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Notre classe

Une réorganisation qui a considérablement dégradé les conditions de travail des facteurs et le service rendu aux usagers

Un an après la grève, la température monte à nouveau à La Poste Paris 15

Sebastien Baroux Voilà quelques semaines que la colère enfle à sur la plateforme de distribution du courrier de la Poste du 15e arrondissement. Entre mise en place de la réorganisation qui, au sens propre, désorganise tout le bureau, et provocations de la nouvelle direction, les salariés, qui ont fait 51 jours de grève l'an passé, n'en peuvent plus et comptent bien le faire savoir.

lundi 8 juin 2015

51 jours de grève

Il y a un an, les postier-e-s du centre postal de Paris 15 partaient en grève illimitée contre une énième réorganisation. Cette dernière prévoyait 22 suppressions d’emplois (dont 15 tournées) et s’attaquait aux jours de repos des agents. Après 51 jours de grève, les collègues reprenait le boulot en conservant leur régime de travail, en maintenant 2 emplois de facteurs, en CDIsant plusieurs collègues précaires, et en obtenant quelques acquis liés aux conditions de travail. Cette grève a été la plus longue qu’un centre de distribution du courrier ait connu sur Paris depuis des décennies !

Après un report de 6 mois - conséquence de la grève et d’une expertise votée en CHSCT - la nouvelle réorganisation s’est finalement mise en place le 30 mars dernier. Le premier constat est que le nombre de suppression d’emplois (20 postes supprimés, dont 13 tournées de facteurs) a considérablement rallongé les tournées et dégradé les conditions de travail.

Une réorganisation au détriment des postiers et du service

Le 15ème arrondissement est le plus vaste et le plus peuplé de Paris (8,48 km2, soit 10% de la superficie totale de la Capitale hors bois, 240 000 habitants). Augmenter les tournées, cela signifie concrètement pour les facteurs et factrices avoir plusieurs centaines de boîtes aux lettres supplémentaires, donc des kilos et des kilos de lettres ou colis en plus à transporter, trier et distribuer, et de fait un nombre de lettres recommandées proportionnel à l’augmentation des rues à distribuer par agent. Et au bout du compte, ce sont aussi les usagers qui en pâtissent, parce qu’il n’est plus possible d’assurer le même service.

Plus de deux mois après la mise en place de cette réorganisation, la grogne est réelle dans l’établissement. Les agents sont fatigués d’une telle charge de travail. Les dépassements horaires ne sont pas rares. Et encore une majorité souligne les effets de la grève qui a limité les attaques prévues du projet d’origine ! Sans cette mobilisation massive, le massacre aurait été d’une toute autre ampleur...

La nouvelle direction se croit tout permis...

Surtout que la direction nouvellement arrivée, a décidé de “durcir” le ton. Lors d’une récente réunion avec la boîte, cette dernière a osé annoncer aux syndicats qu’il fallait “rediscuter” certains points du protocole de fin de grève négocié pendant ce long conflit. Par exemple, les facteurs et factrices de Paris 15 ont un nombre limité de lettres recommandées par jour (obtenu lors des grèves de 2011 et confirmé par la grève de 2014). Pour la direction, cette limitation doit sauter car les lettres recommandées au final ne peuvent être toutes distribuées chaque jour. C’est exactement ce qu’ont inlassablement répété les grévistes pendant 51 jours pour maintenir les emplois, expliquant et démontrant que les suppressions d’effectifs ne permettraient pas de pouvoir distribuer le trafic quotidien (lettres, colis et objets recommandés). Au lieu d’embaucher le personnel nécessaire, la boîte – pour l’instant – avise d’office les recommandés, forçant les usagers à se déplacer au bureau pour les récupérer ! En attente de casser le protocole de fin de grève...

...mais pourrait bien tomber sur un os !

Face à une telle dégradation des conditions de travail, et face aux incessantes provocations d’une direction qui veut casser un collectif combatif, les postières et postiers de Paris 15 ne restent pas fatalistes. La tradition combative du bureau (trois semaines de grève en 2010, idem en 2011, puis quasiment deux mois en 2014) et l’expérience acquise lors de ces mobilisations collectives, ont appris aux travailleurs et travailleuses du centre que seul le rapport de force et les dynamiques collectives pesaient contre un patronat arrogant.

Il est évident que tant syndicalement (SUD et CGT), que collectivement, les agents de Paris 15 vont devoir réagir pour se faire respecter, et imposer le maintien des acquis de la grève. C’est l’enjeu local pour les semaines à venir. Voilà pourquoi, jeudi dernier, le collectif qui s’est construit lors de la grève de 2014 s’est réactivé, organisant une AG après le service pour discuter de l’ensemble de ces problèmes.

Faire converger, étendre les luttes

L’autre enjeu, plus global dans l’entreprise, c’est d’arriver à regrouper les différentes luttes à La Poste, certes isolées, mais qui se mènent en permanence aux quatre coins de l’entreprise, et sont souvent longues (on ne compte plus les grèves d’un mois ou plus). Dans les mobilisations de 2010, 2011 et 2014, les grévistes de Paris 15 se sont toujours déplacés dans les autres centres parisiens pour populariser leur lutte et propager le nécessaire “tous ensemble”. Toujours dans cette démarche, des liens se sont tissés dans le dernier conflit avec des facteurs et factrices en grève du 91, du 92, du Cher et d’Ajaccio. Certes, à l’heure actuelle, Paris 15 est l’un des seuls établissements où ces pratiques de convergence sont vivantes, portées par le personnel et soutenues par des sections locales combatives de SUD et CGT. C’est pourtant la seule solution pour construire le rapport de force suffisant qui fera plier le patronat postal !

09/06/2015.




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