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Société

IMMIGRATION ET RACISME D'ETAT

Tests osseux sur les mineurs migrants. Eric Ciotti se lâche et détrône le FN pour la palme de la xénophobie.

Yano Lesage Sur fond de conflit avec l'Italie autour de la gestion des flux de migrants qui accèdent en Union Européenne par la botte italienne, Eric Ciotti, député Les Républicains, et président du conseil départemental des Alpes-Maritimes, alimente la polémique en préconisant une méthode des plus abjectes et xénophobes pour se débarrasser des mineurs migrants parvenus sur le territoire français et les renvoyer en Italie : séparer, grâce à un test osseux, les « vrais mineurs », à accueillir, des « faux mineurs », à refouler. Cette préconisation odieuse n'est qu'un pas de plus dans la dérive xénophobe et réactionnaire de la classe politique française. Décryptage.

Alpes Maritimes, voie de passage et de renvoi des migrants vers l’Italie

La région des Alpes Maritimes, limitrophe de l’Italie, constitue une voie de passage privilégiée pour les migrants arrivant au Sud de l’Europe avec l’intention de rejoindre les pays du Nord. Menton, ville frontalière, est par exemple devenue un point d’étape pour les réseaux de migration, et ce sont plusieurs milliers de migrants qui passent par cet axe chaque mois, voire chaque semaine. Face à cet afflux, les autorités françaises profitent de la législation européenne qui contraint le pays d’arrivée des migrants à les accueillir sur place et à traiter localement les cas de demande d’asile, pour les renvoyer systématiquement en Italie. Une exception à cette loi, les mineurs couverts par la Charte des droits de l’Enfant ratifiée par la France et qui l’oblige à prendre en charge dans des structures adaptées les mineurs isolés. Voilà qui dérange Eric Ciotti. Il invoque la saturation des établissements d’accueil des migrants mineurs isolés et le cas du lycée de Menton réquisitionné pendant les vacances pour accueillir treize mineurs, afin de justifier « des moyens » injustifiables dans la lutte contre l’immigration : généraliser de manière indiscriminée la pratique des tests osseux afin de détecter les « fraudeurs à la minorité » qui cherchent à éviter leur renvoi en Italie où les conditions d’accueil sont totalement insuffisantes et gangrenées par le clientélisme et la corruption.

Cette pratique est, déjà aujourd’hui, utilisée afin de contester l’âge des mineurs auxquels on enlève même, de cette manière, leur « droit » à la minorité ce qui les place sous risque d’expulsion. Dans la pratique, le test consiste à radiographier les os de la main et du poignet gauche de l’enfant afin de les confronter avec un atlas de référence qui sert de modèle pour « établir » la majorité ou la minorité de la personne. Or, cet atlas a, non seulement, été créé entre 1931 et 1942 (et n’a plus été mis à jour depuis) en utilisant les mains et les poignets d’un échelon d’enfants américains provenant plutôt de classes aisées, mais en plus, la marge d’erreur dans l’appréciation de l’âge est d’environ 18 mois. Enfin, à l’époque de sa création, l’objectif de cet atlas était strictement conscrit au seul domaine médical. Ainsi, non seulement, on crée la suspicion permanente qu’un mineur ne l’est pas, mais de plus, pour contester sa parole on utilise une procédure, créée pour répondre à des besoins médicaux, qui est détournée à des fins visant à chasser les « fraudeurs à la minorité ». M. Ciotti, avec le cynisme qui le caractérise, voudrait ainsi généraliser cette pratique à juste titre contestée.

Eric Ciotti, surenchère sécuritaire et xénophobe

Le député et président du Conseil régional des Alpes Maritimes a lancé cette déclaration choc qui ne fait qu’alimenter la surenchère xénophobe et réactionnaire de ces derniers mois. Il n’en est pas à son premier dérapage. Il y a quelques mois, lors de la découverte d’une nouvelle vague de milliers de migrants morts en Méditerranée, il avait déjà plaidé en faveur de l’instauration d’un dispositif militaire en Méditerranée et de la mise en place de centres de rétention sur les côtes de l’Afrique du Nord pour éviter les départs de migrants vers l’Europe.

S’agissant de la traque et du renforcement du dispositif sécuritaire à l’égard des migrants, Eric Ciotti n’est pas avare de moyens. On imagine bien les incidences budgétaires de telles dispositions, qu’il s’agisse du recours aux tests osseux ou de la flotte de guerre en Méditerranée, alors que de telles ressources financières pourraient bien plus utilement être mises à disposition pour des structure d’accueil et d’hébergement. Mais la question n’est pas financière ; elle est idéologique. Idéologie xénophobe et réactionnaire dont le FN n’a plus le monopole, et qui fait le fonds de commerce des Républicains aussi bien que du PS et du gouvernement.

Un racisme d’Etat explicite

L’explosion du nombre de migrants qui s’aventurent aux portes de l’Europe est une réalité. Ils fuient en masse les guerres, largement liées à la domination impérialiste, qu’elles s’expriment au travers de la réaction islamiste ou par les interventions des puissances occidentales (Afghanistan, Syrie, Irak), mais aussi une situation économique aggravée dont les populations des pays pauvres sont les premières victimes. Tous les cas de migration expriment une même nécessité : quitter l’instabilité et la répression politique ; tous reflètent une même réalité : fuir son pays, sa famille, sa culture, au péril de sa vie ; tous n’expriment qu’une seule espérance : une vie digne. Cette espérance n’a rien de criminel ; elle est tout simplement humaine. A l’heure où la classe politique tente d’assimiler ces légitimes aspirations à de la criminalité, à faire des migrants des parasites des sociétés européennes, ce qu’elle exprime, en dénigrant cette humanité, c’est un racisme qui lui est consubstantiel.

08/07/15




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