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La Izquierda Diario
1er de décembre de 2020 Twitter Faceboock

“C’est dur d’avoir 20 ans en 2020”
La Bibliothèque Sainte-Barbe refuse de payer à ses étudiants moniteurs les jours de fermeture dus au confinement
Camille Lupo

Alors que la pandémie a accentué la précarité des étudiants, la Bibliothèque Sainte-Barbe, sous la direction du Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la fac de Paris 3, refuse de payer des jours de fermeture dus aux mesures sanitaires aux étudiants moniteurs en contrats précaires.

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Crédit image : Wikipedia

Depuis le début de la crise du coronavirus, les jeunes travailleurs et étudiants sont en première ligne de la crise économique et de ses conséquences désastreuses. Pour les étudiants précaires, dont le distanciel aggrave déjà les conditions d’études, viennent s’ajouter les pressions sanitaires des conditions de travail en première ligne face au virus dans des domaines comme la grande distribution où l’accueil des publics, où beaucoup d’étudiants travaillent, voir l’urgence vitale de continuer à s’alimenter et se loger après la perte de son emploi.

Avant la crise sanitaire déjà, un étudiant sur deux devait travailler dans des boulots précaires pour financer ses études et vivre. Aujourd’hui, les jeunes sont surreprésentés dans la hausse historique du chômage au troisième trimestre, et 85% des 18-25 ans pensent que la jeunesse sera, à l’avenir, la plus pénalisée par les conséquences économiques de cette crise sanitaire. Une conscience aiguisée du fait d’être déjà en train de payer les tributs de la crise, avec 74 % des jeunes qui déclarent avoir été en difficulté financière durant la crise, selon une récente enquête Ipsos commandée par la Fage.

Le Ministère de l’Enseignement Supérieur en tête de ligne de la course à la précarisation

C’est dans ces conditions que la direction de la bibliothèque a annoncé aux étudiants moniteurs de la Bibliothèque Sainte-Barbe à Paris que, dû aux annonces de fermeture de l’établissement suite aux mesures gouvernementales, trois jours de salaire ne leur seraient pas payés. “Pour nous c’est énorme, pour eux c’est rien. Ça en dit surtout long sur leur logique”, explique un étudiant moniteur. Les bibliothèques universitaires, qui dépendent majoritairement des facultés et du Ministère de l’Enseignement Supérieur, présentent ces postes comme une opportunité et une situation avantageuse pour ces étudiants, et promettent à des étudiants majoritairement issus des sciences humaines et sociales un job prestigieux en lien avec l’Université qui serait un avantage pour leur future vie professionnelle, mais aussi avec une valeur sociale et culturelle.

Mais la réalité de ces contrats précaires est toute autre. Payés à l’heure, utilisés comme petites mains, ces postes réservés aux étudiants sont utilisés comme la variable d’ajustement dans le fonctionnement des institutions : premiers appelés pour couvrir plus d’amplitudes horaires et augmenter la capacité d’accueil du public, premiers pénalisés par l’arrêt de l’activité, comme le montrent ces 3 jours de salaires non payés que la direction et le Ministère leur propose de rattraper sous forme d’heures supplémentaires.

Un désenchantement pour ces étudiants moniteurs, qui vivent de plein fouet le mépris du Ministère de l’Enseignement Supérieur, qui voudrait les voir reprendre le travail en période d’examens non seulement sans ces jours de salaires, mais aussi sans aucune assurance d’une quelconque stabilité salariale en cas de re-confinement (qui ne manquera pas d’arriver, selon les dires même de Macron).

“C’est dur d’avoir 20 ans en 2020”

Un mépris profond qui s’intègre dans le paysage d’un véritable nivellement par le bas des conditions de travail dans la fonction publique et les institutions culturelles ou de l’enseignement supérieur, tant pour les personnels permanents que les vacataires et les contrats précaires. C’est ce que dénonçaient déjà les Bibliothèques en lutte en grève en décembre dernier, et que dénoncent aujourd’hui les mouvements de grève à la BNF et à la Bibliothèque Publique d’Information.

Mais il s’agit aussi d’un mépris qui entache aussi toute l’attitude de ce gouvernement envers la jeunesse. Plateforme bidon pour l’emploi, derrière le coup de com’ d’1jeune1solution, la plateforme se contente de renvoyer aux offres déjà proposées par Pôle Emploi, ou vers les missions locales et les offres de services civiques… Sans parler du manque cruel de moyen alloué aux universités, qui ne leur permettent de rouvrir qu’en février pour mieux maintenir les partiels et la sélection sociale.

Pas étonnant dans ce cadre que le Ministère de l’Enseignement Supérieur et la faculté de Paris 3 se permettent d’économiser 3 jours de salaires sur leurs salariés étudiants les plus précaires.

Désenchantés mais pas résignés

Dans les bibliothèques, la crise du COVID a révélé tout le dédain avec lequel sont traités les petites mains invisibles derrière ces institutions. La seule chose qu’incarne la politique gestionnaire et le mépris auquel font face les étudiants moniteurs de la Bibliothèque Sainte-Barbe, c’est la promesse que le gouvernement et le Ministère de l’Enseignement Supérieur veulent faire de la jeunesse de la “génération COVID” une génération sacrifiée toujours plus précarisée.

Mais les mouvements explosifs de grève de travailleurs étudiants précaires, qu’il s’agisse de la BPI, de Chronodrive ou de Biocoop incarnent aujourd’hui, avec les étudiants moniteurs de la Bibliothèque Sainte-Barbe qui se préparent à lutter, un signe qui va dans le sens d’un possible mouvement de fond dans la jeunesse précaire qui relève la tête, dans un contexte social explosif de mobilisation contre la loi Sécurité Globale.

 
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