Meeting Anasse Kazib 2022

« Notre France c’est celle des sans-culottes, des communards, des esclaves insurgés » Anasse Kazib

Anasse Kazib, cheminot, candidat à la présidentielle

« Notre France c’est celle des sans-culottes, des communards, des esclaves insurgés » Anasse Kazib

Anasse Kazib, cheminot, candidat à la présidentielle

Anasse Kazib intervenait lors du grand meeting de lancement de sa candidature pour les élections de 2022. L’occasion de revenir sur les principaux éléments programmatiques qu’il entend porter dans une campagne présidentielle particulièrement marquée par les idées xénophobes et réactionnaires.

Discours prononcé lors du meeting du 20 mars 2021

Chers amis, chers camarades, avant d’entamer ce discours je souhaiterais remercier l’ensemble des participants à ce meeting, celles et ceux qui ont pris la parole avant moi, mais également les camarades du Comité de soutien et vous qui êtes présents dans cette salle. J’en profite également pour remercier l’ensemble des militantes et militants qui ont fait en sorte que ce meeting puisse exister, et qui se démènent sur les routes pour chercher les parrainages et le reste du temps pour faire vivre cette campagne.

Car la participation à une échéance aussi antidémocratique que l’élection présidentielle est un défi immense pour une organisation toute nouvelle comme la nôtre. C’est avec humilité, mais néanmoins avec beaucoup de détermination, que nous allons relever ce défi de taille. Nous sommes déterminés à porter la voix de nos luttes, la voix de celles et ceux qui n’ont pas voix au chapitre, la voix de notre camp, celui de la jeunesse et des travailleurs, la voix des exploités et des opprimés de cette société.

Dans une présidentielle qui s’annonce particulièrement marquée par les discours racistes et xénophobes, le fait de présenter en tant que candidat à la présidentielle un jeune prolo racisé comme moi peut paraître un peu trop subversif. Mais c’est cohérent avec nos convictions les plus profondes sur le fait que nous, les travailleurs, avons des intérêts en commun par-delà nos origines, notre couleur de peau, nos croyances. Notre France n’est pas celle des rois et des grands hommes idéalisée par Zemmour, mais la France des Sans-culottes, des Communards, des esclaves insurgés de Saint-Domingue, des grandes grèves de 1936 ou encore de la grève générale de 68, des processus de lutte que les Sarkozy ou Zemmour voudraient rayer de l’Histoire.

A 60 ans du massacre des algériens noyés dans la Seine par la police, notre France à nous est aussi internationaliste, anti-impérialiste et solidaire des luttes de tous les peuples contre l’oppression des grandes puissances. On voudrait nous faire croire que l’internationalisme serait dépassé. Même dans cette gauche institutionnelle qui a trahi tant de fois, on nous explique qu’il faudrait lutter pour la patrie, le protectionnisme économique et contre l’immigration. Montebourg expliquait par exemple que les Français ont le droit à un pays, Jadot et Roussel manifestaient avec Zemmour et les syndicats policiers, tandis que Mélenchon s’interrogeait sur la présence de la communauté tchéchène sur le sol français après le terrible assassinat de Samuel Paty et évoque parfois la grandeur d’une France dont les territoires s’étendent sur les cinq océans.

Mais la réalité est que toute la séquence que nous sommes en train de vivre met en évidence exactement l’inverse : l’issue aux principaux problèmes que nous affrontons ne peut être trouvée sur le terrain national. À quoi servent leurs frontières et leur protectionnisme, face à la crise sanitaire du Covid ? À quoi a servi le G20 quand il fallait des respirateurs artificiels ou des masques dans le monde entier ? Leur système c’est celui du plus fort contre le plus faible. Pendant que les peuples crevaient la bouche ouverte, ils ont renforcé tout l’arsenal autoritaire, fermant les frontières, rachetant tous les stocks de masques ou d’oxygène disponible, au détriment des peuples les plus pauvres. Il n’y a qu’à voir comment ils ont procédé de la même manière avec le vaccin, ce qui a permis l’émergence de nouveaux variants dans les pays du Sud et ce n’est peut-être toujours pas fini.

La violence avec laquelle le Covid a frappé subitement et paralysé l’ensemble de l’humanité, nous oblige à réfléchir sur le système dans lequel nous vivons. Un système où ce sont toujours les mêmes qui subissent les catastrophes et les crises, quand ceux d’en haut s’en tirent toujours, à l’image du patron de Amazon dont la richesse a augmenté de 80 milliards durant la crise, lui permettant maintenant de faire des voyages dans l’espace, ou encore en France avec les 500 familles les plus riches du pays dont le patrimoine a augmenté de 30% durant la crise, faisant de leur patrimoine l’équivalent de la moitié du PIB en France.

Pendant que nous avons vu des membres de nos familles des amis en réanimation et parfois mourir, pendant que nous et nos collègues avons continué à travailler pour faire tenir l’humanité, souvent la boule au ventre, par peur d’attraper soi-même le Covid ou encore le transmettre à nos proches, eux se sont planqués et ont amassé des richesses sans bouger le petit doigt. Je me souviens comment les premiers jours de mars avec mes collègues nous relevions le col de nos pulls par peur de se contaminer les uns et les autres au travail. À l’époque, souvenez-vous, il n’y avait aucun test et Olivier Véran nous expliquait que les masques ne servaient à rien.

Mais la crise sanitaire n’est pas la seule à être dans nos vies, voilà également la crise climatique. Cet été nous avons vu des épisodes climatiques graves : sécheresses à Madagascar, incendies en Algérie et au Canada, tremblements de terre en Haïti, canicule en Sibérie, pluies et inondations en Turquie et Belgique. Chaque année les phénomènes climatiques ce multiplient avec des niveaux toujours de plus en plus alarmants. À quoi servent leurs frontières lorsque la tempête Alex frappe le Var ou encore que les réserves d’eau diminuent à cause de la sécheresse ? À quoi servent leurs frontières lorsque des pluies de grêlons de la taille de balle de golf détruisent des récoltes entières de nos agriculteurs, poussant certains à mettre fin à leurs vies coincées entre la crise climatique et la pression des banques ? À quoi sert le nationalisme face à la crise climatique, quand comme l’expliquait Adrien le même Total qui fait du greenwashing sur le dos des raffineurs en France, détruit des villages et la biodiversité en Afrique ?

Malheureusement ce n’est pas tout, j’ai abordé la crise sanitaire, la crise climatique et aujourd’hui elle est déjà de retour - même si je doute qu’elle soit à un moment partie - c’est bien sur la crise économique. La crise sanitaire n’a fait qu’accélérer cette crise économique qui nous guettait avant. Nous avons vu les licenciements s’accumuler, les déstructurations et les plans sociaux d’entreprises. Je pense notamment à nos camarades de Bridgestone, de TUI, de la Raffinerie de Grandpuits, d’Alinea ou encore d’Orchestra. Je vais d’ailleurs vous raconter la petite histoire de Pierre Mestre patron d’Orchestra, magasin de vêtement pour enfant. Je vais d’ailleurs l’appeler Pierre l’humaniste.

Il a déclaré au micro de France Bleu : « J’aime voyager, j’aime l’art oui, on a acheté quelques toiles, mais rien de significatif, j’ai deux trois voitures sympas, mais rien d’extraordinaire. Non moi j’aime bâtir, je veux prendre du plaisir sur le chemin  ». Sur le chemin du plaisir Pierre Mestre a rencontré une loi pendant la crise du Covid en mai 2020, une loi que les économistes, ont appelé « effet d’aubaine » pour les entreprises. Cette loi du gouvernement Macron, a permis aux entreprises de liquider leurs sociétés endettées et de se porter acquéreur, effaçant toutes les dettes au passage. Donc Pierre l’humaniste, qui aime bâtir avec ses deux trois bagnoles sympas, a fait liquider Orchestra avec 650 millions d’euros de dettes et il s’est porté devant le tribunal seul acquéreur de Orchestra en s’étant allégé au passage de quelques piécettes de 650 millions d’euros et de presque 300 salariés. L’histoire de Pierre Mestre, c’est aussi celle d’Alexis Mulliez de la Famille Mulliez, groupe Auchan, qui a fait liquider Alinéa, devant le tribunal se séparant de 300 millions d’euros de dette et qui a licencié 960 personnes, pour se porter comme Pierre Mestre seul acquéreur d’Alinéa. Voilà leur système, les magouilles et les dispositifs de relance avec lesquels les patrons se gavent. Mais au final c’est toujours à ceux d’en bas que l’on veut faire payer la crise.

Nous étions en première ligne pour beaucoup à l’image de Wynessa et des camarades de Transdev à qui on a promis des augmentations de salaire et des primes et qui aujourd’hui se font attaquer sur les quelques acquis sociaux qu’ils avaient. Pendant que des machinistes de Transdev s’interdisent de boire de l’eau car ils n’ont pas de pause pipi, les capitalistes cachent les milliards qu’ils ont fait sur notre dos comme démontre ce scandale des Pandora Papers. Ce système ne fait que produire des inégalités sociales, raciales et des crises à répétition, au point qu’il met aujourd’hui en danger la planète et l’humanité toute entière

Souvent on nous explique que ce sont les révolutionnaires qui seraient utopistes, qu’ils rêveraient du grand soir et que leur projet ne serait pas réaliste. Le grand soir nous n’avons pas besoin d’en rêver, nous sommes persuadés qu’il arrivera et nous le préparons avec nos luttes quotidiennes. Car ce qui n’est pas réaliste c’est de penser qu’il est encore possible de vivre des années dans un système dans lequel 26 milliardaires détiennent la moitié des richesses de l’humanité. Face à la crise économique, la crise sanitaire, la crise climatique, la révolution et le renversement du capitalisme sont au contraire le seul projet réaliste !

Heureusement la gravité de la situation n’a pas laissée notre classe indifférente. Les crises amènent avec elles leur lot de révoltes et de mobilisations. Comme disait Marx : « l’histoire de toute société jusqu’à nos jours, c’est l’histoire de la lutte des classes ». Depuis plusieurs années nous avons vu revenir à l’échelle internationale ce vent de lutte de classe avec une force incroyable. Déjà après la crise de 2008 nous faisions le constat de l’émergence d’un nouveau cycle de la lutte de classe, dont la pointe avancée a été sans nul doute le Printemps arabe et ce soulèvement des peuples opprimés du Maghreb et du Moyen Orient contre les dictateurs. Nous avons vu dans la dernière période des mobilisations importantes se dérouler à l’échelle internationale, au Myanmar contre la junte militaire, à Hong-Kong contre le gouvernement chinois, en Algérie contre Bouteflika, aux Etats-Unis après la mort de George Floyd, et je pense également aux mobilisations importantes dans des pays latino-américains comme le Chili, l’Equateur et la Colombie, en Palestine pour défendre Sheikh Jarah, au Soudan et au Liban face aux conséquences de la crise sanitaire et de la corruption. À ces révoltes se sont ajoutés des mobilisations de la jeunesse pour l’urgence climatique, la nouvelle vague des luttes féministes et le réveil antiraciste autour du mouvement Black Lives Matter.

Et puisqu’on parle des États-Unis, comment ne pas mentionner la vague de grèves qui traverse aujourd’hui la plus grande puissance capitaliste mondiale, un pays où on avait soi-disant décrété la mort des syndicats et de la lutte de classes ? Eh ben aujourd’hui ce sont des millions de travailleurs qui refusent de reprendre leurs emplois poubelle après la pandémie. Ce processus spontané a à la fois encouragé des grèves dans des entreprises importantes comme Kellogs ou Nabisco, dans ce que certains décrivent déjà comme la vague de grèves la plus importante depuis les années 1970. Contre tous ceux qui avaient décrétés que la classe ouvrière était morte ou s’était définitivement droitisée, la voilà lever la tête à nouveau dans le cœur même de la machine capitaliste !

En France aussi nous avons vécu une période intense de luttes, qui a démarré en 2016 avec toute une nouvelle génération qui a lutté contre la Loi travail, dont je fais moi-même partie. C’est mon expérience dans cette lutte qui m’a donné envie de militer politiquement. J’ai compris en 2016 le rôle néfaste de la social-démocratie pour notre classe. Mais j’ai aussi fait l’expérience de la passivité et la complicité de la bureaucratie syndicale, à ne jamais proposer des stratégies autres que des journées de grève isolées et sans perspectives.

Malgré cela, tour à tour notre classe est sortie pour affronter la classe dominante durant ces 5 années. En 2016 avec la jeunesse dans la rue, aux côtés de secteurs importants du privé comme les raffineurs et les dockers qui avaient fait d’une ville comme le Havre la « capitale de la lutte ». Au printemps 2018, les cheminots contre la casse du chemin de fer public, malgré la grève perlée qui a été la pire stratégie possible. Puis le 17 novembre 2018, lorsque la classe ouvrière paupérisé et la classe moyenne déclassée de cette France périurbaine est venue renverser la table du président des riches et donner naissance à un mouvement inédit dans l’histoire de la Vème République. Aux insultes du pouvoir, qui les traitait de « fumeurs de clope qui polluent au diesel » pour reprendre les termes d’un Benjamin Griveaux, les gilets jaunes ont répondu au contraire, qu’ils étaient là, même si Macron ne le voulait pas « pour l’honneur des travailleurs et un monde meilleur ». Et ils ont semé avec leur mouvement spontané une telle panique dans le pouvoir que lors de l’acte 4, on a appris que les renseignements généraux craignaient un envahissement de l’Élysée par les égouts, que Brigitte Macron avait fait nettoyer et préparer le PC Jupiter qui est le bunker de l’Elysée, et si cela n’était pas suffisant un hélicoptère était prêt à décoller de la cour de l’Elysée pour exfiltrer le président !

Et quand nous voyons la situation aujourd’hui, la hausse de l’essence, de l’électricité, du gaz et des produits de première nécessité, on se dit tous qu’il faudrait un retour des gilets jaunes, et que cette fois-ci ils soient accompagnés par tous les secteurs qui ont lutté tour à tour, pour aller vers une vraie grève générale et en finir avec ce pouvoir. C’était déjà ce que nous avions tenté avec des cheminots et le comité Adama avec le Pôle Saint-Lazare en soutien aux Gilets jaunes, mais aussi lors du mouvement contre la réforme des retraites où nous nous sommes battus pour que les travailleurs des transports soient maîtres de leur propre mouvement, ainsi que pour l’élargir à d’autres secteurs, à l’image de ce meeting incroyable que nous avons organisé à la veille du premier confinement.

Vous l’aurez compris, notre projet politique ne passe pas d’abord et avant tout par les urnes, nous sommes profondément convaincu que c’est à travers la lutte de classes, la grève générale et le soulèvement des classes populaires que nous arriverons à changer le système. Je ne suis pas là pour mentir aux gens et dire « votez pour moi je suis l’homme providentiel ». On nous a trop souvent raconté cette sérénade et il n’aura échappé à personne que ce système qui appelle à voter pour le moins pire et à se faire trahir, convainc de moins en moins de monde. On voudrait nous faire croire que notre avenir devrait être d’accepter un duel Macron/Le Pen ou Macron/Zemmour. Ou encore que la gauche institutionnelle devrait s’unir derrière le candidat le mieux placé. Beau projet donc pour les exploités et les opprimés, ceux qui galèrent au quotidien, que l’unité entre Jadot le macroniste, Hidalgo du PS, un Montebourg de plus en plus à droite, Roussel qui manifeste avec la police, Zemmour et Philippot et enfin Melenchon, qui, tout en étant le plus à gauche reste un mitterrandien, qui explique que face au capitalisme le rapport de force c’est lui, et que la République, c’est lui aussi.

Non ce n’est pas ça notre avenir, nous méritons d’avoir une campagne présidentielle qui renverse la table, capable de tenir tête à Macron, Le Pen et Zemmour. Une campagne qui porte nos luttes et qui ose affronter les discours réactionnaires, racistes et xénophobes. Avec mes camarades, nous n’avons pas attendu la présidentielle pour lutter à l’unité de notre classe sans distinction et à l’organisation de nos luttes. Nous avons besoin de renouer avec un discours offensif et déterminé. Non pas une campagne pour s’excuser d’être là. Nous ne leur devons rien, si la bourgeoisie existe et se gave de profits, c’est car elle nous exploite au quotidien. Comme je disais l’autre jour sur un piquet de Trandev devant des salariés, hommes et femmes de tous âges, origines et couleurs de peau, tous ensemble face à un ennemi commun qui veut les faire bosser plus en les payant moins : les patrons ne sont rien sans les travailleurs et que lorsqu’un travailleur est en grève, les patrons sont incapables de faire tourner une entreprise. C’est eux qui ont besoin de nous, pas l’inverse !

C’est pour diviser la force que nous représentons que les réactionnaires comme Macron, Le Pen et Zemmour sont là. Car ils savent que la gueule de la jeunesse et de la classe ouvrière aujourd’hui est composée d’ouvriers blancs mais également d’ouvriers issus de l’immigration comme moi. Et ça leur fait mal de se dire qu’une femme née en Algérie et qui s’appelle Wynessa lutte pour les conditions de travail et de salaire de tous ses collègues. Ca leur fait mal de voir qu’Assa Traoré appelle à lutter avec les gilets jaunes et les cheminots et qu’elle mobilise la jeunesse à se soulever contre le système pour qu’il n’y ait plus d’autre Adama Traoré. Ca leur fait mal quand un cheminot qui s’appelle Anasse, qui a grandi à la cité rose à Sarcelles, qui est petit fils de tirailleur marocain, fils de chibani de la SNCF, défend la jeunesse et les prolétaires de la France entière qui se font exploiter par Emmanuel, Edouard, Marlène ou Jean Baptiste.

Cette détermination que nous mettons, moi et mes camarades, dans tous les combats contre le pouvoir et le patronat, je la mettrai également dans cette campagne présidentielle, pour mettre au premier plan nos idées. Je veux également convaincre une partie des abstentionnistes, dont une majorité se trouve parmi les plus exploités et opprimés. On nous a confisqué nos vies, nos luttes, nos voix et notre avenir. Nous voulons que cette campagne redonne de l’espoir aux gens qui ont perdu espoir, perdu espoir dans la possibilité de militer et de lutter pour l’émancipation de tous, sans avoir à mettre de faux espoir dans les urnes. C’est ce que nous venons porter comme projet dans cette présidentielle, le projet de notre classe, pour l’émancipation de tous les exploités et des opprimés.

Nous n’avons que trop souffert de ce système et de ceux qui nous gouvernent, les professionnels de la politique, de droite comme de gauche. Ceux qui continuent à faire miroiter aux classes populaires la possibilité de l’unité de la nation, qui veulent unir Patrick Pouyanné le patron de Total, et les raffineurs de Grandpuits, Pierre Mestre et les 300 salariés licenciés d’Orchestra. Nous allons pour notre part dans cette campagne défendre un programme irréconciliable avec les intérêts du patronat et de l’impérialisme français et nous en sommes fiers !

Car il est inadmissible que des travailleurs soient privés d’emploi ou condamnés à la précarité alors que d’autres s’épuisent par de longues journées et de lourdes charges de travail. Il faut interdire tout de suite les licenciements y compris pour les CDD et intérimaires qui doivent avoir accès à un CDI. Pour donner du travail à ceux qui sont déjà au chômage, il faut réduire le temps de travail de ceux qui ont un emploi, sans aucune réduction de salaire.

Autre façon simple de créer des emplois c’est de laisser partir à la retraite nos anciens. L’espérance de vie en bonne santé, c’est-à-dire sans séquelles liées au travail ou sans maladies professionnelles, est de 59 ans pour un ouvrier, soit dix ans de moins que pour les cadres. L’exploitation capitaliste marque les corps et les esprits des travailleurs. Mais aucun des candidats de la bourgeoisie n’en parle. Nous défendons le rétablissement de la retraite à taux plein à 60 ans avec 37,5 annuités de cotisation, et le droit au départ à 55 ans, à taux plein, pour tous les métiers pénibles, avec une pension de retraite calculé sur la base la plus haute à savoir les 6 meilleurs mois de salaire.

Tous les politiciens, macronistes et opposition confondues, font de la démagogie électorale autour des questions de pouvoir d’achat. C’est l’un des sujets qui inquiète le plus la population comme a pu le montrer la crise des Gilets Jaunes en 2018. Mais cette année encore les salaires ne devraient augmenter en moyenne que de 0,6%, bien en deçà de l’inflation. La crise sanitaire a révélé à quel point les fonctions les plus utiles à la société sont aussi le plus souvent les moins bien rémunérées. Nous avons vu aussi que très souvent ces fonctions sont exercées par des femmes, pour des salaires 17% inférieurs, en moyenne, à ceux des hommes. Il est urgent d’en finir avec cette situation à travers une augmentation généralisée des salaires de 300 euros net pour toutes et tous qui permettrait d’unifier les revendications de l’ensemble du monde du travail. Il faut une revalorisation immédiate du SMIC à 1800 euros nets et l’égalité salariale hommes-femmes, dans le public comme dans le privé. A ceux qui demanderont comment financer ces mesures, nous répondons sans ambiguïté : en prenant sur les profits qui ne cessent d’augmenter et ont même battu des records durant la crise sanitaire, sur les grandes fortunes, ainsi que sur les sommes faramineuses que les riches cachent dans des paradis fiscaux !
Dans les quartiers, où sont concentrés dans leur grande majorité des prolétaires et en particulier celles et ceux issus de l’immigration, l’État utilise toutes les justifications, trafic de stupéfiants, insécurité et, dernièrement, les confinements successifs, pour renforcer son arsenal répressif. Quand ça l’arrange, en phase de campagne électorale ou pour faire de la démagogie sécuritaire à bon compte, l’État se concentre sur la criminalité de rue, sur ceux qui, dans une situation de vulnérabilité sociale, sont le dernier maillon des véritables réseaux criminels.

Parce qu’en France la législation sur le cannabis, notamment, est l’une des plus rétrogrades d’Europe et prétexte à toutes les violences policières, et pour démanteler les mafias, petites et grandes, il faut légaliser, sous contrôle de l’État et avec un suivi médical, lorsque cela l’exige, l’ensemble des substances stupéfiantes et addictives, à commencer par le cannabis, comme c’est déjà le cas avec le tabac, l’alcool et certains médicaments. Cela ne pourra se faire bien sur sans un renforcement de la prévention et de l’éducation, au quotidien, ce qui impliquerait, là aussi, d’en finir avec la casse du secteur éducatif et de la santé.

De Macron à Zemmour en passant par Le Pen et une bonne partie de la gauche, les responsables politiques sont tous d’accord pour donner davantage de pouvoir aux flics pour patrouiller, contrôler et matraquer, le tout au nom de la lutte contre l’insécurité. Pour la gauche révolutionnaire, la police, la justice, le système carcéral et celles et ceux qui y travaillent ne font pas partie des services publics. Ils appartiennent à la même structure punitive chargée d’imposer la violence des classes dominantes et de maintenir un ordre social capitaliste, c’est-à-dire intrinsèquement autoritaire, inégalitaire, raciste et patriarcal.

Cette fonction implique d’ailleurs la répression systématique des luttes ouvrières et populaires (comme on a pu le voir au cours du mouvement des Gilets jaunes ou de la réforme des retraites), la criminalisation de la pauvreté et une pression constante contre les quartiers populaires. C’est pour toutes ces raisons que nous revendiquons la dissolution immédiate de ses corps spéciaux (BAC, BRAV, CRS, gendarmerie, etc.) ainsi que l’interdiction de toutes les armes dites non-létales utilisées contre les manifestants. Dans le même sens, nous exigeons le retrait total des lois « sécurité globale » et de « responsabilité pénale » qui accèdent à des revendications historiques des « syndicats » de police : reconnaissance faciale, drones, caméras embarquée avec les policiers, création de délits spécifiques concernant la police. Voilà autant d’outils qui renforcent l’impunité policière et la répression des mouvements et des quartiers populaires. Nous sommes convaincus qu’en dernière instance la sécurité doit et peut être assurée par la population elle-même et non par une corporation d’hommes armés, séparés du reste de la société, au service de l’État capitaliste et raciste et de l’ordre patronal.

Puis, car on ne part de chez soi que quand on y est contraint et forcé, par l’absence complète de futur, par la misère et la guerre qui ravagent les pays les plus pauvres, nous défendons l’ouverture des frontières, la liberté de circulation et le droit à s’installer, ici, pour toutes celles et ceux qui le souhaitent. Nous demandons haut et fort la régularisation immédiate de tous les sans-papiers et la fermeture des centres de rétention, l’instauration du droit de vote à toutes les élections pour tous les immigrés, la défense du droit au regroupement familial et l’arrêt immédiat des expulsions.

Je ne pourrais pas développer tout notre programme à cette tribune, mais vous dire que nous porterons également des revendications fortes comme le retrait des troupes françaises d’occupation, la fermeture de toutes les bases militaires et la fin de toutes les interventions militaires françaises à l’étranger, le droit à l’autodétermination des peuples dominés et colonisés par la bourgeoisie française et son État.

Nous lutterons pour un véritable plan contre toutes les violences faites aux femmes. Pour un féminisme anticapitaliste, antiraciste et internationaliste ! Pour l’autodétermination des personnes LGBTI et la liberté sexuelle.
Face à ce système de justice pour les riches, nous revendiquons, à l’inverse, l’élection directe des juges, la généralisation des procès avec jurés populaires aptes à rendre des verdicts et que les magistrats ou fonctionnaires dépendant du ministère de la Justice touchent un salaire équivalent au salaire médian. Nous réclamons par ailleurs haut et fort, aujourd’hui plus que jamais la libération immédiate de Georges Ibrahim Abdallah, libérable depuis 1999 et toujours emprisonné, alors que la grande criminalité qui blanchit, fraude et fait des milliards n’est pas inquiétée.

Nous exigeons l’abrogation de toutes les lois et mesures sécuritaires et liberticides, à commencer par la loi Sécurité Globale, l’état d’urgence sanitaire qui permet aujourd’hui à Macron de gouverner depuis son Conseil de Défense, l’abrogation immédiate du pass sanitaire dont le gouvernement a annoncé la prolongation.

Enfin dans l’immédiat, nous défendons aux côtés de toutes celles et ceux qui ne supportent plus le verticalisme de la V° République, une transformation démocratique radicale des institutions qui passe par la liquidation des institutions actuelles et qui s’inspire des expériences démocratiques les plus radicales de la Convention de 1793 ou de la Commune de Paris. Cela voudrait dire par exemple que tout député devrait être élu pour un mandat de deux ans maximum, avec la possibilité d’être révoqué à tout moment et sans toucher davantage que le salaire médian.

La politique cessera ainsi d’être un métier, voire une source d’enrichissement personnel. Elle sera, à l’inverse, au service des intérêts collectifs. Le vote sera autre chose qu’un chèque en blanc donné à un candidat bourgeois incarnant le « moindre mal ». Seuls les travailleurs sont à même de représenter réellement les intérêts de leurs camarades de classe car, comme le disaient les Communards en 1871, ils « vivent leur propre vie et souffrent des mêmes maux ».

Plus en général nous voulons porter l’idée que seul un renversement de ce système et son remplacement par un gouvernement des travailleurs eux-mêmes, basé sur des institutions nouvelles issues de nos luttes, qui réorganise toute la société au service du bien-être de la majorité, sans distinction de genre, ethnie, origine ou orientation sexuelle, et de la sauvegarde de la planète et de l’environnement.

Je conclurai ce meeting en vous disant que notre but est que cette campagne ne soit pas juste la campagne d’Anasse et de Révolution Permanente, mais qu’elle soit aussi la vôtre. Nous sommes déterminés à marquer cette présidentielle et participer à donner une boussole politique à la jeunesse et aux travailleurs autre que celle du réformisme et des politiciens de droite et d’extrême-droite.

Mais pour que tout cela puisse exister, nous avons besoin de votre force et votre soutien. Vous le savez la récolte des 500 signatures et un barrage énorme, même si nous avançons bien nous n’y arriverons pas seul. Nous assumons le fait de ne pas être des professionnels de la politique, nous ne vivons d’aucune aide de l’état, de l’aide d’aucun milliardaire comme Zemmour et Macron. Pendant que nous passons des journées entières à la recherche de parrainages, les grands partis eux n’ont que des mails à envoyer pour remonter les signatures de leurs maires encartés. Tout cela repose pour l’heure sur la volonté et la détermination des militants de Révolution Permanente et de quelques sympathisants qui lorsqu’ils ne sont pas à la fac ou au travail sillonnent la France sur leurs repos et leurs congés. Tout cela repose essentiellement sur de petits dons de nos proches et des militants pour mettre l’essence (qui n’arrête pas de monter) et louer parfois des véhicules ou payer un hébergement.

Je suis persuadé que nous y arriverons, mais ça ne se fera pas sans vous. Nous vous invitons chaleureusement à faire de cette campagne une réalité, à créer un comité de campagne là où vous êtes, à organiser des réunions publiques, à participer à la recherche des parrainages, en faisant un don, ou de tout autre aide dont vous pensez être capable de proposer. Personne ne s’attend à ce qu’on y arrive, surprenons-les ! Merci encore à toutes et à tous, et comme disaient nos anciens en 68, « ce n’est qu’un début, continuons le combat ! ».

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