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Politique

Insultes racistes, blagues sur les viols : le contenu d’un groupe Whatsapp de policiers révélé par Streetpress

« Grosse pute », « Salope », « violences conjugales à deux balles » ou encore menace de morts contre des mineurs isolés : Street-Press a révélé les échanges aux propos racistes et sexistes d'un groupe Whatsapp du 8ème arrondissement.

mercredi 28 octobre

Crédit photo : AFP

Street-Press a révélé les échanges d’un groupe de policiers du 8ème arrondissement. Parmi les messages, un florilège de remarques sexistes et racistes allant jusqu’aux insultes comme « grosse pute » ou « salope » et à des menaces de mort.

Messages sexistes et appel au viol

Les policiers dans les messages révélés parlent de « violences conjugales à deux balles » et de la « chieuse » qui vient porter plainte, ils parlent d’« un bon dossier de merde », et qualifie la femme de « cas soc’ » (NDLR, cas social) ou encore insinue que cette dernière mentirait pour conserver la garde de ses enfants.

Screens dévoilés par Street-Press

Alors qu’en 2019, le nombre de féminicides a augmenté de 21%, atteignant le nombre effroyable de 149, la seule solution proposée par le gouvernement pour rompre avec le cercle vicieux des violences restent un numéro vert, le 3919... avec au bout du fil des policiers ! On se souvient de Julie Douib, qui avait porté plainte à plusieurs reprises pour les violences conjugales dont elle était victime et avait dit « Il faut peut-être que je meure pour qu’on m’entende ou qu’on me croie  » avant de mourir sous les coups de son mari quelques temps après. Ce qu’on voit dans ce cas, comme dans les messages nauséabonds sur le groupe, c’est que la police, en refusant les plaintes, en remettant en cause systématiquement la parole des victimes, joue son rôle dans le maintien de l’ordre patriarcal.
D’autres messages légitiment quant à eux une agression sexuelle. A en lire les échanges, le métier d’ostéopathe serait un facteur atténuant lors d’une agression sexuelle puisque que « c’est leur métier de foutre des doigts » ou encore que « si elle est bloquée […] il faut bien l’aider ».

Un racisme décomplexé

Dans son article, Street-Press révèle aussi la haine raciste dont font preuve les policiers. Les préjugés racistes font loi : les étrangers sont des voleurs ou encore les Chinois mangent des chats. Bien plus horrible encore, on peut lire un échange dans lequel un policier raconte à ses collègues qu’un homme noir est venu porté plainte pour discrimination : « Comme d’habitude... Il n’a pas un autre terrain sur lequel jouer » et un collègue lui répond « Je dirais bien dans un champ de coton, mais j’ai peur de passer pour un raciste ». Plus décomplexée que jamais, cette référence à la condition des Noirs pendant l’esclavage semble signifier l’adhésion de ce policier et de ses collègues (l’article précise qu’aucun propos tenu sur cette conversation n’a été modéré) à un système esclavagiste puis colonial sur lequel s’est construit bon nombre de puissances impérialistes.

Derrière cette flopée de remarques sexistes et racistes, les policiers tiennent des propos encore plus effarants. Un message révèle les mots abjects des policiers concernant des mineurs isolés, au sujet desquels ils ironisent : « on a pleins de solutions [pour eux…] pas déontologiques […] Radical façon 9mm ou barbare à la petite cuillère ? ». Des déclarations qu’ils appellent « blague » mais qui font surtout écho aux nombreux crimes policiers, comme celui d’Olivio très récemment mort de trois balles tirées par la police.

« La chaise électrique ! », « Je leurs souhaite plein de viol […] Et même plus...la torture suivie de la Mort !!! », « Gocho on aura ta pô »
Ce sont de véritables messages de haine avec incitation à la mort sur lesquels ironisent ces collègues ! Les cibles principales des policiers sont ici des gilets jaunes ou des grévistes de l’hiver 2019 de la SNCF. C’est dans ces conversations que l’on peut lire que Cédric Chouviat, livreur de 42 ans, mort en janvier dernier à la suite d’un contrôle de police « l’avait cherché » ou encore, en parlant d’Antoine Boudinet, gilet jaune dont la main a été arrachée par une grenade GLI-F4 à Bordeaux en décembre 2018, que « ça lui apprendra à ramasser tout ce qui traîne ».

Ces propos haineux et décomplexés ne sont pas anodins. Ils disent même beaucoup de choses sur l’institution policière et le rôle qu’elle prend dans la société capitaliste. Ces messages racistes et sexistes témoignent de l’idéologie défendue par la police. Rappelons qu’en 2017, 54% des policiers avaient voté Le Pen lors du premier tour. Mais surtout, c’est la place même qu’occupent les policiers au sein de la société qui leur permet de s’exprimer de manière aussi décomplexée, sans pour autant être inquiétés par d’éventuels recours judiciaires. En effet, c’est en tant qu’institution ayant « le monopole de la violence légitime » que les policiers peuvent se permettre de tels propos. De plus, il est nécessaire de souligner que ce ne sont pas seulement des mots, des « blagues » entre collègues puisque cela se matérialise avec des actes dans la réalité de tous les jours : en témoignent les violences policières croissantes dans les quartiers populaires et les mouvements sociaux qui mutilent et tuent.




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