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Bonjour Blanquer

Rattraper les arrêts de travail ? N’Diaye attaque le principe même du congé maladie

Ce dimanche, Pap N’Diaye a annoncé dans une interview au Parisien que les enseignant·e·s devraient « compenser » leurs « absences » dites « légitimes ». Malgré le flou entretenu, cette idée revient à faire rattraper les arrêts maladie et constituerait une offensive historique contre le principe même du congé maladie si elle était concrétisée.

lundi 27 juin

Crédits Photo : AFP/Ludovic Marin

Si des illusions pouvaient persister sur le nouveau ministre de l’Éducation nationale, elles se sont envolées ce weekend. Pour sa première interview au Parisien, Pap N’Diaye affiche tranquillement sa détermination à défendre la macronie et à poursuivre l’œuvre de son prédécesseur. Une des mesures phare prévues par le ministre pour faire face à la crise que connaît l’Éducation nationale est en effet de faire travailler plus les enseignant.e.s par un dispositif qui prévoit le « rattrapage » des absences dites « légitimes ». Pour cela, Pap N’Diaye prévoit de faire remplacer les enseignant.e.s en arrêt par des collègues de leur établissement, avant de… leur demander de rattraper les heures à leur retour !

Pour l’heure, si le flou demeure quant au type d’absence (arrêts maladie, absences liées à la formation, jours de grève...?) le moins que l’on puisse dire c’est que Pap N’Diaye a ouvert une offensive sans précédent contre le statut des enseignant.e.s, plus en général contre le principe même du congé maladie, des arrêts de travail. Une offensive qui ferait pâlir d’envie le secteur privé qui pour l’heure, si elle use de multiples pressions, n’a jamais osé généraliser par la loi de telles attaques contre le droit à la sécurité sociale.

L’offensive contre le statut s’accentue

Alors que, début juin, 10 600 postes dans le primaire et 13 690 dans le secondaire étaient annoncés vacants pour la rentrée 2022 – un record selon les syndicats – le nouveau ministre de l’Éducation nationale a pu développer, dans les colonnes du Parisien, ses « propositions » pour faire face à la crise que connaît le secteur. Des annonces qui n’ont rien de réjouissant pour les enseignants.e.s, et qui, mises en place, ne feront que renforcer la dégradation des conditions de travail et d’accueil des élèves.

Interrogé sur les « cinq millions d’heures de cours perdues en 2019 », Pap N’Diaye annonce, pour la rentrée 2022, que l’Éducation nationale « fer[a] appel à des contractuels » et de réorganiser les formations hors du temps d’enseignement, par exemple le mercredi après-midi. Annonce mensongère qui vise à masquer une crise de recrutement dans le secteur, même des personnels les plus précaires qui reçoivent actuellement leurs non-renouvellements de contrat et pour beaucoup à la veille de leurs CDIsation. Pire encore, au sujet des « absences de moins de quinze jours non remplacées », il déclare : « C’est un grand problème, mais nos moyens ne sont pas illimités. Il faut réfléchir à la meilleure manière de faire que les absences – qui sont légitimes – soient compensées. Nous voulons faire en sorte qu’une absence du professeur d’histoire-géographie, par exemple, soit compensée par son collègue, disons, de français. Mais attention, pas pour que le professeur de français fasse de l’histoire-géographie ! Il utilisera ces heures pour faire double-dose de français, et quand le collègue d’histoire-géo reviendra, il compensera en prenant sur les heures de français. »

Un.e professeur.e malade devra ainsi rattraper son absence, bien qu’elle soit parfaitement justifiée, tandis que ses collègues verront augmenter leur charge de travail. Une mesure qui revient, concrètement, à supprimer la notion même d’arrêt de travail. Seul « privilège » qui leur est accordé, les enseignant.e.s pourront enseigner dans leur discipline. Monseigneur est trop généreux.

Loin d’être en rupture avec son prédécesseur, Pap Blanquer tombe le masque

Bien qu’il prétende « échapper à une alternative simpliste » entre la « continuité parfaite » et le « virage à 180° » avec son prédécesseur, Pap N’Diaye, jusque-là plutôt discret, a rompu les doutes qui pouvaient persister. Il sera le digne héritier de Blanquer, avec pour mantra : « on améliore, mais on ne change rien fondamentalement ».

Loin d’attribuer des moyens supplémentaires à l’Éducation nationale, il prévoit ainsi de continuer à faire toujours plus avec toujours moins, tout en encourageant les « expérimentations » du type marseillais, qui vont vers toujours plus de management – avec la possibilité pour les chefs d’établissement de choisir leurs équipes – et toujours plus d’inégalités scolaires – avec la définition de « projets » d’établissements et l’attribution de moyens au cas par cas.

Surtout, sa proposition de faire remplacer les absents par des collègues, avant de « rattraper » les heures « perdues », rejoint le vieux rêve d’annualiser les temps de travail des enseignants, pour toujours plus de flexibilité et d’économies. Plus besoin de rémunérer les heures et les missions supplémentaires, elles sont soi-disant compensées ! Et plus besoin d’embaucher, on se sert à volonté dans le vivier déjà présent !

Avec toujours moins d’enseignant.e.s par élèves et une dégradation des conditions de travail, on entretient ainsi la crise dans l’Éducation nationale pour mieux la détruire. Car si la crise que connaît le secteur est une réalité, elle ne vient pas de nulle part. Elle est la conséquence directe de la précarisation du métier et de l’application de méthodes libérales à l’enseignement, largement encouragées sous le précédent quinquennat et le ministère Blanquer, avec une dégradation des conditions de travail, une politique de bas salaires, un accroissement de la répression et des politiques managériales sévères, tandis que la réforme du concours rend de plus en plus difficile l’accès au métier d’enseignant.e.s.

#PasDeRentréeEnSeptembre : ne nous contentons pas de la colère, organisons la lutte !

Sur les réseaux sociaux, l’interview de Pap N’diaye a largement fait réagir les enseignant.e.s, qui dénoncent une nouvelle attaque de la part du ministère, dans un contexte où le poids des réformes Blanquer se couple avec une inflation qui les précarise toujours plus. Si l’annonce crispe, c’est que le secteur est déjà excédé des heures supplémentaires imposées depuis la rentrée 2019 par les réformes Blanquer, mesure déjà mise en place pour supprimer des postes et compenser le blocage des salaires. A quinze jours de la fin de l’année scolaire, le #PasDeRentréeEnSeptembre a fleuri sur les réseaux sociaux, interpellant les directions syndicales et invitant les enseignant.e.s à entrer en grève pour la rentrée, à la fois pour les salaires et les conditions de travail.

Il est en effet nécessaire que les enseignant.e.s s’organisent face à ces attaques, mais aussi que les directions syndicales ne jouent pas le jeu du « dialogue social » que souhaite aujourd’hui renforcer le gouvernement pour poursuivre tranquillement sa destruction de l’Éducation nationale. Si Pap N’Diaye déclare vouloir « renouer un dialogue sincère est respectueux […] avec les organisations syndicales et la communauté enseignante », c’est avant tout pour étouffer toute forme de contestation, en invitant les directions syndicales à jouer leur rôle de soupape entre le gouvernement et les enseignantes, à travers de prétendues « concertations » qui n’ont de dialogue que le nom.

Loin donc de toute illusion du dialogue social ou d’interpellation d’un Pape N’Diaye dont le vernis progressiste craquelle jour après jour, ce qu’il s’agit de poser dès maintenant c’est un plan de bataille sans concession qui mette un frein et en recul toutes les reformes néolibérales qui ont mis en crise le secteur. Les 5 dernières années ont permis aux travailleurs de l’éducation de se solidariser de travailleurs d’autres secteurs, contre la reforme des retraites notamment. Au lendemain des législatives les phénomènes de grèves pour la réclamation des augmentations de salaires fleurissent, montrant la voie de la nécessité d’un combat d’ensemble pour les salaires, pour de meilleures conditions de travail et contre Macron et son monde.