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Notre classe

Une rentrée catastrophique

Témoignage d’un AED. « On nous demande de ne pas communiquer les cas de contamination ! »

Nous relayons ci-dessous le témoignage d'un Assistant d’Éducation d'un lycée d’Île de France qui dénonce les conditions de travail et sanitaires déplorables en cette rentrée scolaire. Entre équipe pédagogique en sous-effectif, manques de moyens et dissimulation de cas de Covid.

mardi 22 septembre

Crédits photo : Thomas SAMSON / AFP

Je suis assistant d’éducation dans un lycée d’Île-de-France. Comme nombre de mes collègues et autres personnels de l’Éducation Nationale, je me retrouve aujourd’hui en première ligne face à la deuxième vague du Covid-19 qui survient en pleine rentrée scolaire. Les conditions sanitaires de cette rentrée sont déplorables, alors même qu’on travaille au contact de plusieurs centaines de jeunes de 15 à 18 ans, derrière qui se trouvent des familles entières et des personnes potentiellement à risques.

On nous dit que le problème des masques est en partie réglé. Il faut bien souligner le en partie. Dans le lycée où je travaille, deux masques lavables une vingtaine de fois chacun ont été distribués par la région aux élèves. Aucun masque n’a été distribué au personnel, que ce soit au niveau de la vie scolaire, mais aussi du personnel enseignant. Et c’est bien aux assistants d’éducation en première ligne qu’il revient de faire respecter les mesures sanitaires dans l’enceinte du lycée en dehors des heures de cours.

Bien souvent, comme c’est mon cas, les assistants d’éducation sont de jeunes étudiants précaires qui occupent ce genre d’emploi principalement pour financer leurs études. L’achat de masques devient alors un coût supplémentaire important pour moi comme pour beaucoup d’autres AED. De plus on tourne en sous-effectif dans un lycée qui dépasse le millier d’élèves.

La plupart des effectifs de vie scolaire des lycées étant réduits, afin d’économiser les coûts, les risques de personnels sous tension sont encore plus grand avec l’épidémie. En ce sens, certains établissements ont remplacé des assistants d’éducations qui ont contracté le virus ou étaient cas contacts par des AED provenant d’autres établissements. Or du point de vue du droit du travail cette pratique est interdite. On m’a ainsi proposé de « faire des heures supp’ » en allant faire des heures dans un autre établissement en manque de vie scolaire. En bref, plutôt que d’allouer plus de moyens, de recruter plus de personnel, on préfère déshabiller Paul pour habiller Jacques. Ce qu’on demande aux personnels enseignants et de la vie scolaire semble irréalisable avec le peu de moyens octroyés.

La gestion des cas de Covid et des cas contacts sont quant à eux catastrophiques. Le protocole mis en place est très flou et repose principalement sur le fait de communiquer le moins possible sur le nombre d’élèves contaminés au sein du personnel. L’administration invoquant par exemple le « secret médical » a donné la consigne de ne pas communiquer les cas de Covid aux collègues de la vie scolaire ou à d’autres membres du personnel enseignant. On doit donc les communiquer à l’infirmière du lycée qui doit les faire remonter à l’Agence Régionale de Santé (ARS).

Cela montre que la stratégie est d’éviter à tout prix la panique et une fermeture des établissements, sans pour autant mettre en place les moyens appropriés pour répondre à la crise sanitaire mais plutôt en dissimulant les cas. Par exemple après avoir reçu un appel d’un parent pour un cas de Covid, je le communique à ma responsable qui m’indique qu’il ne faut absolument pas le communiquer au professeur principal par risque de propager la nouvelle dans la classe de l’élève. Or cette gestion est absurde car les élèves et les professeurs sont la plupart du temps au courant des cas de covid dans leur classe quand un de leurs camarades est absent pendant plus d’une semaine.




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