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Politique

Darmanin expulse le livreur accusé d’antisémitisme : entre instrumentalisation et retour de la double peine

Un livreur Deliveroo strasbourgeois a défrayé la chronique la semaine dernière en affirmant refuser de livrer des Juifs. Un acte antisémite abject, instrumentalisé par Darmanin pour remettre au goût du jour la double peine, une vieille revendication de l’extrême droite.

vendredi 15 janvier

Crédits photo : AFP

A délit égal, la « justice » fait une différence entre une personne détentrice de la nationalité française et une qui ne la possède pas. C’est la double-peine pour un étranger qui risque, en plus de sa condamnation initiale, une expulsion du territoire français. C’est ainsi qu’a été jugé le livreur strasbourgeois d’origine algérienne qui a été arrêté pour des actes antisémites. Celui-ci avait été poursuivi en justice le 7 janvier pour avoir déclaré refuser de « livrer des juifs » et supprimé la commande par deux fois devant des restaurateurs qui cuisinent de la viande casher.

Pour ces déclarations antisémites, le livreur qui détenait un visa de travail qui avait expiré, a été condamné à quatre mois de prison ferme et s’est vu remettre une Obligation de Quitter le Territoire Français. Darmanin s’est ensuite empressé de twitter qu’il prenait la décision, en plus de l’avis du tribunal, d’expulser cet homme.

Que cet acte antisémite soit à dénoncer fermement est une chose. Mais que la justice condamne cet homme à quatre de prison ferme et à une expulsion, une double peine, est l’illustration d’un deux poids deux mesures particulièrement violent. Quand Zemmour et consorts vomissent leur racisme à heures de grande écoute, ce n’est pas le même traitement qui lui est réservé. Pourtant Eric Zemmour est un multirécidiviste, condamné pour « provocation à la discrimination raciale » en 2011, « provocation à la haine religieuse envers les musulmans » en 2018, « injure et provocation à la haine » contre les musulmans en 2020, et en décembre 2020, le parquet a requis 10 000 euros d’amende contre l’essayiste d’extrême droite pour avoir estimé que Pétain avait « sauvé » les Juifs français de la déportation. Pas de prison ferme, encore moins d’expulsion, mais des amendes donc. Et une chronique quotidienne sur Cnews, tout comme les consolations de Macron pendant 45 minutes au téléphone en cas d’accrochage dans la rue. Une illustration éclatante de cette justice de classe.

De son côté, le Ministre de l’intérieur instrumentalise cette nouvelle affaire et en profite pour reprendre à son compte cette vieille tradition de la double peine, une revendication de longue date portée par la droite extrême et l’extrême droite. Dans un contexte de tournant autoritaire du gouvernement poursuivi par Macron, de stigmatisation des populations immigrées ou issues de l’immigration, et de flirt avec les positions du Rassemblement National pour draguer son électorat, Darmanin veut être le chouchou de la classe.

Or, en affichant son volontarisme dans l’expulsion d’un étranger déjà condamné, Darmanin participe d’abord et avant tout à alimenter la haine xénophobe et la stigmatisation des étrangers, dont la double-peine suggère que leur présence sur le territoire national serait soumise à conditions. Une position répressive et réactionnaire qui ne peut qu’alimenter la polarisation sociale, et mettre de l’huile sur le feu de la xénophobie et de l’antisémitisme.

Les propos antisémites de ce jeune livreur, à dénoncer fermement sont alors du pain béni pour le gouvernement qui cherche à instiller l’idée d’une cinquième colonne de la République que seraient les immigrés et en particulier les musulmans ou assimilés comme tels, d’un séparatisme rampant qui menacerait la cohésion sociale. Comme il l’a fait avec le combat féministe, au travers de Marlène Schiappa, le gouvernement continue ainsi son instrumentalisation tous azimuts des oppressions. 




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