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Des papiers pour tous

Grève coordonnée : des centaines de sans-papiers obtiennent une première victoire vers la régularisation

Ce mardi 17 octobre, plus de 600 travailleurs sans-papiers ont déclenché une grève coordonnée dans plus de 30 entreprises différentes, pour dénoncer la surexploitation et réclamer leur régularisation. 24 heures plus tard, plusieurs centaines d’entre eux ont d’ores et déjà obtenu des Cerfa, condition pour le dépôt d'une demande de régularisation en préfecture.

Alexis Taïeb

18 octobre 2023

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Grève coordonnée : des centaines de sans-papiers obtiennent une première victoire vers la régularisation

Crédits photos : Cortège de sans papiers lors de la manifestation contre la réforme des retraites du 31 janvier 2022 / O Phil Des Contrastes

Ce mardi 17 octobre, plus de 600 travailleurs sans-papiers ont déclenché une grève coordonnée dans plus de 30 entreprises, afin de dénoncer la surexploitation et exiger leur régularisation. Pour la majorité d’entre eux, il s’agit d’intérimaires dans le bâtiment, la logistique, les déchets, et le nettoyage, et la distribution. Pour mettre un maximum de pression au patronat, sur 33 sites différents les grévistes ont organisé des piquets de grèves ou des occupations des locaux de leur direction. A peine 24 heures plus tard, 27 entreprises ont déjà cédé face à la pression et ont délivré des demandes d’autorisation de travail pour conclure un contrat de travail avec un salarié étranger aux employés. Si les employeurs rechignent tant à faire ces demandes à la préfecture, c’est qu’ils préfèrent garder leurs salariés sans contrat, s’affranchissant de toutes les obligations du code du travail. Ces documents, que les sans-papiers appellent communément les « Cerfa » sont clés pour faire une demande de régularisation.

L’obtention des Cerfa, en tant que document permettant de faire une demande de régularisation exceptionnelle auprès de la préfecture, n’est qu’une première étape vers la régularisation. Aujourd’hui, les sans-papiers doivent encore déposer leurs dossiers auprès de la préfecture et lutter collectivement pour qu’elle leur délivre des titres de séjours. La lutte est encore loin d’être terminée, étant donné que la préfecture peut toujours refuser une demande de régularisation, même avec ce document. Une avocate en droit des étrangers nous résume ainsi : « pour les travailleurs sans-papiers la victoire sur la régularisation se fait en deux temps : une victoire sur le patronat puis une victoire sur l’administration. La deuxième étant dépendante de la première. La première étant sans effet s’il n’y a pas la deuxième »

Ainsi, l’obtention de ces premiers Cerfa constitue déjà une première victoire importante et prouve que seul le rapport de force paie. Jusqu’ici, la plupart de ces travailleurs, qui étaient obligés de cumuler plusieurs emplois souvent avec des fausses identités et dans des conditions très difficiles, se faisaient licencier dès qu’ils demandaient à leur employeur la délivrance de Cerfa pour tenter d’être régularisés.

Lire aussi : « Ils choisissent l’immigration qu’ils veulent ». Entretien avec Ibrahim et Moussa, travailleurs sans papiers

Cette grève arrive dans un contexte particulier : d’une part, le gouvernement prépare sa loi immigration qui va encore durcir les conditions de vie des sans-papiers. De plus, quelques mois après avoir réprimé dans le sang les jeunes des quartiers populaires, le gouvernement criminalise aujourd’hui tout ceux qui osent exprimer une solidarité avec la population palestinienne. Dans ce contexte, cette grève revêt une importance fondamentale pour tous ceux qui luttent contre le racisme de l’Etat Français.

Dès aujourd’hui, il faut soutenir les salariés des six entreprises restantes qui luttent pour obtenir leur Cerfa, un premier pas pour obtenir la régularisation pour tous. Pour le faire, il est possible de se rendre sur leurs piquets de grève aux adresses suivantes :

  • 36 rue Pierre Semard, 75009 Paris
  • 17 avenue du Ségur, 75007 Paris
  • 4 rue Fabre d’Eglantine, 75012 Paris
  • Zone Silic Rungis – 3 av. Charles Lindbergh, 94150 Rungis
  • 5/7 bd. Victor Hugo, 92110 Clichy
  • Mairie de Tremblay-en-France, 18 bd. de l’Hôtel de Ville, 93290 Tremblay-en-France

Plus largement, l’ensemble des grévistes doivent encore lutter tous ensemble pour exiger leur régularisation définitive auprès de la préfecture. Cette dernière va assurément essayer d’opérer un tri entre les sans-papiers et tout faire pour les diviser. C’est pourquoi il est fondamental d’être uni et de faire bloc face au racisme de l’Etat français et de ses institutions. En ce sens, le combat que mènent également les sans-papiers du chantier des JO de l’Adidas Aréna à Porte de la Chapelle, a tout intérêt à converger avec les 600 travailleurs sans-papiers en grève pour une lutte d’ensemble pour la régularisation.


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