piqueteros (chômeurs et travailleurs de coopératives non-industrielles). Ce secteur est en effet devenu le lieu de développement central, voire quasi exclusif, du PO dans la dernière période au travers de Polo Obrero. Ce « détail » n’est même pas mentionné dans l’article.

Pour conclure, l’article mentionne le processus révolutionnaire chilien. Or on pourrait ajouter à ce qui est dit que le PTR, membre de la FT-QI, est le seul parti trotskyste qui a obtenu la possibilité de se présenter aux dernières élections, obtenant un bon résultat dans la région minière d’Antofagasta, où une travailleuse de la santé a été élue conseillère municipale, et réussissant à se présenter dans les principales villes du pays.

En conclusion, nous saluons l’intérêt des camarades de l’Etincelle pour le processus politique en Argentine et en Amérique Latine. Nous sommes ouverts à échanger sur les interrogations et questionnements qu’ils pourraient avoir.




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