×

La mairie socialiste n’aime pas le drapeau rouge

Saint-Denis. Contre l’expulsion de la Compagnie Jolie Môme, tous au théâtre ce week-end !

La troupe Jolie Môme, qui fait vivre le quartier de la Plaine depuis presque 20 ans et est menacée d’expulsion par la mairie PS de Saint-Denis, invite ses soutiens à sa grande fête politico-artistique Hypernova ce week-end.

13 décembre 2023

Facebook Twitter
Audio
Saint-Denis. Contre l'expulsion de la Compagnie Jolie Môme, tous au théâtre ce week-end !

40 ans de drapeau rouge

Créée en 1983, Jolie môme est une troupe de théâtre ayant à cœur de faire vivre l’histoire ouvrière par ses spectacles. Depuis 2004, elle s’est installée à la Belle Etoile, une grande salle des fêtes près de la Plaine, avec le soutien de la municipalité. A l’époque, Flo, comédienne de la troupe, se rappelle : « le projet c’était de faire le lien entre les anciens habitants et les nouveaux et faire connaître aux nouveaux cette histoire, cette culture ouvrière, c’était notre mission ici ». En plus de concrétiser leurs projets artistiques, le lieu accueille aussi de nombreuses associations de quartier et des évènements militants comme il y a quelques années la fête de la victoire de la grève des ONET, ou plus récemment une soirée de solidarité avec Gaza qui leur a valu de nouvelles réprimandes du maire pour avoir été « carrément hors des clous ».

Depuis 20 ans, Jolie Môme permet donc de faire vivre le quartier mais surtout de le faire perdurer en participant directement aux luttes et en faisant se rencontrer celles et ceux qui les font vivre. Ainsi, la Belle Etoile accueille régulièrement des ateliers pour les amateurs de théâtre ou de chanson fanfare et participe à faire découvrir cet art aux écoliers voisins, ou héberge encore le collectif Wilson qui organise deux fois par semaine des maraudes dans le quartier.

Pour quelle politique culturelle ?

Alors que Jolie Môme est devenue une véritable institution dans le quartier depuis lors, s’occupant du théâtre et plus largement de l’animation du quartier, la troupe sera mise dehors à la fin de l’année 2023, un appel à projet ayant été déposé pour mettre en compétition différentes structures pour reprendre le théâtre de la Belle Etoile. Si la troupe était exonérée jusqu’à lors du paiement des fluides en échange de leur travail et de l’entretien du bâtiment, elle a été assez surprise de voir que celles-ci devraient désormais être réglées par le futur occupant. A ce propos, Flo est catégorique : « nous tout de suite on s’est dit que si ce paramètre restait, nous on pouvait pas rester. »

Après avoir été alertés quant à l’impossibilité de régler la somme de 40 000 euros de charges alors que Jolie Môme n’est qu’une troupe associative, les conseils municipaux ont décidé de maintenir l’appel à projet. Le signal fort qu’envoie la mairie est qu’elle préfère commercialiser l’offre culturelle de sa ville plutôt que de la rendre accessible aux différents publics qui l’habitent. Flo de la compagnie témoigne : « il le dit, qu’il veut un spectacle différent par semaine, par week-end… faire du divertissement et effectivement nous c’est pas notre truc. Nous, on est associatif et on veut garder ce qu’on considère comme du service public, même si on est pas payés comme des fonctionnaires ! »

Une gentrification culturelle inscrite dans le projet global du maire

Pour la troupe, cette nouvelle attaque se place dans le lien direct de la destruction des services publics et de la logique de rentabilité de la culture qu’Hanotin met en place depuis son arrivée à la mairie. « Il est censé être au Parti Socialiste et en même temps il a commencé par armer la police municipale, par supprimer la maison des parents, là il supprime les ludothèques, expulse Mamamaa qui est une association super qui fait de l’aide aux mamans ultra précaires en faisant de la distribution alimentaire pour les bébés depuis le premier confinement tout en arguant qu’il fait de l’aide à la parentalité donc voilà comme à la Macron ».

La troupe dénonce la libéralisation constante de ce domaine et autres projets de gentrification du nouveau Maire, en pleine expansion avec l’accueil de la coupe du Monde de Rugby ou des Jeux Olympiques 2024. « Dans ce cadre là, oui, je pense qu’on le dérange : ça le dérange d’avoir un drapeau rouge dans son quartier et il essaye de détruire tout ce qu’il y a de communiste dans la ville » acquiesce Flo. Lors du conseil municipal, le maire laisse échapper un : « Vous allez voir, ça va changer ». Le futur occupant serait-il déjà choisi ?

Continuer à jouer le jeu

Heureusement, la dizaine de structures venues visiter le théâtre pour le reprendre se sont pour la plupart ravisées en voyant qu’une troupe habitait déjà le lieu et le faisait vivre. Alors pour continuer à jouer en son sein, la compagnie a décidé de « jouer le jeu ». Ils proposent ainsi une association qui pourrait le reprendre et proposer de petits services de restauration où continueraient de se croiser artistes et voisins du quartier, à condition de recevoir une subvention pour payer les fluides. Mais surtout, ils rappellent que si la mairie souhaite approfondir son offre culturelle, celle-ci doit subventionner les travailleurs qui la font vivre, notamment en honorant les demandes de mises à disposition de la salle qui sont prévues dans la convention actuelle. De cette manière, la Belle Etoile pourrait continuer d’accueillir une diversité de prestations culturelles.

Des actions de soutien

La répression contre les soutiens a déjà été enclenchée par la Mairie qui n’en est plus à son coup d’essai lorsqu’il s’agit d’augmenter le budget pour faire fuir les "indésirables"-, surtout depuis que ce soutien se couple avec celui pour la Palestine.

A ce titre, elle est par exemple intervenue pour faire décoller un mot dans le carnet qu’un professeur des écoles voisines avait adressé aux parents d’élèves les informant de l’expulsion de la compagnie, qui impacterait également leurs enfants.
Pour continuer le projet de la troupe, Jolie Môme à organisé ses adhérents, au nombre de 4000 pour la seule année 2023. Après avoir rappelé l’histoire du théâtre et expliqué la situation avec la mairie lors d’une Assemblée Générale début octobre, un comité de soutien s’était rapidement formé. Celui-ci a depuis publié un communiqué ainsi qu’une pétition. Plus largement, ils sont à la recherche d’un nouveau lieu pour les accueillir (juste un local de stockage et de répétition, ils retournent dans la rue pour jouer !) alors si vous avez des contacts, n’hésitez pas !

Mais surtout, ils ont besoin de monde pour venir à leur Manifestation artistique, intellectuelle et politique Hypernova ce week-end ! Il y aura des spectacles de la troupe bien évidement mais également des projections, d’autres troupes ou groupes engagés viendront mettre l’ambiance comme avec le spectacle politique l’Hiver sera Chaud entre stands et discussions politiques. Cela se passera de vendredi jusque dimanche soir !


Facebook Twitter
Koinè : après la catastrophe, après la révolution, comment refermer les blessures ?

Koinè : après la catastrophe, après la révolution, comment refermer les blessures ?

Chasse aux sorcières : Fayard retire des ventes « Le nettoyage ethnique de la Palestine » d'Ilan Pappé

Chasse aux sorcières : Fayard retire des ventes « Le nettoyage ethnique de la Palestine » d’Ilan Pappé

Flic, schmitt ou condé ? Ne pas se tromper

Flic, schmitt ou condé ? Ne pas se tromper

Art et politique. En Palestine, ceci n'est pas une pastèque

Art et politique. En Palestine, ceci n’est pas une pastèque

À l'heure de la révolte kanake, lire ou relire « Kanaky » de Joseph Andras

À l’heure de la révolte kanake, lire ou relire « Kanaky » de Joseph Andras

Diplôme d'Etat imposé pour les « danses populaires » : les professionnels du secteur se mobilisent

Diplôme d’Etat imposé pour les « danses populaires » : les professionnels du secteur se mobilisent

Servir la révolution par les moyens de l'art. Il était une fois la FIARI

Servir la révolution par les moyens de l’art. Il était une fois la FIARI

« Pauvres créatures » : un conte philosophique ambigu sur l'émancipation féministe

« Pauvres créatures » : un conte philosophique ambigu sur l’émancipation féministe