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Politique

Justice de classe

Toulouse. Un commandant de police condamné grâce à une vidéo prouvant des faits de violence sur un Gilet Jaune

Vendredi dernier au tribunal correctionnel de Toulouse, Pascal, un Gilet Jaune de 55 ans en fauteuil roulant, s'est retrouvé une nouvelle fois face à son agresseur. Au banc des accusés : un commandant de police qui, après lui avoir confisqué ses lunettes de ski, lui avait aspergé le visage de gaz lacrymogène. Les mensonges du policier ont pu être pointés du doigt grâce aux preuves vidéos. Pour autant, la condamnation reste minimale et symbolique.

mardi 1er décembre 2020

Crédit Photo : PASCAL PAVANI / AFP

Le 3 mars 2019, suite à l’acte 16 du mouvement des Gilets Jaunes, une nouvelle vidéo révoltante de violences policières fait le "buzz" sur les réseaux sociaux. En vingt-cinq secondes, on y voit Pascal, 55 ans et en fauteuil roulant (des suite d’un AVC survenu en 2014), suivre un policier qui vient de lui confisquer son équipement - en l’occurrence des lunettes de ski - pour se protéger des nuages de lacrymogènes. Le commandant lui asperge alors abondamment le visage de gaz lacrymogène.

Vendredi 27 novembre 2020, soit plus d’un an et demi après les faits, le commandant Jean-Marc S. a été condamné à quatre mois de prison avec sursis, au paiement d’un euro symbolique et des 600 euros de frais d’avocats de la victime. Cette condamnation, aussi légère soit-elle, intervient uniquement grâce à l’appui de la vidéo de la scène. Sans surprise, le policier tente alors de se défendre avec l’arsenal de mensonges habituel : "il m’a bousculé trois fois", "je me suis senti chuter", "j’ai agi de façon légale", "agression physique à mon encontre"... En somme, la stratégie à laquelle les fonctionnaires de police ont bien souvent recours pour rester impunis voire gagner un procès en tant que victimes, et qui fait forcément écho à la récente affaire du producteur de musique Michel Zecler, qui sans la diffusion de la vidéo sur la toile serait aujourd’hui dans les geôles de l’État. Grâce à la vidéo contredisant la version du policier, les mots de la juge à l’encontre du commandant de police ayant violenté Pascal sont sans appel : "Je ne peux pas vous laisser dire ça, on voit bien sur la vidéo que ce que vous nous dites là est faux"

Cette violence policière à l’encontre de Pascal a un goût de déjà-vu pour les Toulousains : le vendredi 6 décembre 2019, Odile Maurin, Gilet Jaune et militante d’Handi-social elle aussi en fauteuil roulant, était victime de la répression policière et judiciaire, accusée d’avoir foncé sur des policiers avec son fauteuil roulant. La justice l’avait alors condamnée à 2 mois de prison avec sursis, un an d’interdiction de manifester en Haute-Garonne et à deux amendes de 400€ en préjudice moral plus deux de 600€ pour les deux parties civiles. Son cas a fait jurisprudence : lors du procès de Pascal, la représentante du parquet a tenu à le rappeler : "Oui, une bombe lacrymogène est une arme, il n’y a aucun débat possible. Non, le fauteuil roulant n’est pas une arme par destination, juste un moyen de déplacement."

Si l’affaire a donné lieu ici à la condamnation exceptionnelle d’un commandant de police, elle laisse un arrière goût de profonde injustice lorsque l’on sait que ce dernier va rester en fonction et continuer d’organiser la répression de nos luttes et de nos quartiers. De plus, combien de crimes policiers perpétrés à l’abri de toute caméra, dont les témoins ne sont pas écoutés ou qui ne sont pas poursuivis en justice faute de moyens financiers restent aujourd’hui impunis et le seront toujours dans le cadre de la justice bourgeoise ?

Cette affaire qui, au-delà de souligner le fait que la justice n’est pas du coté des gens qui se dressent contre le capitalisme et qui décident de reprendre en main leur destin, donne encore une fois raison aux 300 000 personnes qui ont manifesté ce samedi, notamment à Toulouse," capitale des Gilets Jaunes", contre le projet liberticide du gouvernement et en particulier contre la Loi de Sécurité Globale qui, au-delà de l’article 24, prévoit de donner plus de moyens aux forces de répression. Pour amplifier la mobilisation qui a déjà fait reculer Darmanin, dans la continuité du mouvement international Black Lives Maters, la remise en question du rôle structurel de la police qui mutile, viole et tue, doit être mise au devant de la scène, et articulée à la dénonciation des mesures islamophobes du gouvernement : projet de loi sur le séparatisme, dissolution du CCIF et de BarakaCity, arrestation et perquisition arbitraire et préventive... Le monde du travail et ses syndicats doivent à leur tour se saisir de cette lutte et y prendre part, la défense des droits démocratiques par la lutte de classe est en effet primordiale si nous voulons gagner.




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