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Monde

Deuxième vague

Madrid. « On nous confine parce qu’on est pauvres ! », les quartiers populaires reconfinés de manière autoritaire

La capitale espagnole devient l’épicentre national de l’épidémie du coronavirus. Ce lundi, plus de 850 000 habitants des quartiers défavorisés se retrouvent confinés pendant deux semaines et mis sous contrôle policier.

mardi 22 septembre

crédits : PHILIPPE MARCOU / AFP

De la maison au boulot du boulot à la maison, tout en passant par des métros remplis et par des contrôles policiers, c’est ça la réalité d’une partie de la population de Madrid, pendant que l’autre prend des cafés sur les terrasses profitant du beau temps.

Depuis ce lundi, les quartiers populaires du sud de Madrid se retrouvent reconfinés. Ce confinement n’empêche pas les populations de ces quartiers de se rendre au travail, d’aller chez le médecin et à l’école tandis que les parcs sont fermés, et les magasins, bars et les restaurants doivent limiter leur capacité d’accueil à la moitié ainsi que l’interdiction des rassemblements de plus de six personnes.

Ce confinement sélectif cherche à limiter la mobilité dans les quartiers avec le taux le plus haut de contagion qui sont justement les quartiers les plus affectés par la précarité, le chômage et la destruction de la santé publique.

Cette décision a été annoncée par la présidente de la région, Isabel Diaz Ayuso, suite à la hausse exponentielle des taux de contagion qui dépassaient les 1000 cas pour 100 000 habitants lié selon elle à la « façon de vivre » des personnes immigrantes, dépliant ainsi un discours raciste et classiste afin de se dédouaner de toute responsabilité de sa gestion désastreuse à Madrid. A ce que Pedro Sánchez assure qu’il n’envisage pas un confinement total car "nous avons désormais les outils [...] pour pouvoir contenir et infléchir la courbe [des contagions].", une affirmation qui va à l’encontre de ce que l’évolution de l’épidémie montre.

Une grande partie de la population des quartiers reconfinés sont défavorables à cette décision qui ne fait que renforcer la stigmatisation sociale et craignent un abaissement de leur niveau de vie. « Vous savez quoi ? Ils ont réussi à me faire sentir coupable ! Coupable de contaminé, coupable d’être un pestiféré, coupable d’être pauvre », dénonce Juan Carlos, un homme de 63 ans, dénonçant la stratégie du gouvernement à pointer du doigt les quartiers populaires comme les responsables de cette nouvelle vague. José, lui, ajoute que « On nous confine parce qu’on est pauvres ! Les riches, eux, peuvent gambader dans tout Madrid à leur guise. On nous accuse d’être des dangers potentiels car notre taux de contamination serait plus haut. Mais il faut voir comment des familles entières doivent s’entasser dans de petits appartements insalubres ».

Une frustration de la population liée à ce confinement sélectif qui commence à se manifester

Face à la mairie on retrouve un panneau qui dit « Bienvenue à Madrid. Circulation interdite pour les pauvres », c’est ainsi que les populations commencent à montrer leur colère depuis week-end. À cela s’ajoute de nombreux appels à manifester le dimanche, dont une affiche qui disait « Veux-tu que l’on me confine quand je rentre chez moi, après avoir traversé tout Madrid pour nettoyer tes rues, prendre soin de ton père malade, t’apporter de la nourriture, et pour laisser un petit paquet Amazon devant ta porte ». A l’extrême sud de Madrid, de Vallecas jusqu’à Parla, une douzaine de collectifs se sont constitués pour s’organiser et exiger plus d’investissements au profit d’une santé publique et moins de ségrégation et répression, à travers l’organisation de manifestations massives, dont on pouvait entendre " Ayuso Demission ".

En effet, Isabel Diaz Ayuso, présidente de la région, demande au gouvernement de déplier les forces de l’ordre et des militaires dans les 37 reconfinés. Une pétition dont le premier ministre, Pedro Sánchez, aurait déjà donné le feu vert, selon plusieurs médias espagnols comme El País et El Mundo. La répression dans ces quartiers, déjà présente, se verra multipliée ainsi que des amendes oscillant 600 aux 600 000 euros.

Les populations des quartiers les plus défavorisés doivent faire face aux contradictions du gouvernement de l’Etat Espagnol qui met en place de mesures répressives et classistes tout en s’assurant que l’économie continue comme si de rien était. Une économie qui a besoin de cette population confinée, qui est celle qui fait tourner la société. C’est ainsi que la peur s’installe sur les populations des quartiers populaires qui craignent de tomber malade et de devenir encore plus précaire pendant que le gouvernement fait tout de son possible pour s’assurer qu’ils aillent travailler afin de remplir les poches des grands capitalistes. Des mesures prises par le gouvernement qui montrent que ce n’est pas grâce à eux que nous aurons les mesures sanitaires qu’on a besoin mais plutôt à travers l’organisation et la coordination des travailleurs.




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