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Palestine

Le plan Netanyahou : vers un contrôle total de la Palestine

Alors qu’une invasion terrestre de Rafah semble imminente, Netanyahou a soumis jeudi soir une proposition au cabinet de guerre au sujet de l’avenir de Gaza. Le plan ratifie un nouveau saut dans l'occupation militaire et coloniale de Gaza et place la totalité du territoire palestinien sous le contrôle « sécuritaire » d’Israël.

Enzo Tresso

23 février

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Le plan Netanyahou : vers un contrôle total de la Palestine

Crédits photo : Jolanda Flubacher, Flickr, CC BY-NC-SA 2.0 Deed

Benjamin Netanyahou a présenté, ce vendredi, au cabinet de guerre ses propositions pour l’avenir de Gaza. Indiquant clairement l’agenda colonial que le gouvernement d’extrême-droite souhaite poursuivre, le projet de plan prévoit l’extension du contrôle israélien à l’ensemble des territoires palestiniens. Le projet de Netanyahou s’inscrit dans la continuité de la colonisation séculaire de la Palestine qu’il porte à un niveau sans précédent. Alors que la commission Peel avait accordé 55% du territoire de la Palestine historique à Israël en 1947, l’Etat colonial s’était emparé de 78% du pays au sortir de la guerre de 1948. Quadruplant son territoire en 1967, lors de la guerre des Six jours, l’Etat israélien n’a cessé d’étendre son contrôle sur la Cisjordanie en encourageant l’implantation des colons. Alors que 600 000 colons résident désormais dans les territoires occupés, Netanyahou entend désormais faire passer la totalité des territoires palestiniens sous son contrôle : actant le contrôle « sécuritaire » intégral de la Cisjordanie et de la Bande, une nouvelle réduction du territoire gazaoui avec la constitution de « zones tampons » et prévoyant la création d’un gouvernement technique à Gaza, le document milite pour une extension sans précédent du domaine de l’Etat colonial tandis que le spectre d’une nouvelle Nakba plane sur Rafah.

Le plan prévoit la création de deux zones-tampons sur le territoire gazaoui. Une vaste bande de terre sous contrôle militaire israélien séparerait l’enclave de la frontière égyptienne tandis qu’une frontière épaisse borderait l’actuelle bordure entre Gaza et Israël. Le territoire palestinien serait ainsi à nouveau amputé tandis qu’Israël contrôlerait l’ensemble des points d’accès à l’enclave. Comme le plan lestipule, « Israël ira de l’avant avec son projet déjà en cours d’établissement d’une zone tampon de sécurité du côté palestinien à la frontière de la bande de Gaza ». Après avoir fait de la prise du corridor de Philadelphie et du contrôle de la porte de Rafah les buts de guerre de la « troisième phase » des opérations de Tsahal à Gaza, Netanyahou veut soustraire l’enclave au contrôle égyptien. Alors que les attaques du 7 octobre ont démontré la faiblesse de la ligne de défense israélienne, le premier ministre entend coloniser une partie du territoire palestinien pour construire une ligne de fortification supplémentaire et redoubler l’emmurement de la population gazaouie.

Lire aussi : Course à l’abîme : la « troisième phase » de la guerre à Gaza

Le document prévoit également d’étendre les prérogatives de l’armée israélienne en Cisjordanie et d’établir un « contrôle sécuritaire israélien sur toute la zone pour empêcher le renforcement des éléments terroristes et pour contrecarrer les menaces sur Israël ». L’Etat colonial introduit ainsi un saut qualitatif dans l’extension de son emprise colonial sur la Palestine. Alors que la Cisjordanie est morcelée depuis les accords d’Oslo en trois zones, ce plan prévoit d’imposer l’autorité de l’armée israélienne sur la zone A, contrôlée jusqu’à présent par l’Autorité palestinienne. Alors que la colonisation s’est accélérée depuis la guerre de Gaza, le gouvernement cherche à ratifier l’élargissement du contrôle israélien à toute la Cisjordanie. Netanyahou prévoit ainsi de réduire la gouvernance de l’AP en zone A en un simple gouvernement technique, responsable des affaires courantes mais privé de tout pouvoir exécutif, et de faire de l’administration de la zone B le modèle de la gestion de tous les territoires palestiniens.

À Gaza, le plan prévoit d’imposer un même système de gouvernance. Comme le disait Benny Ganz, à l’occasion d’une conférence de presse, samedi 17 février, « le gouvernement à l’intérieur de Gaza ne peut revenir au Hamas mais ne devrait pas échoir à Israël ». La future administration de l’enclave, ajoutait-il, sera le fait de « résidents palestiniens intégrés à des comités régionaux ». Le rapport défend le même projet : l’administration routinière sera déléguée à des « parties prenantes locales avec une expérience de gestionnaire qui ne sont pas affiliées à des pays ou des entités qui soutiennent le terrorisme ». L’Autorité Palestinienne pourrait en être exclue, l’Etat colonial considérant qu’elle n’a pas dénoncé assez fermement l’attaque du 7 octobre. L’Etat colonial prendra en charge toutes les affaires sécuritaires et exécutives, comme dans la zone B en Cisjordanie. L’armée aura pour tâche d’assurer la « démilitarisation complète de Gaza au-delà de ce qui est nécessaire pour les besoins du maintien de l’ordre ». Une telle tâche a tout d’un programme d’occupation et laisse supposer que l’armée exercera également des fonctions de police. Le plan place ainsi l’enclave sous le contrôle total de l’armée israélienne et fait de Gaza une nouvelle Cisjordanie. Sans annexer formellement la bande de Gaza, le plan l’exposera aux prédations incessantes des colons dont aucune mention n’est toutefois faite dans le document présenté au cabinet de guerre.

Lire aussi : L’autre front : la colonisation s’accélère en Cisjordanie

La prise de contrôle de la prison gazaouie s’accompagnera d’une surveillance policière redoublée, de la poursuite de la destruction du patrimoine gazaoui et de l’effacement de la culture palestinienne. Tsahal aura également pour mission de « déradicaliser toutes les institutions religieuses, éducatives et sociales de Gaza ». Le plan entreprend également de démanteler l’agence des Nations Unies pour le soutien des réfugiés palestiniens (UNRWA). Après avoir lancé une campagne calomnieuse contre l’institution, dont une dizaine de membres aurait été impliquée, à divers degrés, dans les attaques d’octobre, Israël, soutenue par les puissances impérialistes qui l’ont définancée, tente de détruire cette institution qui est un vestige de sa mauvaise conscience. Créée spécifiquement pour aider les réfugiés palestiniens, elle conserve la mémoire de quatre-vingts années de colonisation et témoigne du « génocide progressif » selon le mot de l’historien Ilan Pappé mené par l’Etat d’Israël contre le peuple palestinien depuis sa création. Il ne suffit pas à l’Etat colonial de massacrer un peuple et d’exiler ses survivants, il lui faut également l’affamer et lui refuser toute assistance.

D’un point de vue militaire, la création d’une zone tampon entre Gaza et l’Egypte implique de prendre possession de Rafah. Alors que les troupes coloniales de Tsahal rasent, depuis plusieurs mois, des quartiers entiers à Gaza et à Khan Younès, probablement pour faciliter la surveillance de la future zone-tampon, les objectifs du plan exigent de soumettre le dernier refuge de la population gazaouie à un traitement semblable. L’armée israélienne semble appliquer à la lettre le même protocole qu’elle avait exécuté au nord : des bombardements et des attaques de drones préparent l’arrivée des troupes terrestres ; les quartiers sont ensuite nettoyés un par un tandis qu’une partie de la population est ou bien déportée dans des camps d’enfermement ou bien exécutée sur place ; puis, des immeubles entiers sont ensuite détruits lorsque la ville a été vidée de sa population.

Alors que plus d’un million d’exilés ont trouvé refuge dans la ville frontière, toute opération terrestre menacerait de rejeter une partie de la population vers le Sinaï. Tandis qu’Israël intensifie chaque jour ses bombardements, l’Egypte construit à la hâte un camp à ciel ouvert à proximité de la frontière pour palier le risque d’un exode massif hors de Rafah. Sous le regard réticent mais résigné des autorités égyptiennes qui ratifient les ambitions coloniales de Netanyahou, une nouvelle « Nakba » est à l’ordre du jour tandis que la Palestine risque de tomber sous le contrôle total de l’Etat colonial.


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