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Extrême-droite

« Parents vigilants » : le nouveau masque de l’extrême droite pour infiltrer l’école

Le collectif « Parents vigilants », impulsé par des militants de Reconquête, veut transformer l’école en un lieu de lutte contre l’idéologie « wokiste ». Au programme : morale catholique, roman national et temps béni des colonies.

Eugénie Tobhnom

14 octobre 2023

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« Parents vigilants » : le nouveau masque de l'extrême droite pour infiltrer l'école

Crédits photo : Capture d’écran de l’émission "Au Tableau", C8

Une politique de l’extrême droite qui alimente la haine, la confusion et les divisions

Le mouvement politique Reconquête a lancé en septembre 2022 un collectif de « Parents vigilants » pour lutter au sein des écoles contre les « manuels scolaires inspirés par l‘extrême-gauche, l’enseignement de la « théorie du genre », les interventions d‘associations pro-immigration et LGBT, le wokisme, la repentance historique et la détestation de la France…  », comme on peut le lire dans un tract mis en ligne sur leur site.

Ce collectif vise en premier lieu les personnels éducatifs et les établissements qui dispenseraient des cours d’éducation sexuelle, sur les questions LGBT, ou avec un contenu antiraciste. Plusieurs professeurs se sont déjà retrouvés sous pression par des groupes de parents de ce collectif d’extrême-droite qui ont affiché publiquement leurs noms sur les réseaux sociaux.

À Lille, Sophie Djigo professeure de philosophie en classe préparatoire au lycée Watteau de Valenciennes a ainsi été menacée de mort par des militants d’extrême droite pour avoir voulu organiser une sortie avec ces élèves dans un camp de migrants. Elle témoigne pour France info : «  J’ai reçu des menaces de viol et de mort par courrier électronique, par courrier, par les réseaux sociaux ou encore par le standard de l’établissement » ; « Quelqu’un a menacé de me dépecer ». Ces dernières heures, la fachosphère s’acharne à nouveau sur elle, en la rendant responsable de l’assassinat du professeur de français à Arras !

Il y a seulement deux semaines Reconquête et Eric Zemmour ont ciblé Gwen, enseignante à Sarcelles depuis 20 ans et militante à Révolution Permanente, pour avoir dénoncé l’islamophobie d’État au rassemblement en soutien du collectif Touche pas à ma abaya à Trappes. Lancée en pâture à la fachosphère, la professeure des écoles a reçu une pluie d’insultes, la menaçant de viol, de mort, ou encore exigeant que cette mère isolée de 3 enfants se voit retirer leur garde.

Récemment, Zemmour a appelé les parents de ce collectif à s’infiltrer dans les conseils de parents d’élèves lors des élections qui se tiennent les 13 et 14 octobre. « Parents vigilants » déclare avoir récolté plus de 4 000 témoignages de parents via son site internet. Des témoignages dont on peut voir la teneur raciste et/ou LGBTphobe sur leur site internet : par exemple, un élève dénonce que dans la classe de son frère deux personnes transgenres « veulent se faire appeler par d’autres prénoms », un « proche d’élève » rapporte qu’un enseignant aurait demandé à ses élèves « d’apprendre le poème "la corneille et la renarde" en annihilant l’œuvre [jugée] trop masculine ».

La campagne du collectif d’extrême-droite pour se faire en place dans les conseils de parents d’élèves est menée au nom de « la protection des enfants du lobby LGBT » ainsi que des enseignants qui « craignent de finir comme Samuel Paty ». En agitant cette idée selon laquelle le problème central dans l’éducation serait la « bataille culturelle » contre le « lobby LGBT islamiste », Reconquête cherche à rassembler des secteurs de la population perméables aux préjugés racistes, LGBT-phobes et sexistes, et leur offre des « ennemis » sur qui rejeter tous les maux.

Bien évidemment, le collectif n’évoque jamais le manque ahurissant de moyens et de personnels, ou encore la précarité qui touche tant les personnels que les élèves et leurs parents. Il n’évoque pas non plus que le manque d’éducation aux questions de genre est à l’origine de nombreuses situations d’harcèlement. Ou encore, comment la mise en concurrence des élèves, les punitions, et la pression scolaire, sont à l’origine d’un profond mal être dans la jeunesse et d’un tri social qui écarte les enfants des classes populaires.

Une offensive internationale

Cette politique dirigée par l’extrême-droite s’ancre dans un contexte d’offensive réactionnaire, comme on l’a vu notamment aux États-Unis. En avril 2022, les députés du Parti républicain ont réussi à faire passer au Parlement de Floride la loi « Don’t Say Gay » interdisant les mentions du genre et de la sexualité auprès des enfants de la maternelle au CE2. Mais avant cette loi, d’importants efforts ont été menés pendant plusieurs années par le Parti républicain pour infiltrer les conseils scolaires, sur fond de polémiques incessantes sur l’enseignement des sujets touchant à l’histoire du racisme aux États-Unis, au genre et à la sexualité. Le site Ballotpedia a ainsi recensé plusieurs milliers de polémiques locales sur ces sujets entre 2021 et 2023. 

Mais cette campagne de l’extrême-droite contre les droits des opprimés est loin de se limiter aux États-Unis. Début septembre, en Belgique, huit écoles ont été incendiées en réaction au vote du décret d’EVRAS qui vise à généraliser deux heures de cours d’éducation sexuelle pour les élèves belges. Fin septembre, 2000 personnes manifestaient à Bruxelles autour du mot d’ordre « EVRAS, dégage de nos écoles » à l’appel d’organisations qui vont de l’extrême-droite, des mouvements antisémites comme Civitas, jusqu’aux mouvement anti-vax, en passant par des associations musulmanes. Une mobilisation réactionnaire centrée sur la lutte contre le danger du « wokisme » qui planerait sur les enfants. Ainsi, cherchant à faire passer les LGBT, les immigrés et les militants « wokistes » pour responsables de la crise économique et sociale en cours au niveau international, Reconquête et Eric Zemmour entendent importer les mêmes méthodes incendiaires en France. 

À l’heure où l’extrême-droite tente de rallier de nouveaux secteurs de la population à sa politique réactionnaire derrière la bannière de la prétendue « protection des enfants », il y a urgence à se mobiliser en soutien aux personnels de l’Éducation attaqués par l’extrême-droite, et à porter un programme qui articule la nécessité d’une éducation affective et sexuelle, à la lutte contre la casse de l’Éducation nationale, au moyen de recrutements massifs, d’augmentations générales des salaires, et des moyens massifs dans les services publics afin de donner la possibilité aux travailleurs de l’éducation et de la santé de pouvoir prévenir et prendre réellement en charge les cas de violences et de discriminations. Alors que le gouvernement cherche à imposer des mesures qui renforcent les discriminations et les violences que vivent les élèves et le personnel, comme on l’a vu avec la mise en place de la mesure raciste et sexiste de l’interdiction des abayas ou encore la circulaire Blanquer qui expose les élèves trans à de potentielles violences au sein de leur famille, il faut exiger l’abrogation de toutes les lois racistes et sexistes en vigueur.

Un programme qui, face à l’État et à ses institutions, ne pourra être mené que par en bas, par l’auto-organisation du personnel d’éducation, en lien avec les élèves et les parents d’élèves qui font face aux mêmes attaques. À ce titre, l’expérience de la mobilisation du lycée Utrillo contre le manque de moyens et l’interdiction des abayas, ayant reçu le soutien du personnel, d’élèves et de familles de plusieurs établissements, est un point d’appui important qu’il s’agirait de généraliser. Face aux menaces et la répression, ce combat ne pourra être mené de façon isolée, mais devra être porté au delà de l’éducation, par la constitution d’un un front ouvrier, féministe et antiraciste, contre la droite et l’extrême droite et contre le gouvernement qui leur pave la voie. Alors que la crise économique, sociale et politique s’approfondit, le gouvernement cherchant à renforcer son étau sécuritaire pour prévenir toute forme de contestation sociale, tandis que l’extrême-droite cherche à s’infiltrer dans les écoles, seul un mouvement d’ensemble rassemblant de très larges secteurs peut imposer une autre issue à la crise que traverse l’éducation nationale.


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