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Notre classe

Grève et coordination

Transdev, SNCF, RATP… les salariés des transports se coordonnent contre l’ouverture à la concurrence !

C'est dans une ambiance explosive que les salariés des transports en commun d'Île-de-France se sont réunis à Melun ce lundi à l'appel des grévistes de Transdev. L'occasion d'apporter du soutien à la grève, et surtout de poser les bases d'une réponse tous ensemble contre la casse du service public des transports.

mardi 28 septembre

La rencontre des travailleurs des transports en commun d’Île-de-France a rassemblé plus de 300 personnes lundi à Melun, à l’appel des conducteur de bus Transdev en grève depuis le 2 septembre

Soutenez les grévistes de Transdev : participez à la caisse de grève !

Fumigènes, slogans, lancé de feu d’artifice, dans une ambiance explosive, Cynthia, conductrice de bus Transdev au dépôt de Lieusaint, micro à la main lance : « C’est pour les usagers qu’on le fait ! C’est pour notre dignité qu’on se bat ! » Debout sur un banc, Wynnessa gréviste de Vaux-le-pénil renchérit : « Les travailleurs ont pris les clefs de la maison, c’est nous les patrons maintenant car sans nous on voit bien que rien ne bouge. Nous reprendrons le travail seulement lorsqu’on aura des conditions dignes et respectables. » Depuis début septembre, elles et leurs collègues sont en grève reconductible, et ce lundi à Melun elles participent à une rencontre qui réunit les salariés des différents dépôts de bus Transdev en grève d’Île-de-France, ainsi que des travailleurs d’autres entreprises de transports en commun à l’instar de la RATP, de la SNCF ou encore de Keolis.

Pour participer à cette rencontre des salariés des transports d’Île-de-France à l’appel des grévistes de Trandev, deux cents personnes sont rassemblées sur la place Saint-Jean de Melun. Les interventions s’enchaînent contre l’ouverture à la concurrence et la privatisation des transports publics, pour de meilleures conditions de travail et pour la dignité, et surtout pour pointer la nécessité de s’unir en dépassant les divisions entre dépôts, entre syndicats et entreprises. Si la détermination est au rendez-vous, c’est que cette rencontre a été organisée sous l’impulsion de la grève des chauffeurs de bus Transdev qui s’est étendue dans toute l’Île-de-France à commencer par la Seine-et-Marne. Au milieu des applaudissements, Boujemah du dépôt de bus de Chelles dans le 77 annonce : « Le 6 octobre on va vous rejoindre les amis, on part en grève reconductible ! Vous nous avez donné la force, continuez à nous la donner, venez nous soutenir ! » Un nouveau dépôt s’ajoute ainsi à la liste d’une dizaine déjà en grève reconductible.

Les grévistes dénoncent l’accélération des cadences, la suppression des temps de pause, et les baisses de salaires. Ils expliquent que la dégradation des conditions de travail se fait au détriment de la santé physique et mental des salariés, comme en témoignerait le nombre d’arrêts maladie en augmentation drastique depuis la rentrée. Des attaques contre les conditions de travail au mépris de la santé physique et mentale des salariés, le nombre d’arrêts maladie ayant drastiquement augmenté depuis la rentré. Vendredi dernier, Malik, conducteur de bus au dépôt de Saint-Gratien dans le Val d’Oise nous racontait : « Transdev leur slogan c’est la qualité… mais la qualité de leurs services ils la font sur notre santé ! » Assoumane, gréviste également, explique craindre pour sa santé : « Cela fait 10 ans que je travaille dans la boîte, il me reste 20 ans de travail, je ne se sais pas dans quel état je serais… » À l’origine de ces attaques, des appels d’offre remportés par la société Transdev pour l’exploitation de lots de bus dans la grande couronne en région parisienne à partir du 1er janvier 2021. En effet, depuis l’entrée en vigueur de la loi d’orientation des mobilités (LOM), la guerre des prix entre les différents opérateurs pour remporter ces appels laisse place à une concurrence très ardue, et entraîne une dégradation drastique des conditions de travail pour les salariés, au nom de la « compétitivité ».

C’est contre ces attaques que la grève reconductible avait démarré le 2 septembre dans la commune de Sénart avant de s’étendre à d’autres dépôts.. Problème, d’un dépôt à l’autre ce ne sont pas les mêmes conditions de travail. Une division imposée par l’entreprise qui tente de fractionner le mouvement en négociant la fin du conflit dépôt par dépôt. C’est donc pour pallier à cette division que les grévistes de Vaux-Le-Pénil mobilisés depuis le 2 septembre ont décidé d’appeler à une rencontre des travailleurs du transports toutes entreprises confondues jetant ainsi de pair les jalons d’une coordination entre tous les dépôts en grève.

Une tradition d’organisation et de coordination qui tire ses racines dans la grève de 2019-2020 contre la réforme des retraites et la coordination RATP – SNCF qui était alors un des principaux cadres d’auto-organisation des grévistes. C’est en s’appuyant sur cette expérience acquise dans le secteur des transports que la rencontre de ce lundi a été organisée, marquant un pas supplémentaire vers l’unité des travailleurs du transport, à rebours des frontières syndicales et de celles imposées par le patronat entre les salariés de différentes entreprises et différents dépôts.

En solidarité avec les grévistes de Transdev, les élus France insoumise et PCF, mais aussi des salariés de la RATP, de Kéolis, et cheminots de la SNCF comme les travailleurs de l’infrapôle en grève depuis plusieurs mois, ou encore des raffineurs de Grandpuits ont fait le déplacement. Tous ont salué cette grève partie de la base, en appelant à les soutenir et en participant à la caisse de grève. Mais au-delà de la solidarité, cette rencontre a été un moment de partage d’expérience : les raffineurs de Grandpuits, les cheminots de la SNCF, les traminots de la RATP ont pris la parole pour raconter leurs luttes passées, les réussites et les obstacles qu’ils ont pu rencontrer, et les leçons qu’ils avaient pu tirer. Olivier, travailleur de la maintenance des voies à la gare du nord à l’Infrapôle en grève depuis plusieurs mois pour de meilleures conditions de travail et pour la dignité raconte : « Nous c’était notre première grève, on n’en avait jamais fait avant, et je vous le dis : il faut renforcer l’union entre vous, que vous ayez les mêmes revendications, ensemble vous serez plus forts ! ».

Un partage d’expérience qui aura permis aux travailleurs de Transdev de poser ce lundi matin les premiers jalons d’une coordination entre tous les dépôts. Très vite, au-delà des messages d’unité, fusent les questions de coordination et d’organisation. Alimenter la caisse de grève et surtout refuser les négociations dépôt par dépôt pour casser la grève, comme celle qui était proposée par la direction du dépôt de Lieusaint lundi après-midi. « Il faut qu’on s’organise, qu’on se coordonne, prenons les numéros de tous le monde élisons des délégués sur chaque dépôt, c’est la base qui à lance cette grève, l’étiquette syndicale on s’en fout on est tous ensemble. C’est à nous tous de décider ! » résume un gréviste.

Une première rencontre réussie qui a donc permis de faire prendre conscience de la puissance des salariés en grève, et de la nécessaire coordination pour mettre en échec la stratégie de division de Transdev et pour permettre aux travailleurs de s’approprier leur lutte. Mais aussi un appel à poursuivre l’expérience et à retranscrire cette détermination dans la réalité de la lutte notamment lors de la journée de mobilisation interprofessionnelle à l’échelle nationale, à l’appel des organisations syndicales, pour le 5 octobre. Ce jour là, les salariés des transports présents à la rencontre mettront toutes leurs forces pour en faire une journée noire dans les transports et proposent de défiler dans un grand cortège unitaire, intersyndical et qui regroupe l’ensemble des grévistes des transports, quelque soit leur étiquette syndicale ou leur entreprise. Avant la participation à la manifestation parisienne, les grévistes comptent s’inviter devant les bâtiments d’Île-de-France Mobilités, l’organisme de la région dirigé par Valérie Pécresse qui met en place les appels d’offre et organise la casse du service publique des transports et la dégradation des conditions de travail. Soyons nombreux et nombreuses à venir les soutenir !




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