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Pour en finir avec les rixes

Mort de Shemseddine : non aux mesures répressives, il faut des moyens pour la jeunesse !

Après la mort de Shemseddine, collégien, et l'agression ultra-violente de Samara, 13 ans, le gouvernement appelle à la réclusion criminelle des mineurs impliqués. Contre les réponses répressives et punitives qui ne font qu'alimenter la violence, il nous faut prendre les problèmes à la racine et exiger des moyens pour la jeunesse.

Yano Lesage

12 avril

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Mort de Shemseddine : non aux mesures répressives, il faut des moyens pour la jeunesse !

Crédits photo : X (Ex-Twitter), vidéo de @SimarAlexandra

Après Farid et Sedan, Shemseddine et Samara

Après Farid et Sedan, adolescents morts dans des rixes à Saint-Denis cette année, toutes nos pensées vont à la famille de Shemseddine, décédé le vendredi 5 avril à l’hôpital Necker, au lendemain de son agression. Collégien de 15 ans, élève de 3ème au collège les Sablons de Viry-Châtillon, Shemseddine a été suivi à la sortie de son établissement, tabassé et laissé pour mort dans une cage d’escalier par un groupe de jeune entretenant des liens avec le collège. Selon les mots du procureur, la mort de Shemseddine survient dans le cadre d’une opération visant à punir le collégien de s’être entretenu de manière intime avec la sœur des agresseurs présumés et pour « sauver l’honneur » de la famille. Quatre jeunes hommes, dont trois mineurs, ont été mis en examen pour « assassinat » et en détention provisoire, tandis que la sœur des agresseurs présumés, 15 ans, a été placée en garde à vue pour « abstention volontaire d’empêcher un crime ».

Au cœur des rixes, des enjeux de réputation qui rappellent le cas de Samara : collégienne à Montpellier de 13 ans, celle-ci a, elle aussi, été rouée de coup à la sortie de son établissement. Hospitalisée et sortie du coma, elle se dit profondément choquée psychologiquement. Dans le cadre de cette enquête, trois adolescents ont été mis en examen pour « tentative d’homicide volontaire ». Mais c’est, selon les propos de sa mère dans Libération , tout un groupe de jeunes qui l’aurait entrainé vers ses agresseurs. Selon sa mère, Samara était victime de harcèlement depuis plusieurs années : en juin 2023, un de ses camarades avait été exclu deux jours après avoir publié une photo d’elle sur les réseaux sociaux appelant à la violer ; un rassemblement aurait été appelé par les collégiens contre Samara quelques jours avant son agression.

Face au harcèlement scolaire et aux rixes, refusons la logique ultra-répressive

Pour Shemseddine comme pour Samara, ces tabassages qui vont parfois jusqu’à la mort se trament autour d’événements a priori anecdotiques. Dans ces deux cas, ce sont des logiques sexistes et patriarcales qui sont en jeux : démonstration virile de « l’honneur » et humiliation sexiste via la « réputation », le tout exacerbé par le pseudo-anonymat qu’offre le paravent des réseaux sociaux. Dans les rivalités inter-quartiers, ce sont les mêmes logiques : effets de groupe renforcés par les réseaux sociaux créent un effet de déréalité et accentuent les relations d’oppression qui structurent la société. Les effets sociaux n’en sont pas moins réels et dévastateurs. Des rivalités qui se reproduisent et s’accentuent au sein de l’institution scolaire qui se retrouve à la fois comme une caisse de résonance d’une violence sociale – détresse, rage, désœuvrement, manque de perspective d’avenir – mais également comme lieu de reproduction de celle-ci.

Or, face cette violence la seule réponse de l’institution scolaire est le recours à une logique punitive, policière et pénale. Alors que du côté de l’institution, le rectorat de Montpellier confirme l’absence de responsabilité du principal du collège et ne reconnait pas la dynamique de harcèlement dont Samara était victime ; du côté de la justice, le procureur de la République propose pour les agresseurs – dont la plupart sont des mineurs - des chefs d’accusation d’une gravité extrême – « assassinat » dans le cas de Shemseddine, « homicide volontaire » pour le cas de Samara - et des plus loufoques – « abstention volontaire d’empêcher un crime » pour la jeune fille impliquée. Une logique répressive qui vise à faire des exemples.

A ce titre, le garde des Sceaux, Eric Dupont-Moretti, questionné sur la mort de Shemseddine lors d’une question au gouvernement ce mardi 9 avril, s’est déclaré favorable à la réclusion criminelle à perpétuité, y compris pour les mineurs mis en examen, en affirmant que « la juridiction a toujours la possibilité d’écarter l’excuse de la minorité ». Dupont-Moretti revendique ainsi une justice d’exception particulièrement répressive à l’égard de mineurs scolarisés.

Malheureusement, rien de nouveau sous le soleil… Déjà, en juin 2023, le gouvernement déployait un arsenal répressif et judiciaire à l’égard de la jeunesse mobilisée contre la mort de Nahel en décidant d’incarcérer de nombreux jeunes, y compris mineurs. Puis à la rentrée de septembre 2023, où dans le cadre du plan de lutte contre le harcèlement scolaire, Gabriel Attal autorisait les policiers à procéder à des interpellations en classe et à miser sur le tout répressif. Une fois encore, avec la mort de Shemseddine, la réponse de l’institution s’inscrit dans une logique répressive, policière et pénale, qui vise à mater la jeunesse, notamment celle des quartiers populaires, mais occulte totalement les raisons sociales d’une telle escalade.

Une institution scolaire qui aggrave et reproduit la violence et consacre le tri social

Cette logique punitive n’a pourtant rien à proposer en mesure de régler le problème à la racine. Comment sinon comprendre que des banales histoires adolescentes finissent en bain de sang ? Que la question d’un « honneur retrouvé » se règle à coups de battes, de pied, d’humiliation publique sur les réseaux sociaux ? Face à cette sidérante mécanique, la réponse policière et la violence de l’institution scolaire contre la jeunesse n’offre aucune solution. Bien au contraire, elle reproduit et aggrave les violences.

Si les violences policières – avec la mort en juin 2023 de Nahel, devenu un symbole pour la jeunesse populaire – nous rappellent bien la logique répressive avec laquelle est traitée la jeunesse populaire, l’école joue également un rôle notable dans la mise au ban, l’exclusion sociale de tout un pan de la jeunesse, et la préparation de son enrôlement vers un marché du travail précarisé, sinon vers l’armée. A ce titre, l’instauration du Service National Universel, succursale de l’armée dans les établissements scolaires, auquel il deviendra difficile d’échapper pour la jeunesse populaire en décrochage scolaire, le rappelle âprement.

Et si l’école a de tout temps servi d’antichambre à un marché du travail ségrégué et profondément inégalitaire, en œuvrant à la sélection sociale et scolaire des élèves, force est de constater que ces logiques se trouvent aujourd’hui profondément renforcées par les différentes réformes scolaires qui se sont succédé depuis Parcoursup en 2018. Avec la réforme du lycée professionnel, il s’agit de fournir directement – par le biais de l’augmentation des stages dès la seconde - une main d’œuvre corvéable, mineure et sous-payée au patronat. Mais c’est surtout la réforme du collège, proposée par Gabriel Attal et maintenue par Nicole Belloubet, avec l’instauration des classes de niveaux, qui vient mettre la dernière pierre à l’édifice de la casse de l’Education : en classant et orientant les parcours des élèves dès la sixième, avec des classes de relégation, la fin du lycée pour tous, et la compétition à tous les étages.

Face à la violence de l’institution scolaire et à l’aggravation de la misère sociale et l’explosion des inégalités, les cas de harcèlement dans les classes qui font la une de l’actualité se multiplient. Pourtant comment rejeter la faute sur cette jeunesse scolarisée, mise sous pression, incitée sans cesse à rentrer dans une logique compétitrice où la loi du plus fort est mise aux nues par l’institution elle-même ? Comment ne pas percevoir l’effet de miroir entre le harcèlement et la violence entre élèves et un harcèlement institutionnel qui violente les élèves ? Avec, de surcroît, un plan de lutte contre le harcèlement qui, comble de l’hypocrisie, ne propose aucune mesure concrète de prévention et se limite au recours pénal contre les élèves harceleurs…

Ni chair à canon, ni chair à patron : des moyens pour la jeunesse ! Il faut en finir avec la misère sociale !

Face à de telles violences, produit avancées de la décomposition des rapports sociaux dans une société où l’exploitation et les oppression sont la règle, la réponse répressive et punitive ne peut que reproduire ces schémas et aggraver la violence, qui est avant tout sociale.

Face à une institution scolaire structurellement répressive, sortir de cette engrenage de la violence implique nécessairement de lutter contre l’ensemble des mesures qui visent à mettre la jeunesse au pas, contre le SNU et son enrôlement dans l’armée, contre toutes les mesures qui visent à accentuer le tri social et de ségrégation scolaire de la réforme des groupes de niveaux au collège d’Attal-Belloubet.

Mais elle nécessite surtout une réponse collective et d’ensemble, par la mobilisation sociale d’ensemble et par la grève du monde du travail, pour faire reculer le gouvernement sur ses attaques sociales - réforme et baisse des indemnités de l’assurance chômage, conditionnement au RSA, réforme des retraites, précarisation des populations immigrées par la loi asile et immigration -, sinon pour renverser la vapeur en imposant son propre agenda - contrôle des loyers et réquisition des logements vides, échelle mobile des salaires par rapport à l’inflation, partage du temps de travail entre toutes et tous. Ce n’est qu’à cette condition, que la violence, structurelle à une société fondée sur des rapports d’exploitation et d’oppression, et dont la jeunesse en détresse se fait l’écho, ne pourra reculer.


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