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Répression à la SNCF

Une victime de VSS et le syndicaliste qui la défend réprimés par la SNCF : 200 personnes réunies en soutien

Cheminot.es, syndicalistes, étudiant.es, militant.es politiques et féministes : plus de 200 personnes étaient présentes devant la gare de Strasbourg pour soutenir Marion, menacée de licenciement par la direction de la SNCF pour avoir dénoncé une agression sexuelle qu’elle a subi !

Cassio Amoros

18 mars

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Une victime de VSS et le syndicaliste qui la défend réprimés par la SNCF : 200 personnes réunies en soutien

Crédit photo : SUD-RAIL Alsace

En mai dernier, Marion, cheminote à Haguenau, près de Strasbourg, subit un attouchement sexuel sur son lieu de travail. Régis, délégué syndical SUD-Rail est témoin de la scène et avec l’accord de sa collègue émet un signalement à sa direction afin que ce type d’agissement cesse.

Lire aussi : Agression sexuelle : la SNCF veut licencier une victime et le syndicaliste qui l’a défendue

Quatre mois plus tard, aucune mesure n’a été prise par la direction pour protéger Marion. Pire encore, après avoir reçu une "lettre anonyme" se plaignant des activités syndicales de Régis, la direction de la SNCF engage un cabinet privé pour réaliser une enquête et cible Régis comme étant l’auteur de faits de harcèlement moral, sans passer par les référent.es harcélement du CSE (instance représentative du personnel). Cette enquête est également l’occasion d’un dossier monté de toute pièce, qui qualifie l’agression vécue par Marion d’ « infondée et possédant un caractère mensonger ».

Sur cette base la direction lance une procédure de radiation envers le délégué syndical, dont l’entretien préalable à sanction a eu lieu le 5 mars dernier. Trois jours plus tard, le 8 mars, journée internationale de lutte pour les droits des femmes, Marion reçoit à son tour une convocation à un entretien en vue d’une sanction pouvant aller jusqu’au licenciement.

Le vendredi 15 mars à Strasbourg, un rassemblement de plus de 200 personnes à l’initiative du syndicat SUD-Rail Alsace est appelé pour soutenir Marion lors de son entretien. Des cheminot.es et syndicalistes d’Haguenau, Strasbourg et Mulhouse sont présent.es, ainsi que des délégations SUD-Rail de nombreuses régions. La CGT Cheminots est également au rendez-vous pour soutenir la collègue. Le député La France Insoumise de la deuxième circonscription du Bas-Rhin, Emmanuel Fernandes, de nombreux.ses militant.es politiques de Révolution Permanente, du Nouveau Parti Anticapitaliste, des étudiant.es et des collectifs féministes de la ville comme Du Pain et Des Roses, le B.R.I.F ou encore Solidaires Étudiant-e-s ont eux aussi fait le déplacement.

À la suite de l’envahissement des locaux pour accompagner Marion à son entretien et interpeller les membres de la direction présents, des prises de paroles ont lieu. L’occasion pour les nombreux soutiens de dénoncer les méthodes scandaleuses de la SNCF et son hypocrisie au sujet de la lutte contre les violences sexistes et sexuelles.

Pour tout le monde, les raisons de la convocation de Marion et Régis sont limpides : « la direction avait du pain béni entre les mains, une lettre anonyme qui permet de virer une grande gueule de SUD-Rail » comme le souligne Mathieu Relin, cheminot, délégué SUD et militant à Révolution Permanente.

Dans ce sens Emmanuel Fernandes, député la France Insoumise du Bas-Rhin et Fabien Villedieu, cheminot et secrétaire de la Fédération SUD-Rail, ont également dénoncé la répression que subit Christian Porta, délégué de la CGT Neuhauser en Moselle, menacé de licenciement et accusé de « harcèlement moral » envers sa direction.

Même son de cloche du côté de Vincent Duse, représentant de l’UL CGT Mulhouse et militant à Révolution Permanente : « derrière cette attaque, ce n’est pas seulement les syndicats qui sont visés, on attaque l’ensemble des travailleurs, l’ensemble du mouvement ouvrier, et nous devons riposter tous ensemble ! ». Fabien Villedieu dénonce lui « le rouleau compresseur du libéralisme, de la privatisation, de la restructuration, qui utilisera toutes les excuses qu’il trouvera pour couper les têtes et faire peur à tout le monde ! »

La direction de la SNCF, elle juge que l’attouchement sexuel subi par Marion n’a pas eu lieu et tente d’expliquer que le témoignage « mensonger » de Régis est une nouvelle preuve de la toxicité du représentant afin de justifier de son licenciement. Il y a quelques mois, le syndicaliste avait réussi à mettre en déroute une réorganisation locale. Certains font le lien. « Taisez-vous, sauf si ça nous permet de dégager une cible, un militant. » : voilà le message qu’envoie la SNCF juge Mathieu.

La « justice » des patrons n’est pas la nôtre : pour la création d’une commission indépendante de la direction

Pour servir ses intérêts, la SNCF utilise l’« Éthique », décrite par de nombreux cheminots et militants comme un « système répressif, obscur, malhonnête ». L’Éthique est un comité qui « a vocation à connaître et traiter toute question concernant l’éthique dans l’entreprise » selon la SNCF, mais elle se résume en réalité à une machine à licencier, qui n’apporte aucune politique réelle de prévention, aucune protection des victimes. Dans d’autres cas, ce comité étouffe des affaires, selon s’il s’agit de cheminots que la direction souhaite protéger ou dégager dénoncent plusieurs syndicalistes.

Dans un mail récent adressé aux salarié.e, l’Éthique se désolidarisait de Marion et se vantait d’avoir mené 60 conseils de discipline depuis 2021 dont 30 ayant mené à des licenciement. Un tout punitif qui ne cherche pas à savoir si cette hécatombe a amélioré les attitudes collectives, libéré la parole des victimes ou simplement si elle les a simplement protégées. Le traitement de l’affaire de Marion par l’Éthique montre parfaitement le fonctionnement de ce comité au service et à la discrétion unique de l’employeur, prêt à qualifier les victimes de menteuses si cela peut servir ses intérêts.

« On est là pour exiger la vraie justice » interpelle Maxime Kieffer, cheminot et délégué CGT.

Des cheminotes et cheminots investis au sein de la Commission Pluri’elles de SUD-Rail pour lutter contre toute forme d’oppression dont le sexisme dans l’entreprise et en dehors, étaient aussi présent.es. C’est le cas de Laura, militante à SUD-Rail et à Révolution Permanente, qui est intervenue pour défendre la nécessité de lutter pour la création d’une commission indépendante de la direction, composée « de collègues, femmes et hommes, qui soient formés, qui aient les moyens d’agir réellement, sur la prévention et la gestion des violences sexistes et sexuelles au sein de l’entreprise. Nous ne pouvons pas laisser ces questions dans les mains d’une direction revancharde et qui a comme objectif de réprimer toutes les têtes qui dépassent », affirme Laura au micro pendant le rassemblement.

La solidarité large qui s’est exprimée ce vendredi 15 mars montre que la lutte contre les violences sexistes et sexuelles (VSS) au travail doit être l’affaire de toutes et tous les travailleur.euses à rebours des méthodes imposées par la direction qui ne servent qu’à licencier sans protéger ni prévenir. Des étudiantes et militantes féministes présentes ont souligné que la répression qui s’abat sur Marion et Régis est à l’image du système patriarcal qui étouffe dans tous les autres secteurs de la société celles et ceux qui relèvent la tête face aux VSS. Mais « la SNCF aura beau se repeindre en rose et se créer une image féministe sur les réseaux et dans les gares, nous aujourd’hui, on a la preuve devant nous que nous ne pouvons et ne pourrons jamais rien attendre de la part de ces directions, que ce soit ici à la SNCF, ailleurs dans le monde du travail ou bien dans nos universités ! » interpelle Lisa, militante à Révolution Permanente et membre des collectif Du Pain et Des Roses et Le poing Levé à Strasbourg.

Ce rassemblement et les revendications qui s’y sont exprimées montrent la voie pour une gestion par en bas, indépendante des patrons dans l’intérêt des victimes de VSS et de l’ensemble des travailleurs et travailleuses.
La forte solidarité exprimée lors de ce rassemblement doit nous servir d’exemple d’une lutte contre la répression syndicale et le mépris à l’égard des victimes de violences sexistes et sexuelles ! Pour l’abandon de toutes les procédures de licenciement et la création de commissions indépendantes de la direction par des travailleur.euses formées sur la question des VSS !


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