^

Notre classe

Vers une convergence dans le secteur de l’aéronautique !

Interview. 8 mois de grève chez Dassault, « depuis 6 semaines plus aucun avion ne sort ! »

La grève des ouvriers de Dassault continue et se durcit pour les salaires et la dignité. Depuis 2 mois, aucun avion ne sort. Nous avons interrogé Anthony de Castro, élu CSE de la CGT Dassault sur le site d’Argenteuil. Il nous raconte la stratégie qui guide le rapport de force engagé depuis 8 mois, les raisons de la colère et la détermination qui reste intacte et s’élargit.

jeudi 27 janvier

RP : Où en est le mouvement de grève ?

Anthony de Castro : Moi je suis sur le site d’Argenteuil mais l’ensemble des sites, 8, de Dassault en France sont mobilisés. La grève dure depuis 8 mois mais depuis 6 semaines on a durcit le mouvement ; depuis le fameux contrat faramineux qu’a signé l’entreprise avec les Emirats Arabe Unis pour un pactole de 14 milliards d’euros. Ça a relancé de plus belle la colère, on sait que les cadences vont augmenter et en même temps ils nous proposent des NAO (Négociations Annuelles Obligatoires) ridicules, l’ensemble des collègues se rendent de plus en plus compte de la supercherie. Les bénéfices battent des records, ils s’en mettent plein les fouilles mais les salariés - ceux qui créent les richesses - n’ont rien ! En plus le patronat de l’aéronautique a touché des grosses subventions pour le chômage partiel qui est l’argent des contribuables, notre argent, et à la suite de ça ils se versent des dividendes records !

Nous avons eu six réunions de NAO déjà et le PDG nous propose toujours des NAO en dessous de l’inflation ! Ce qu’il propose exactement c’est un budget de 15 millions d’euros pour les cadres positionnés, soit une augmentation de 224 euros par mois et pour nous, les ouvriers, il ne veut débloquer qu’un budget de 800 000 euros, soit 76 euros par mois. Nous ne sommes pas d’accord, ça ne nous convient pas du tout ! Tant mieux pour les cadres, mais cette augmentation doit s’observer sur toutes les fiches de paie ! D’autant que pendant la crise Covid ils ont fait appel à nous, les ouvriers, et la seule récompense c’est 30 balles. Les cadres positionnés sont en télétravail pendant que nous on prend des risques avec la crise sanitaire et on se lève tôt pour aller au travail !

RP : Quelle est votre stratégie de grève pour que le rapport de force dure si longtemps ?

Anthony de Castro : Nous sur notre site on fait des débrayages d’un quart d’heure avec prises de parole 2 à 4 fois par jour et depuis 8 mois tous les vendredis c’est usine vide. Sur d’autres sites ils bloquent aux portières et font des barbecues. À lstres ils ont bloqué les rafales indiens, du coup la direction doit faire appel à des entreprises extérieures pour les faire bouger.

La colère est très forte, les avions ne sortent pas depuis un petit moment. Ça énerve beaucoup la direction. Pour nous, le but c’est que l’on ne perde pas trop de salaire mais qu’en même temps on impacte au maximum la production. C’est très suivi surtout de la part des plus jeunes à qui on a vendu les usines Dassault comme un rêve car c’est une grande entreprise. En réalité ils se rendent bien compte que leurs perspectives de carrière sont bloquées. Les plus anciens, quand ils étaient jeunes, gagnaient deux fois le SMIC, aujourd’hui on est à peine à 40% au dessus du SMIC.

RP : Quelle sont les perspectives du mouvement ?

Anthony de Castro : On tient, ils vont être obligés de lâcher car nous on ne lâchera pas, ça fait trop d’années qu’ils se foutent de notre gueule. Le carnet de commandes est complet, il représente la charge de 15 ans de travail, les cadences vont augmenter et le mépris est à son summum. On est en train de construire une convergence avec les autres boîtes de l’aéronautique, notamment Safran et Airbus qui bougent aussi pour les salaires en ce moment. D’ailleurs aujourd’hui pour le mouvement de grève national intersyndical et interprofessionnel, les salariés du site en Gironde ont marché jusqu’au site de Safran ! On est déterminé, on veut une augmentation de 200 euros net par mois pour tous ! À savoir qu’un tel budget ne représenterait que 1% des bénéfices qu’a engendrés le groupe en 2019...

Ils vont devoir lâcher, ils sont tellement méprisants et arrogants que ça bouge de partout, les gens ne vont pas laisser faire. Les Gilets Jaunes c’est comme ça qu’ils sont arrivés, ils vont en subir les conséquences. Même des salariés non syndiqués souhaitent de plus en plus s’investir. On nous dit de plus en plus qu’on a raison à la CGT. D’autant qu’il y a aussi l’affaire de la convention collective de la métallurgie qui avait beaucoup mobilisé le 25 octobre dernier. Ils ont l’argent. Nous les travailleurs on a le savoir-faire et le nombre.

Pour l’instant on ne sent aucune démoralisation mais une colère qui grandit face au PDG qui prend de l’argent d’une poche pour le remettre dans l’autre.



Mots-clés

Safran   /    Dassault   /    mouvement ouvrier   /    Airbus   /    Grève   /    Aéronautique   /    NAO   /    Notre classe