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Monde

Contre la guerre et l’inflation

« Baissez les armes, augmentez les salaires ! » : journée de grève et manifestations en Italie

Vendredi 20 mai, plusieurs manifestations et grèves se sont tenues dans des dizaines de villes en Italie, à l’appel du syndicalisme de luttes contre la guerre et la cherté de la vie et avec comme mot d’ordre central « Baissez les armes, augmentez les salaires ».

mercredi 25 mai

Traduit de l’italien par Petra Lou

Une première journée de lutte contre la guerre et la cherté de la vie

Vendredi 20 mai une première journée de luttes, grèves et manifestations s’est tenue en Italie pour s’opposer à la guerre en Ukraine et aux dépenses militaires du gouvernement, mais contre l’inflation qui affecte le pouvoir d’achat des travailleurs et travailleuses.

A l’appel de la Confédération Unitaire de Base (CUB) et du Syndicat Général de Base (SGB) rejoints par le reste du syndicalisme de base, des dizaines de manifestations et de piquets se sont tenus dans tout le pays, pour la fin de la guerre en Ukraine et contre la cherté de la vie qui frappe durement la classe ouvrière et la population pauvre en Italie comme ailleurs.

"Baissez les armes et augmentez les salaires !" : tel a été le slogan qui pourrait résumer cette journée de luttes, qui constitue un exemple important pour le mouvement ouvrier dans d’autres pays de l’Union européenne et de l’OTAN, où la propagande militariste et la russophobie sont omniprésentes. Mais une des limites a été que les syndicats et la gauche anticapitaliste n’ont pas réussi à mobiliser largement, comme à Naples où trois manifestations distinctes ont été appelées dans la ville.

La grève elle-même n’a pas réussi à impliquer activement des secteurs plus larges, au-delà d’une partie du syndicalisme de base lui-même, de certains secteurs des mouvements sociaux et de la gauche extra-parlementaire. Le processus de création d’assemblées pour discuter et construire une large mobilisation unie pour la paix et contre la cherté de la vie, en partant des travailleurs eux-mêmes et de la lutte de classe, a été très limité.

Plus encore dans ce scénario grave de fortes attaques contre nos conditions de vie et d’une escalade militariste, il s’agit de rompre avec l’approche routinière et conservatrice, avec une séparation excessive entre la lutte économico-syndicale et la lutte politique. Une logique encore répandue même dans le syndicalisme de base et qui contribue au manque d’activation même de sa propre base syndicale : l’exemple de Rome est révélateur de cette situation.

En effet, dans la capitale italienne, malgré le fort enracinement de l’USB (Union Syndicale de Base) et la grande mobilisation de cette dernière et de la CUB dans le conflit d’Alitalia -où suite à sa chute, le repreneur refusait de négocier avec les syndicats - la manifestation dans la ville n’a pas atteint les 2 000 personnes et les cortèges de travailleurs de la même entreprise ou du même secteur étaient très peu nombreux.

Une journée importante de lutte dans le secteur de la Logistique

Un aspect positif de la journée a été les principaux piquets de grève convoqués devant les lieux de travail, notamment dans le secteur de la logistique, au travers d’initiatives diffusées par Adl Cobas (Association pour les Droits des Travailleurs). Ce syndicat est celui qui coordonne notamment l’organisation des travailleurs migrants dans les entreprises logistiques, en particulier dans la région de Vénétie.

Au piquet, une centaine de travailleurs se sont placés devant les portes de DHL Pomezia, dans la banlieue de Rome, pour bloquer le déchargement et le chargement des marchandises (notamment des entreprises Nespresso et Buffetti). Une action en solidarité de quatre travailleurs récemment licenciés, suite à l’internalisation du travail en entrepôt. De toute évidence, ces licenciements ont été utilisés comme une menace antisyndicale pour tous les autres travailleurs, étant donné que la multinationale allemande a toujours été tristement célèbre pour sa détermination à tenir les syndicats combatifs à l’écart de ses entrepôts.

Le piquet de grève s’est déroulé sans heurts après une première tentative de la DIGOS - un service de police chargé de suivre les affaires liées au terrorisme et crime organisé de plus en plus utilisé dans les conflits du travail - de disperser la manifestation. Mais aussi suite à la pression de certains cadres qui quittaient l’entrepôt pendant le changement d’équipe tôt le matin. Néanmoins, les travailleurs des entrepôts de toute la province de Rome ont manifesté de 8 heures à midi, heure à laquelle le chargement et le déchargement ont pris fin. Plusieurs chauffeurs de camions ont exprimé leur solidarité avec l’action.

Une autre délégation syndicale a manifesté sur la Piazza della Repubblica à Rome, pour soutenir les actions des autres syndicalistes de base.

Vers un mouvement unitaire, radical et de classe

La journée de grève de vendredi a été l’occasion de dénoncer le lien profond entre les attaques économiques que subit la population italienne et les politiques militaires du gouvernement et de l’OTAN. Ces derniers ont répondu à l’invasion russe en Ukraine en augmentant les dépenses militaires et en faisant des déclarations visant à confirmer la suprématie de l’OTAN en tant qu’alliance de puissances impérialistes, qui exploite et opprime les gens bien au-delà des frontières nationales de ses membres.

Des perquisitions brutales et provocatrices ont été menées à l’encontre de jeunes militants à Milan qui avaient "osé" manifester contre le géant russe Gazprom (qui vient de signer un nouvel accord avec Eni, la multinationale italienne du pétrole et du gaz). Ces épisodes soulignent qu’il n’y a pas de choix à faire entre les deux camps capitalistes qui mobilisent des Etats et des armées entières pour piller dans l’intérêt du plus grand profit possible, en concurrence entre eux, mais toujours unis contre la classe ouvrière et la jeunesse.

Tout cela met en évidence le défi lancé par le collectif de l’usine GKN (fabricant de composants automobiles et aéronautiques britannique) et le mouvement "Insorgiamo" (Levons-nous !) : nous ne pouvons pas nous contenter d’attendre la fin de l’été. Le moment est venu de construire une convergence en construisant un mouvement unitaire, radical, de classe, contre la guerre et la cherté de la vie, avec des revendications communes contre les politiques du gouvernement du Premier ministre Mario Draghi et des patrons.

Un tel mouvement peut rassembler les secteurs qui ont déjà mené des luttes au cours de l’année écoulée, notamment les étudiants de Milan, les étudiants de Florence qui ont manifesté leur solidarité avec les travailleurs de GKN, ou encore le mouvement "La Lupa" - en référence au mythe de Romulus et Remus découverts par une louve - qui avait connu une vague d’occupation des lycées suite à la mort d’un jeune dans le cadre du stage école-travail obligatoire pour les lycéens.

Le premier événement important de cette convergence sera sans doute la mobilisation nationale convoquée pour le 2 juin à Coltano, dans la province de Pise, contre la construction d’une base militaire à l’intérieur d’une réserve naturelle. Mais il y aura bien d’autres occasions, comme la marche du 4 juin à Rome, appelée par la communauté kurde, contre l’invasion du Kurdistan irakien par l’armée turque - une tragédie qui se déroule sans qu’on y prête attention. Cela nous rappelle que l’OTAN et la diplomatie internationale sont gangrenées par le cynisme : ils ont des partenaires "intouchables" comme le président turc Recep Erdoğan, un boucher qui exploite son droit de veto à l’OTAN pour avoir les coudées franches pour massacrer les Kurdes et persécuter brutalement le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), toujours qualifié internationalement d’organisation "terroriste".

Il faudra une puissante mobilisation de notre classe aux niveaux européen et international pour arrêter les roues de ce système d’exploitation, de dévastation environnementale et de militarisme meurtrier auquel le capitalisme nous condamne.



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