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Notre classe

Témoignage

La galère des tests. "Le numéro vert m’a dit d’aller faire la queue à 6h du matin" raconte une étudiante

Nous publions ci-dessous le témoignage de Julie, étudiante qui après avoir contracté le Covid a dû faire face à l'impossibilité de se faire tester. Une illustration de ce qui se profile pour les semaines à venir, alors que les tests se font de plus en plus rares mais les cas de plus en plus nombreux et graves.

mercredi 23 septembre

« Jeune et en bonne santé, je n’ai subi qu’avec peu de séquelles la gestion erratique des tests par le gouvernement, mais cela laisse à voir la détresse que peuvent vivre les personnes plus gravement touchées par le Covid-19, à l’aube de la seconde vague.

Contrairement à ce qu’explique Frédérique Vidal à propos des soirées étudiantes, j’ai probablement contracté le virus dans le RER D ou au travail en allant chercher les enfants que je garde à l’école. Sans doute parce qu’à l’instar de beaucoup de familles et étudiants précaires, je n’ai pas le loisir de renouveler mes masques à hauteur des consignes de l’ARS avec les 800 euros par mois que j’aie pour vivre. Résultat, sans distanciation sociale au travail ou dans les transports et avec la non-gratuité des masques on se contamine plus facilement, surtout parmi les classes populaires.

Et cette tendance se vérifie dramatiquement quand on tente de se faire tester. Je suis en Master à Paris 1 et en principe une absence au premier TD peut valoir l’exclusion : tout est bon pour filtrer les étudiants vus qu’il n’y a pas de place pour tout le monde. J’ai donc dû essayer de me faire dépister, a minima pour obtenir un justificatif scolaire.

Une situation qui m’est apparue particulièrement anxiogène quand j’ai écumé les différents labos autour de chez moi ce week-end, alors que les cas de contamination ne cessent de grimper. Déjà à Saint-Denis où j’habite - qui est le département le plus dévasté par la 1e vague - tous étaient fermés pendant plusieurs jours pour être en mesure de traiter les tests déjà effectués. Sans aucune date de réouverture, j’ai dû me rabattre sur les centres parisiens, sans succès non plus.

Avec l’aggravation de mes symptômes au début de la semaine, je suis devenue incapable de sortir de chez moi, surtout pour faire la queue debout pendant plusieurs heures. Complètement démunie face à la dégradation rapide de mon état de santé, j’ai appelé tous les numéros verts possibles et inimaginables pour espérer me faire dépister. Celui du Ministère de la Santé m’a sèchement rétorqué de venir dès six heures du matin devant le centre le plus proche de chez moi. Les laboratoires ne disposant plus que de 200 tests par jour, il fallait arriver deux heures avant l’ouverture du centre pour être sûr d’être pris en charge. Une solution invivable pour les personnes malades et qui favorise en plus la transmission du virus dans les files d’attente de plusieurs heures.

J’ai fini par trouver un rendez-vous dans un centre médical de Saint-Denis, mais l’infirmière m’a précisé que les résultats n’arriveraient que dans sept jours ouvrés. Autrement dit, soit c’est impossible de se faire tester, soit on se teste pour le plaisir puisque les délais de confinement sont dépassés au moment des résultats.

Cette expérience en dit long sur ce qui se profile dans l’avenir proche. Avec la hausse quotidienne de cas positifs et la stagnation des dépistages nous perdons chaque jour un peu plus de visibilité sur l’état de la courbe épidémique. Cela entraine une anxiété très élevée pour les personnes malades, dont certaines sont face à des risques morbides, tout en épuisant le personnel de laboratoires en première ligne. »

Et si aujourd’hui la gestion catastrophique de la crise se répercute principalement sur des jeunes comme moi, l’épidémie ne va pas tarder à balayer des franges de la population plus vulnérables. A rebours de l’idée défendue par certains au sommet de l’Etat que nous aurions tout intérêt à laisser les jeunes œuvrer par leur contamination à l’immunité collective, ce que nous vivons n’est que le signe avant-coureur de la catastrophe qui vient. Nous devons impérativement exiger une stratégique sanitaire conséquente si nous ne voulons pas connaitre de nouveau le cauchemar du printemps dernier.




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