×

Vers la reconductible

Bataille des retraites : pourquoi les enseignants doivent renouer avec la grève reconductible

Massivement en grève le 19 janvier, les personnels de l’Education nationale ont montré leur ras-le-bol et leur colère face au nouveau projet de contre-réforme des retraites. Une première journée réussie qui a permis aux travailleurs de l'Éducation de montrer leur détermination et leur disposition à entrer massivement en grève. Mais pour faire reculer Macron, il va falloir bien plus que des journées isolées. C’est seulement en nous organisant pour construire la grève reconductible la plus large possible, en lien avec les autres secteurs, que nous pourrons battre Macron et sa contre-réforme !

Julian Vile


et Diane Delalune

28 janvier 2023

Facebook Twitter

Crédits Photo : Révolution Permanente

Plus de deux millions de personnes ont battu le pavé jeudi 19 janvier contre la réforme des retraites, que seulement 7% des salariés soutiennent. Une colère qui met le gouvernement sur la défensive, Macron jouant son quinquennat sur cette contre-réforme.

Dans l’éducation nationale, les chiffres sont sans équivoque. Plus de 70% des enseignantes et enseignants du primaire, et 60% dans le secondaire ont fait grève ce jour-là, tandis que plus de 300 écoles étaient fermées à Paris.

Après une première journée réussie, s’emparer de la date du 31 pour construire la reconductible

Alors que l’intersyndicale a opté pour une nouvelle journée de grève mardi prochain, choisissant de passer outre une dynamique qui aurait permis de poursuivre le mouvement dès la semaine suivante, nous devons nous saisir de cette nouvelle date pour imposer une stratégie qui permette de dépasser les journées de grève isolées. Celles-ci ont déjà montré qu’elles étaient insuffisantes pour faire reculer Macron. Le 31 janvier, avec, en ligne de mire, la deuxième semaine de février, doit être un point d’appui pour construire une grève reconductible large, seule à même d’imposer le rapport de force suffisant pour faire plier le gouvernement.

Dans cet esprit, le calendrier de grève proposé par les raffineurs, qui vise à faire monter la pression crescendo, avec des appels à la grève de 48h, puis de 72h, pour aller ensuite jusqu’à la reconductible, a mis en évidence qu’un autre plan de bataille est possible. Un plan qui a fait tâche d’huile, puisque la CGT Énergie a par exemple appelé, en plus du 31, aux mêmes dates que les raffineurs, tandis que la CGT Port et Docks a appelé au 26 janvier. De leur côté, Sud-Rail et la CGT-Cheminots appellent à 48h de grève les 7 et 8 février.

Les secteurs qui appellent à ce plan de bataille alternatif ont déjà démontré en octobre, lors de la grève des raffineurs, leur capacité à instaurer un rapport de force avec le gouvernement. Les travailleuses et travailleurs de l’énergie, des ports, des transports disposent en effet d’une capacité de blocage de l’économie qui est stratégique, seul langage que comprenne le gouvernement. Pour que ce plan devienne effectif, il est toutefois nécessaire qu’ils ne restent pas isolés. C’est ce qu’ont souligné par exemple les raffineurs, en insistant sur la nécessité pour les autres secteurs de ne pas faire « grève par procuration ».

De ce point de vue, si le secteur de l’Education a su montrer sa capacité à construire des journées de grève majoritaire ce 19 janvier, la question d’une grève reconductible large n’est pas encore une perspective immédiate. Pourtant, il ne faut pas revenir si loin en arrière pour trouver des exemples montrant que c’est la grève reconductible qui, historiquement, a fait la force du mouvement enseignant. Ce fut le cas en 1995, lors de la victoire partielle contre le plan Juppé et sa réforme des retraites, et même en 2003, où les enseignants ont donné des sueurs froides au gouvernement. C’est avec cette perspective que les enseignants pourront contribuer significativement au rapport de force. Les personnels de l’Education nationale doivent ainsi prendre la grève à bras le corps, et se saisir des journées du 31 janvier et des 6, 7, 8 février pour étendre et durcir la grève ensemble, dans la perspective de construire une reconductible.

De ce point de vue, les directions syndicales de l’Education nationale sont particulièrement divisées. D’un côté, si la FSU, syndicat majoritaire, appelle à renforcer le mouvement : « notamment la reconduction de grèves », elle s’inscrit de fait dans la somme de journées isolées. De l’autre côté, l’appel des syndicats Sud Education et CGT Educ’Action à la grève reconductible à partir du 31 janvier est un point d’appui.

Pour se concrétiser, une telle perspective doit maintenant s’appuyer sur l’auto-organisation à la base, pour que la « grève appartienne véritablement aux grévistes ».

Pour construire la grève, s’organiser en assemblées générales avec les autres secteurs partout où c’est possible

Pour imposer un calendrier qui permette de l’emporter, mais aussi pour construire la grève, décider de ses modalités et de son durcissement, il est aujourd’hui nécessaire de multiplier les assemblées générales. En effet, il ne suffira pas pour l’emporter de s’appuyer sur la stratégie de dates successives proposée par les directions syndicales, qui laisse encore des secteurs isolés. Pour massifier, penser et organiser un plan de bataille efficace, pour créer des liens avec les autres secteurs, il est nécessaire que les grévistes se réunissent et prennent leur grève en main.

Dans ce domaine, l’Éducation a déjà joué un rôle d’appui important en 2019 lors de la précédente tentative de réforme des retraites. Les enseignantes et enseignants étaient l’un des secteurs les plus massivement en grève, mais avaient joué un rôle important pour nouer des liens avec les autres secteurs mobilisés en participant activement à la construction d’assemblées générales de secteur et interprofessionnelles, et en étant présents sur les piquets de grève des secteurs stratégiques de la SNCF et de la RATP.

Aujourd’hui, c’est encore dans l’Education nationale que la tension pour construire des cadres d’auto-organisation se montre, notamment avec des premières tentatives de récréer des assemblées générales de secteur ouvertes, que ce soit à Paris ou ailleurs, comme à Toulouse. Ces proto-AGs témoignent de la volonté de s’organiser chez les enseignantes et enseignants, et de la conscience qu’il est nécessaire de se réunir et de frapper ensemble pour imposer un véritable rapport de force face au gouvernement.

C’est cette cohésion interprofessionnelle, orientée vers la grève reconductible, qui doit devenir le mot d’ordre des prochains jours. Au-delà des AG enseignantes, une des clés pour battre Macron sera de développer des assemblées générales interprofessionnelles, afin que les grévistes des différents secteurs se rejoignent et s’organisent ensemble pour constituer un front massif, unifié et solidaire. A nous d’utiliser les expériences d’auto-organisation qui se réactivent, ici et là, pour jouer un rôle moteur dans la constitution de ces AG interprofessionnelles.

Pour enterrer la réforme, imposer nos mots d’ordres et nos revendications

C’est aussi en nous organisant avec les autres secteurs, depuis la base, que nous pourrons établir des revendications à la hauteur, qui donnent envie de se battre et puissent convaincre de nouvelles travailleuses et travailleurs de rejoindre la lutte. Des revendications qui s’adressent en particulier aux plus précaires et à la jeunesse, pour les convaincre de nous rejoindre dans la bataille, et qui vont au-delà du simple retrait de la contre-réforme de Macron. En effet, le projet de société porté par le gouvernement dépasse la seule question des retraites : il vise à nous précariser toujours plus, pour faire toujours plus de nous de la chair à patron.

Non seulement nous devons exiger l’abandon du projet de réforme des retraites, mais nous devons radicaliser nos mots d’ordre. Nous devons exiger un retour aux 37,5 annuités de cotisation et à l’âge de départ à 60 ans, et 55 ans pour les métiers pénibles. Pour pouvoir vivre après ; mais aussi avant la retraite, nous devons aussi exiger une augmentation générale des salaires, des minima sociaux, des pensions, et leurs indexations sur l’inflation. Nous devons aussi, dans l’Éducation, exiger l’embauche et la titularisation de tous les précaires, pour que nos collègues puissent toucher les mêmes salaires – et les mêmes retraites.

Alors que la mobilisation donne des sueurs froides à Macron, cherchons à convaincre nos collègues que seule la perspective d’une grève reconductible large permettra de créer le rapport de force décisif. À nous de montrer que nous sommes déterminés, et que nous ne sommes prêts ni à nous tuer, ni à mourir au travail.


Facebook Twitter
Appel à « dégager » Urgence Palestine : un texte policier contre les soutiens de la Palestine

Appel à « dégager » Urgence Palestine : un texte policier contre les soutiens de la Palestine


Campagne raciste : l'imam Mahjoubi menotté devant ses enfants et envoyé en centre de rétention

Campagne raciste : l’imam Mahjoubi menotté devant ses enfants et envoyé en centre de rétention

Marseille. La mairie vote la suspension des aides à l'UNRWA et acte son soutien au génocide

Marseille. La mairie vote la suspension des aides à l’UNRWA et acte son soutien au génocide

Lidl : comment l'entreprise soutient la colonisation en Cisjordanie

Lidl : comment l’entreprise soutient la colonisation en Cisjordanie

Réforme du logement social : une nouvelle offensive anti-pauvres

Réforme du logement social : une nouvelle offensive anti-pauvres

Près de 700 millions d'euros retirés à l'Education : en plus du tri social, l'austérité

Près de 700 millions d’euros retirés à l’Education : en plus du tri social, l’austérité

Non au jumelage de Bordeaux avec Ashdod, ville israélienne qui bloque l'aide humanitaire vers Gaza !

Non au jumelage de Bordeaux avec Ashdod, ville israélienne qui bloque l’aide humanitaire vers Gaza !

10 milliards d'euros de coupes budgétaires : Le Maire saigne l'écologie, le travail et l'éducation

10 milliards d’euros de coupes budgétaires : Le Maire saigne l’écologie, le travail et l’éducation